Les sols contaminés, mais personne ne veut en parler vraiment
Les premiers prélèvements, réalisés en juin 2023 par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), avaient déjà révélé des niveaux élevés de composés organiques volatils (COV) et de métaux lourds. Assez pour inquiéter. Pourtant, les résultats détaillés n’ont jamais été rendus publics. Pourquoi ce silence ? L’OFEV invoque des « procédures en cours ». Les riverains, eux, attendent toujours. Certains ont même dû déménager temporairement, sans savoir si leur maison est encore habitable. Un an après, on en est où ? À des promesses vagues et à des analyses qui traînent dans les tiroirs.
Thévenaz-Leduc, de son côté, a toujours minimisé les risques. « Les mesures montrent une contamination localisée, sans danger pour la population », assurait son porte-parole en 2023. Sauf que les mesures, justement, ne sont pas toutes là. Et celles qui existent ne sont pas commentées par les experts indépendants. Un classique.
La Ville joue son va-tout juridique, mais le procès risque d’être long
En se portant partie civile, Lausanne envoie un signal fort : « On ne va pas laisser faire. » Problème : les procédures judiciaires en matière de pollution industrielle peuvent traîner des années. Et entre-temps ? Les sols restent souillés, les nappes phréatiques potentiellement contaminées, et les riverains dans le flou.
Pourquoi la Ville n’a pas agi plus tôt ? Parce que les rapports techniques mettent du temps, et que les politiques préfèrent attendre d’avoir des preuves « irréfutables » avant de s’engager. Sauf que les preuves, justement, mettent un temps fou à arriver. Et pendant ce temps, les sols se dégradaient.
Ce que les marchés et les politiques ignorent depuis des années
L’incendie de Thévenaz-Leduc n’est pas un cas isolé. À Genève, l’ancienne usine Sandoz a mis des décennies à nettoyer ses sols après des fuites de produits chimiques. À Bâle, les nappes phréatiques restent contaminées par des décennies de rejets industriels. Pourquoi ? Parce que les entreprises polluent, que les autorités tergiversent, et que les riverains finissent par se taire.
La vraie question n’est pas *« Qui va payer ? », mais « Pourquoi personne ne réagit à temps ? »* Les rapports existent, les preuves aussi. Alors pourquoi attendre qu’un procès éclate pour agir ?
Les riverains, les oubliés du dossier
Prenez Marie, 52 ans, qui habite à 200 mètres des entrepôts incendiés. Elle a senti les fumées pendant trois jours. « On nous a dit de fermer les fenêtres, mais personne ne nous a expliqué ce qu’on respirait. » Aujourd’hui, elle attend toujours les résultats des analyses de son jardin. « Si c’est contaminé, on fait quoi ? On déménage ? On attend que la Ville nous dédommage ? »
Le pire ? Les associations de défense de l’environnement, comme Greenpeace Suisse, dénoncent depuis des mois l’absence de transparence. « On a l’impression que les autorités préfèrent enterrer le dossier plutôt que d’affronter Thévenaz-Leduc », explique un porte-parole. Pas faux.
La pollution, ça ne se nettoie pas en un an
Les experts estiment qu’il faudra au moins trois ans pour évaluer l’ampleur réelle de la contamination. Trois ans. Trois ans pendant lesquels les sols continueront à absorber les produits toxiques. Trois ans pendant lesquels les riverains vivront dans l’incertitude.
Alors oui, Lausanne a raison de vouloir traîner Thévenaz-Leduc en justice. Mais un procès ne suffira pas. Il faudrait aussi une vrai volonté politique de nettoyer les sols, de protéger les nappes phréatiques, et d’éviter que ça ne se reproduise. Sauf que ça, personne n’en parle vraiment.
La leçon de Lausanne : on attend toujours le pire
L’incendie de 2023 aurait pu être un électrochoc. Une occasion de réveiller les autorités, de serrer les règles, de protéger les citoyens. Au lieu de ça, on tergiverse. On attend les rapports. On espère que le problème va se résoudre tout seul.
La réalité, c’est que les entreprises polluent, les politiques regardent ailleurs, et les riverains paient toujours l’addition.
Pas besoin d’un procès pour le savoir. Il suffit de regarder ce qui se passe depuis un an.