Un jeune couple à Montréal, en 2024. Ils ont économisé pendant cinq ans pour mettre une mise de fonds sur un duplex en construction dans Hochelaga. La banque leur a accordé un prêt, mais la TVQ sur le prix de vente, 12 000 $, a failli tout faire dérailler. Le Parti québécois leur promet désormais de rembourser jusqu’à 45 000 $ de cette taxe, et de doubler le crédit d’impôt pour l’achat d’une première maison. En théorie.
Le PQ joue les sauveurs des premiers acheteurs Le parti de Paul St-Pierre Plamondon assume : il veut « corriger une injustice intergénérationnelle ». Les moins de 40 ans, explique-t-il, paient deux fois plus cher leur logement que leurs parents il y a 20 ans. La TVQ sur les constructions neuves, à 9,975 %, est pointée du doigt. Un prix moyen de 500 000 $ pour un appartement neuf ? Ça fait près de 50 000 $ de taxes en plus sur le papier. Le PQ propose de rembourser jusqu’à 45 000 $ de cette somme, et d’augmenter le crédit d’impôt pour premier acheteur de 750 $ à 1 500 $.
Sauf que.
Sauf que les promoteurs, eux, ne sautent pas de joie. Pourquoi ? Parce que le remboursement ne s’appliquera qu’aux constructions neuves achetées avant le 31 décembre 2026, et seulement si le prix du logement est inférieur à 500 000 $. Or, à Montréal, les prix moyens dépassent largement ce seuil dans plusieurs arrondissements. À Outremont, par exemple, un 2 ½ pièces neuf fait facilement 600 000 $. Le remboursement ? Zéro.
Les promoteurs se taisent, et c’est louche On aurait pu s’attendre à des communiqués triomphants du côté de la Chambre immobilière du Québec ou des géants comme CMHC (la société d’État qui finance une partie des logements sociaux et abordables). Rien. Pas même un « enfin une mesure qui a du sens ». Pourtant, ces acteurs ont tout à gagner : un marché qui se réchauffe grâce à des acheteurs qui croient avoir une aide réelle.
Pourtant, les promoteurs gardent le silence. Pourquoi ? Parce qu’ils savent que le remboursement de la TVQ, c’est avant tout un effet d’annonce. La TVQ, c’est une taxe sur la consommation, pas sur le revenu. Si vous achetez un logement à 500 000 $, vous payez 50 000 $ de TVQ. Le PQ vous en rembourse 45 000 $. Résultat : vous avez économisé 5 000 $ sur le prix d’achat. Big deal.
Pire : cette mesure ne fait rien pour l’offre de logements. Elle ne va pas faire baisser les prix. Elle ne va pas faire construire plus d’appartements. Elle va juste donner l’impression que le gouvernement agit, alors qu’en réalité, il tapote sur un problème structurel : le Québec manque cruellement de logements abordables, et personne ne propose de véritable solution.
Le vrai problème ? Personne ne parle des promoteurs Pendant ce temps, les promoteurs continuent de construire des condos à 700 000 $ dans le Vieux-Montréal, des maisons à 1 million $ à Laval, et des duplex à 550 000 $ à Longueuil. Ils vendent du rêve, pas des solutions. Et le gouvernement, au lieu de leur mettre la pression pour qu’ils baissent les prix ou qu’ils construisent plus petit, leur offre une vitrine politique.
Le PQ parle d’injustice intergénérationnelle. Mais l’injustice, c’est aussi que les promoteurs s’enrichissent pendant que les jeunes attendent. En 2023, selon l’Institut de la statistique du Québec, le prix moyen d’une maison au Québec a augmenté de 12 % en un an. Pendant ce temps, les salaires stagnent. Le remboursement de 45 000 $ de TVQ, c’est comme donner un pansement sur une jambe de bois.
Ce que le PQ oublie de dire
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Les acheteurs existants n’en profiteront pas. Si vous avez déjà acheté un logement neuf avant 2026, trop tard. Le remboursement s’applique seulement aux futurs acheteurs. Donc ceux qui ont déjà galéré pour mettre de l’argent de côté ? Rien.
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Les locations, elles, ne bougeront pas. La TVQ ne s’applique pas aux logements existants. Donc si vous louez un 3 ½ pièces à 1 800 $ par mois, cette mesure ne vous concerne pas. Le gouvernement parle d’accession à la propriété, pas de logement tout court.
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Les promoteurs vont continuer à faire leurs prix. Pourquoi baisser les tarifs si l’État va rembourser une partie de la TVQ ? Autant garder les prix élevés et empocher la différence.
La vraie question : et après ? Supposons que vous soyez ce jeune couple de Hochelaga. Vous achetez un duplex à 480 000 $. La TVQ vous coûte 48 000 $. Le PQ vous en rembourse 45 000 $. Vous avez économisé 3 000 $. Félicitations. Maintenant, vous avez un prêt hypothécaire à rembourser pour 30 ans, avec des taux qui frôlent encore les 6 % dans certains cas. Et si jamais vous perdez votre emploi ?
Le PQ joue les héros. Mais personne ne parle des risques. Personne ne dit que cette mesure ne résout rien à la racine. Personne ne mentionne que les banques, elles, ne vont pas baisser leurs taux parce que le gouvernement rembourse un peu de TVQ.
Le piège du court terme Les gouvernements aiment ces mesures parce qu’elles rapportent des voix. En 2022, le crédit d’impôt pour premier acheteur avait rapporté 120 millions $ au gouvernement. En doublant ce montant, le PQ mise sur un effet similaire. Sauf que l’argent dépensé aujourd’hui ne résoudra pas le problème demain.
Et puis, il y a cette petite question : qui paiera vraiment ? La TVQ, c’est une taxe sur la consommation. Si le gouvernement rembourse une partie, c’est soit les contribuables qui trinqueront ailleurs, soit les promoteurs qui ajusteront leurs prix. Dans les deux cas, personne ne sort gagnant.
La conclusion qui dérange Le PQ a raison sur un point : l’accès à la propriété est un casse-tête. Mais sa solution ? Un leurre. Un coup de peinture sur un mur lépreux. Les jeunes acheteurs vont croire qu’on fait quelque chose pour eux, alors qu’en réalité, le système reste le même.
La vraie injustice, c’est que personne ne veut en parler. Pas les promoteurs, pas les banques, pas les gouvernements. Juste des mesures qui calment les esprits le temps d’une élection.
Et après ? On recommence dans quatre ans.