Un programme qui sent la poudre… et l’embarras
Le PAM a choisi un lieu symbolique pour présenter son programme : le siège flambant neuf de Casablanca, avec vue sur les grues du port. Un décor qui résume à lui seul leur discours : modernité, croissance, avenir. Sauf que. Sauf que derrière les slides PowerPoint et les formules chocs, il y a un bilan. Un bilan qui, lui, ne se réécrit pas en une campagne électorale.
Trois chiffres à retenir. D’abord, +3,2% de croissance annuelle moyenne depuis 2020. Pas mal, mais loin des 5% promis à l’époque. Ensuite, 12% de chômage chez les jeunes, un record depuis 2018. Enfin, 47% des Marocains qui estiment que leur pouvoir d’achat a baissé ces trois dernières années, selon le HCP. Des chiffres qui collent aux baskets du parti, et qu’aucune rhétorique ne peut effacer.
Pourtant, le PAM joue la carte de la rupture. Comme si les six dernières années n’avaient jamais existé. Leur argument ? « On a fait ce qu’on a pu avec ce qu’on avait. Maintenant, on change de braquet. » Sauf que vous, vous savez très bien ce qu’ils avaient. Et ce qu’ils en ont fait.
L’économie, ce grand écart entre les promesses et la réalité
Leur programme économique tient en trois axes : baisser les impôts pour les entreprises, relancer les grands travaux, et « moraliser » la vie publique. Trois axes qui sentent bon le déjà-vu. Parce que, spoiler alert : ils ont déjà essayé.
Prenez les impôts. En 2021, le PAM a fait voter une baisse de 5 points du taux d’IS pour les PME. Résultat ? Les recettes fiscales ont chuté de 8 milliards de dirhams l’année suivante, selon la Trésorerie générale. Et les PME, elles, n’ont pas embauché plus. Elles ont juste gardé l’argent. Ou l’ont placé à l’étranger. Bref, un coup dans l’eau.
Pour les grands travaux, c’est la même rengaine. Le PAM adore les inaugurations de stades, de ports, de lignes TGV. Sauf que derrière les rubans coupés, il y a des retards, des dépassements de budget, et des entreprises étrangères qui raflent la mise. Le port de Dakhla, annoncé en 2020, devait être opérationnel en 2024. Aujourd’hui, on en est à 30% des travaux. Et le budget initial a déjà doublé. Vous voyez le tableau.
Quant à la « moralisation » de la vie publique, c’est presque drôle. Le PAM, qui a été éclaboussé par deux affaires de corruption en trois ans, parle de transparence. Comme si on pouvait croire un parti qui a mis six mois à virer un ministre pris la main dans le sac. La crédibilité, ça se gagne. Pas ça s’achète avec des slogans.
Le social, ou l’art de promettre sans rien changer
Côté social, le PAM joue la partition habituelle : plus de logements sociaux, plus d’accès aux soins, plus de bourses pour les étudiants. Des promesses qui font toujours recette. Sauf qu’elles ont un goût de déjà-mangé.
Prenez les logements sociaux. En 2022, le PAM a lancé un plan ambitieux : 100 000 logements par an. Résultat en 2023 ? 42 000. Moins de la moitié. Et encore, sur ces 42 000, 30% étaient des logements insalubres rénovés. Pas exactement ce qu’on appelle du neuf.
Pour la santé, c’est la même histoire. Le PAM promet un « choc d’offre » pour désengorger les hôpitaux. Traduction : ils veulent construire 20 nouveaux centres de santé en cinq ans. Sauf que, aujourd’hui, le Maroc compte déjà 1 800 centres de santé… dont 40% manquent de médecins. Vous voyez le problème ? Construire des murs, c’est facile. Former des médecins, ça prend dix ans.
Et puis, il y a l’éducation. Le PAM veut « révolutionner » l’école marocaine. Leur solution ? Plus de numérique, plus de partenariats avec le privé, et des « écoles d’excellence » pour les meilleurs élèves. Bref, un système à deux vitesses. Les riches dans des écoles high-tech, les autres dans des classes surchargées. Rien de très révolutionnaire. Juste du vieux vin dans de nouvelles bouteilles.
La vraie rupture, celle qu’ils n’osent pas nommer
Si le PAM voulait vraiment marquer les esprits, il aurait parlé de trois choses. Trois sujets qui fâchent, mais qui changeraient tout.
D’abord, la fiscalité. Aujourd’hui, 80% des recettes fiscales viennent des salariés et des PME. Les grandes entreprises et les fortunes personnelles, elles, passent entre les mailles du filet. Une vraie réforme fiscale, ce serait de faire payer ceux qui peuvent payer. Mais le PAM, qui compte parmi ses soutiens quelques-uns des plus gros patrons du pays, n’en parle même pas.
Ensuite, l’agriculture. Le Maroc dépend à 70% des pluies pour son agriculture. Avec le réchauffement climatique, c’est une bombe à retardement. Une vraie rupture, ce serait d’investir massivement dans l’irrigation, les énergies renouvelables, et les cultures résistantes à la sécheresse. Au lieu de ça, le PAM propose… des subventions pour les agriculteurs. Comme si on pouvait subventionner une sécheresse.
Enfin, la corruption. Le PAM en parle, mais sans jamais nommer les coupables. Comme si la corruption était une fatalité, et pas le résultat de décisions politiques. Une vraie rupture, ce serait de virer les corrompus, de saisir leurs biens, et de rendre l’argent au contribuable. Mais ça, vous n’en entendrez pas parler dans leur programme.
Ce qui se joue vraiment le 23 septembre
Les législatives, c’est rarement un choix entre deux visions du monde. C’est un choix entre deux bilans. Celui du PAM, avec ses promesses de rupture et ses six ans de gestion. Et celui des autres, avec leurs propres limites.
Le problème, c’est que le PAM a un avantage : il est au pouvoir. Et au Maroc, comme ailleurs, le pouvoir use. Mais il use surtout ceux qui n’en ont pas. Les jeunes, les classes moyennes, les ruraux. Ceux qui voient leur pouvoir d’achat baisser, leurs impôts augmenter, et leurs rêves s’éloigner.
Alors oui, le PAM parle de rupture. Mais une rupture, ça se fait avec des actes. Pas avec des slides. Et pour l’instant, leur bilan ressemble plus à une continuité qu’à une révolution.
À vous de voir si vous voulez leur donner une nouvelle chance. Ou si, cette fois, vous préférez essayer autre chose.