Le piège des milliards qui ne servent à rien
La France mise tout sur eux. Les chiffres ? Environ 10 millions de touristes non-européens visitent la France chaque année, contre 150 millions d’Européens. Résultat : les premiers dépensent en moyenne 1 500 euros par séjour, les seconds 800. À première vue, ça semble logique. Mais voici le truc : les Européens, eux, viennent en train, en bus, ou en voiture. Ils logent dans des hôtels 3 étoiles, mangent dans des crêperies, et remplissent les petits commerces. Les autres ? Ils prennent l’avion long-courrier, souvent en business class, et leurs dépenses se concentrent dans les zones ultra-touristiques : Paris, la Côte d’Azur, Bordeaux. Là où les loyers explosent, où les salaires des locaux ne suivent pas, et où l’impact écologique est démesuré.
Prenez Dubai. Une étude de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) estime qu’un touriste moyen venant des Émirats génère trois fois plus de CO₂ qu’un touriste allemand sur le même trajet. Pourtant, le gouvernement français continue de vanter les mérites des « marchés émergents ». En 2023, la ministre du Tourisme, Olivia Grégoire, a même lancé un plan pour attirer 10 millions de touristes chinois d’ici 2027. Sans jamais mentionner que chaque vol Pékin-Paris émet l’équivalent de 1,5 tonne de CO₂ par passager, soit trois fois le budget carbone annuel recommandé pour un Français.
Et le pire ? Ces touristes lointains ne compensent même pas leur impact. Selon une enquête de l’ONG Transport & Environment, seulement 5 % des passagers en classe affaires achètent des compensations carbone. Les autres ? Ils rigolent. Parce que pour eux, le climat, c’est un problème des autres.
L’arnaque économique qui cache un désastre social
Mais voici le vrai problème : cette stratégie est une imposture économique. Les chiffres officiels du tourisme en France (Atout France) montrent que les touristes européens génèrent 40 % des recettes du secteur, contre 25 % pour les non-européens. Pourtant, le gouvernement continue de courtiser les milliardaires du Golfe ou les oligarques russes. Pourquoi ? Parce que c’est plus simple. Un riche Chinois qui débarque à l’aéroport de Roissy avec un carnet de chèques illimité fait moins de bruit qu’un groupe de retraités allemands qui manifestent contre la hausse des prix des musées.
Et puis, il y a le mépris affiché. Les politiques aiment bien dire que « le tourisme, c’est l’avenir ». Sauf que cet avenir, c’est un futur où les Français ne pourront plus se payer leurs vacances, où les prix de l’immobilier seront hors de portée, et où les plages de la Côte d’Azur ressembleront à celles de Dubai : des déserts de béton et de piscines privées, réservés aux ultra-riches.
Pire : cette obsession pour les touristes lointains détruit le tourisme local. À Nice, les hôtels 5 étoiles poussent comme des champignons, tandis que les petits hôtels familiaux ferment les uns après les autres. À Paris, les Airbnb de luxe se multiplient, faisant exploser les loyers, alors que les Parisiens doivent squatter des studios insalubres. Résultat ? Les Français eux-mêmes deviennent des touristes… ailleurs. En 2023, 60 % des Français ont déclaré voyager moins à cause du pouvoir d’achat, selon une étude de l’Insee. Mais ça, ça ne dérange personne. Parce que les vrais clients, ce sont les autres.
Le silence complice des écologistes et des économistes
Alors, pourquoi personne ne crie au scandale ? Parce que cette stratégie touristique est un consensus mou. Les écologistes, trop occupés à militer contre les pesticides, ferment les yeux. Les économistes, trop contents de voir les chiffres du PIB gonfler, ne posent pas de questions. Même les syndicats de l’hôtellerie, qui devraient défendre les travailleurs, se tiennent tranquilles. Pourquoi ? Parce que les patrons des grands hôtels et des palaces sont souvent les mêmes que ceux qui financent les partis politiques.
Et puis, il y a cette idée tenace : « De toute façon, le tourisme, c’est fini. Autant en profiter tant que ça dure. » Sauf que non. Le tourisme peut très bien continuer, mais pas comme ça. En 2022, la Suède a instauré une taxe sur les vols long-courriers pour les touristes non-européens. Résultat ? Les émissions de CO₂ du secteur ont baissé de 12 % en un an, sans que le nombre de visiteurs ne chute. La France, elle, continue à faire semblant de ne pas voir.
Ce que personne ne dit sur l’avenir du tourisme français
Le vrai danger, ce n’est pas que les touristes lointains polluent. C’est qu’ils transforment la France en un parc d’attractions pour riches. Un endroit où les locaux n’ont plus leur place, où l’air est irrespirable, et où le seul luxe restant est celui de pouvoir partir.
En 2019, avant la pandémie, 80 millions de touristes ont visité la France. Aujourd’hui, avec l’inflation et les crises climatiques, ce chiffre a chuté. Mais le gouvernement mise toujours sur les mêmes recettes : plus d’avions, plus de luxe, plus de dépendance aux pétromonarchies. Comme si le fait d’attirer des milliardaires saoudiens pouvait compenser le fait de perdre ses propres citoyens.
La réalité ? La France n’a pas les moyens de ce jeu. Pas économiquement, pas écologiquement, pas socialement. Mais au lieu de le reconnaître, on préfère fermer les yeux et compter sur la magie des chiffres du PIB. Jusqu’au jour où il sera trop tard.
La vraie question : et si on arrêtait de mentir ?
La France pourrait très bien devenir une destination de premier ordre sans miser sur les jets privés. En taxant les vols long-courriers, en développant un tourisme ferroviaire, en protégeant les petits commerces locaux… Bref, en faisant ce que font déjà l’Allemagne, la Suède ou même l’Espagne. Sauf que pour ça, il faudrait arrêter de flatter l’ego des riches et commencer à penser aux autres.
Le problème, c’est que personne n’a envie de gâcher la fête. Alors on continue à jouer les complices. Jusqu’à ce que la fête soit finie.
Et ce jour-là, il sera trop tard pour les regrets.