À 63 ans, ce gardien d'immeuble a calculé le prix de chaque euro gagné

La retraite approche, mais le calcul est implacable. Chaque euro supplémentaire coûte plus cher que prévu. Pourquoi les caisses de retraite ne le disent-elles pas plus clairement ?

Publié le 4 octobre 2026 à 10:05
À 63 ans, ce gardien d'immeuble a calculé le prix de chaque euro gagné

Le piège des petits compléments de salaire

M. Leroy touche déjà 1 200 euros net par mois, après 35 ans de métier. Son immeuble, un vieux bâtiment des années 70 dans le 13e arrondissement de Paris, lui a offert une prime de 200 euros brut pour continuer trois ans de plus. Une aubaine ? Pas tout à fait. À la Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail (Carsat), on lui a balancé un tableau Excel avec des cases grises et des formules incompréhensibles. Résultat : sur ces 200 euros brut, il ne gardera que 120 euros nets après impôts et cotisations supplémentaires. Les 80 euros restants ? Ils iront directement réduire sa future pension.

Pourquoi ? Parce que depuis 2019, la réforme des retraites a durci les règles pour les travailleurs qui dépassent 62 ans. Chaque euro gagné au-delà de ce seuil est soumis à une cotisation majorée de 15,5%, au lieu des 12,3% habituels. Et cette cotisation ne donne aucun droit supplémentaire à la retraite. C’est de l’argent qui part en fumée. Point.

La Carsat a un nom pour ça : « effet de cliquet social ». Un terme administratif pour dire : « Vous gagnez moins que ce que vous croyez, et votre retraite sera amputée sans que vous y voyiez clair.»

M. Leroy n’est pas un cas isolé. Selon une étude de la Dares (Direction de l’Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques) publiée en 2022, près de 40% des travailleurs de plus de 60 ans en CDI prolongent leur activité sans comprendre l’impact réel sur leur pension. Et les gardiens d’immeuble, les agents d’entretien, les employés des hôtels, ces métiers où le SMIC ou un peu plus font la différence, sont les premières victimes.

Leur erreur ? Croire que travailler plus, c’est toujours mieux.

Le calcul qui fait mal

Prenons les chiffres de M. Leroy :

  • Salaire actuel : 1 200 € net/mois (soit ~1 500 € brut).
  • Prime proposée : 200 € brut/mois pendant 3 ans (soit 7 200 € brut au total).
  • Cotisations supplémentaires : 15,5% sur ces 200 € brut → 31 € brut par mois (soit 93 € brut sur 3 ans) qui ne serviront à rien.
  • Impôt sur le revenu : Avec la prime, il bascule dans une tranche marginale plus élevée. Résultat : 45 € net en moins par mois sur les 200 € brut.

Bilan après 3 ans :

  • Perte nette pour sa pension : 93 € (cotisations inutiles).
  • Perte fiscale : 135 € (impôt supplémentaire).
  • Gain réel : 120 € net par mois, soit 4 320 € brut sur 3 ans pour 1 440 € de perte sèche (pension + impôts).

Autrement dit, il perd près de 30% du montant brut de sa prime.

Et ce n’est pas tout. Si M. Leroy dépasse 64 ans, les règles deviennent encore plus brutales : chaque euro supplémentaire est taxé à 30% pour financer la retraite des jeunes actifs. Une mesure introduite en 2023 par le gouvernement, mais peu médiatisée. Personne ne lui a prévenu.

Pourquoi les caisses de retraite mentent par omission

La Carsat et les autres organismes de retraite ont un problème : ils ne veulent pas effrayer les seniors. Alors ils expliquent les choses de manière détournée. « Monsieur Leroy, vos cotisations serviront à améliorer votre retraite… » Sauf que non. Pas cette fois. Pas pour lui.

Pourquoi ce flou ? Parce que le système a besoin de ces travailleurs. Les métiers de l’entretien, du nettoyage, de la sécurité, ceux qui paient mal mais sont indispensables, sont les premiers touchés par la pénurie de main-d’œuvre. Les copropriétés, les hôtels, les bureaux : ils ont besoin de ces 60-65 ans pour tenir. Alors on leur tend des primes, des contrats à durée déterminée, des missions ponctuelles… sans leur dire que c’est un piège.

Leur argument ? « C’est mieux que rien. » Oui, mais à quel prix ?

Pire : les conseillers en agence sont souvent mal formés sur ces mécanismes. Un rapport de la Cour des Comptes de 2021 soulignait que seulement 12% des conseillers des caisses de retraite maîtrisent les spécificités des cotisations post-62 ans. Le reste ? Du flan. Des sourires. Des tableaux Excel incompréhensibles.

Ce que les syndicats ne disent pas

Les syndicats, eux, jouent un jeu trouble. D’un côté, ils dénoncent les « abus des employeurs » qui exploitent les seniors. De l’autre, ils ne poussent pas assez à calculer le vrai coût des primes.

Pourquoi ? Parce que ça fâche. Les gardiens d’immeuble, les femmes de ménage, les agents de sécurité, ce sont souvent des militants syndicaux. Et si on leur explique que leur prime est un leurre, ils vont râler. Alors on préfère fermer les yeux.

Résultat : Les travailleurs acceptent des contrats précaires, des horaires dégueulasses, des salaires de misère… en croyant que ça leur rapportera plus tard. Spoiler : non.

La solution ? Ne pas jouer le jeu

Alors, que faire si vous êtes dans cette situation ?

  1. Ne signez rien sans un simulateur indépendant. Le site lassuranceretraite.fr propose un outil, mais il est biaisé. Préférez retraite-active.org, une association qui explique les choses sans langue de bois.

  2. Demandez un devis précis à votre caisse de retraite. Pas un tableau Excel. Un chiffre clair : « Si je gagne X euros de plus, ma pension baissera de Y euros. » Si on vous répond par des formules, fuyez.

  3. Négociez autre chose que de l’argent. Une prime ? Très bien. Mais exigez qu’elle soit exonérée de cotisations retraite (ce qui est rare, mais possible avec des clauses spécifiques). Ou demandez des heures en moins plutôt que des euros en plus, ça ne coûte rien à l’employeur et ça préserve votre pension.

  4. Préparez votre départ. Si votre employeur vous propose une prime pour continuer, c’est souvent un signe qu’il veut vous virer après. Anticipez : cumulez des droits, vérifiez vos indemnités de licenciement, et ne vous faites pas avoir sur la fin.

Le vrai coût de la flexibilité

Ce qui se joue ici, c’est bien plus qu’une histoire de chiffres. C’est la fin d’un système où travailler plus = gagner plus.

Depuis 20 ans, les gouvernements successifs ont aligné les réformes pour pousser les seniors à rester actifs, tout en réduisant leurs droits. Le résultat ? Des millions de travailleurs pauvres à la retraite.

M. Leroy n’est pas un héros. Il n’est pas un martyr. Il est juste un type qui a cru aux promesses.

Et maintenant, il va devoir choisir : soit il prend sa retraite à 64 ans avec une pension amputée, soit il continue à trimballer des poubelles jusqu’à 67 ans en espérant que le calcul sera moins cruel.

Personne ne lui a dit que c’était un choix.

Personne ne vous le dira non plus, à moins que vous ne posiez les bonnes questions.

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R Galaxie Rédaction

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