Le raton laveur, roi malgré lui des villes québécoises
Ce matin-là, à Saint-Félicien, un camion de la Société québécoise de protection des animaux sauvages (SQPAS) a dû faire demi-tour. Direction : un garage. Charge : trois ratons laveurs, ligotés comme des sacs de pommes de terre. Problème ? Le conducteur n’a pas le droit de les transporter. Depuis le 1er juin, 53 nouvelles municipalités rejoignent les 283 autres où ce genre de délocalisation est interdit. Officiellement, c’est pour « protéger les animaux ». Officieusement, c’est parce que personne ne veut assumer la note.
Et ça, c’est le vrai bordel.
Les exterminateurs en mode survie
Avant, quand un raton laveur squattait un garage ou un sous-sol à Montréal, Québec ou Sherbrooke, les exterminateurs le capturaient, le transportaient vers une zone rurale désignée, et hop : problème résolu. 200-300$ la capture, 500$ si c’est compliqué. Les villes payaient, les entreprises facturaient, et tout le monde était content.
Sauf que maintenant ?
Plus de transport autorisé. Plus de solution clé en main. Les exterminateurs doivent soit :
- Laisser l’animal sur place (et prier pour qu’il ne revienne pas avec des petits dans trois mois).
- Le relâcher sur place (sauf si la loi municipale l’interdit, ce qui arrive de plus en plus).
- Trouver un propriétaire terrien complaisant qui accepte de prendre le raton laveur en « pension » le temps que ça se calme. Spoiler : ça coûte cher, et les fermiers n’ont pas que ça à faire.
Résultat ? Les appels explosent. À Extermination Plus, une PME de Trois-Rivières, les demandes ont augmenté de 40% depuis l’annonce. « On nous demande maintenant de faire du social avec des animaux sauvages, explique Marc Leblanc, gérant. Un raton, ça mange 500 grammes de nourriture par jour. Si tu le gardes chez toi, tu dois lui construire une cage, le nourrir, et éviter qu’il ne défonce ta toiture. Qui va payer ça ? Pas le citoyen, en tout cas. »
Le piège des zones tampons qui n’en sont pas
L’idée derrière l’interdiction ? Éviter que les ratons laveurs ne soient déplacés vers des zones où ils n’existaient pas déjà. *« On veut limiter leur expansion », explique une porte-parole du ministère de l’Environnement. Sauf que :
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Les ratons laveurs, ça bouge. Même sans camion, ils voyagent. Un jeune mâle peut parcourir 20 km en une nuit s’il sent une femelle à proximité. L’interdiction de transport, ça change quoi ? Rien. Ils iront quand même.
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Les zones « acceptables » sont saturées. À La Tuque, par exemple, les gestionnaires de la faune refusent désormais les ratons laveurs en ville… mais aussi dans un rayon de 50 km autour. « On nous renvoie les bêtes comme des mauvaises herbes, raconte un agent municipal. Où on les met, ces animaux ? Dans le vide ? »
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Les villes paient deux fois. D’abord pour les captures. Ensuite pour les dégâts : poubelles renversées, toits arrachés, voitures vidées. En 2022, la Ville de Gatineau a dépensé 125 000$ rien que pour les ratons laveurs. Sans compter les amendes pour les propriétaires qui ne déclarent pas les animaux.
Le vrai problème : on n’a pas les outils
Le ministère vante les « mesures de prévention » : éducation, pièges à porte, stérilisation. Très bien. Sauf que :
- La stérilisation, c’est long. Un raton laveur vit 10 ans en captivité. Combien de portées avant qu’il ne soit trop tard ?
- Les pièges à porte, ça marche à moitié. Les ratons sont malins. Ils apprennent vite à les éviter. À Lévis, un quartier entier a dû être équipé de grillages après que les pièges se soient révélés inefficaces.
- L’éducation ? Les Québécois savent déjà que les ratons laveurs sont des nuisibles. Le problème, c’est qu’ils ne peuvent pas les chasser. La loi interdit de tuer un raton laveur en ville. Résultat : on les parque, on les nourrit indirectement, et on s’étonne qu’ils pullulent.
Ce que personne ne dit
Le gouvernement parle de « gestion durable ». Les villes parlent de « cohabitation ». Les exterminateurs, eux, parlent cash : « On est en train de créer un problème plus gros que celui qu’on essaie de résoudre. »
Parce que voyez-vous, quand vous interdisez le transport, vous forcez les gens à laisser les animaux sur place. Et quand un raton laveur s’installe chez vous, vous avez deux options :
- Le supporter.
- Le tuer vous-même.
Sauf que la deuxième option, c’est illégal. Donc on supporte.
Et les ratons, eux, ils s’en foutent. Ils mangent, ils élèvent leurs petits, et ils attendent que la prochaine ville se rende.
La prochaine étape ?
À Baie-Saint-Paul, ils ont déjà commencé à parler de « zones de sacrifice » : des parcelles de terre où on relâcherait les ratons laveurs, en espérant qu’ils y restent. Sauf que ces zones sont souvent des marais ou des forêts publiques… où les ours et les loups ne vont pas tarder à s’intéresser à ce nouveau buffet.
Bref, on est en train de jouer à la roulette russe avec la faune. Et le raton laveur, lui, il rit en interne.
Parce que la vraie question, c’est celle-ci : et si on arrêtait de faire semblant ?
Soit on assume que ces animaux sont des nuisibles et on les gère comme tels. Soit on accepte qu’ils deviennent nos voisins à vie. Dans les deux cas, les villes vont continuer à payer. La différence, c’est que dans le premier scénario, on aurait une chance de limiter les dégâts.
Mais bon. Personne n’a envie d’en parler.