La Côte d'Ivoire prolonge les soldes, mais qui en profite vraiment

Le gouvernement ivoirien repousse la fin des soldes au 10 septembre pour aider les familles à préparer la rentrée. Une mesure qui semble généreuse, mais qui cache des réalités bien moins reluisantes. Qui en sort gagnant ? Pas forcément ceux qu’on croit.

Publié le 2 septembre 2026 à 12:02
La Côte d'Ivoire prolonge les soldes, mais qui en profite vraiment

5000 francs CFA de moins sur un cartable, mais à quel prix

Le 1er septembre 2026, le ministre du Commerce Ibrahim Kalil Konaté a annoncé la prolongation des soldes jusqu’au 10 septembre. Officiellement, c’est pour aider les parents à boucler leur budget rentrée. En théorie, ça sonne bien. En pratique, c’est plus compliqué.

Prenez un sac à dos. En temps normal, il coûte 12 000 francs CFA. En solde, vous le trouvez à 7000. Une économie de 5000 francs. Sauf que. Sauf que les prix ont déjà été gonflés avant les soldes. Sauf que les stocks sont limités. Sauf que les commerçants savent très bien que les parents n’ont pas le choix. La rentrée, c’est sacré. Alors ils achètent, même si le produit est de moins bonne qualité.

Et puis, il y a les frais cachés. Les fournitures qui ne sont pas en solde. Les uniformes, les frais de scolarité, les transports. 5000 francs d’économisés sur un cartable, mais 20 000 de plus sur une paire de chaussures obligatoire. Le compte n’y est pas.

Les soldes, une bouffée d’oxygène ou un leurre pour les familles

Le gouvernement parle de soutien aux ménages. C’est vrai, pour certaines familles, ces quelques jours de rabais font la différence. Mais pour combien ?

Les soldes, c’est comme un sparadrap sur une fracture. Ça calme la douleur sur le moment, mais ça ne soigne pas le problème de fond. Le vrai sujet, c’est le pouvoir d’achat. Les salaires qui stagnent. Les prix qui montent. La rentrée scolaire, c’est un budget qui pèse lourd. En 2025, selon une étude de l’INS (Institut National de la Statistique), les familles ivoiriennes ont dépensé en moyenne 150 000 francs CFA par enfant pour la rentrée. En 2026, ce chiffre a encore augmenté.

Alors oui, les soldes prolongés, c’est une bonne nouvelle pour ceux qui peuvent en profiter. Mais pour les autres ? Ceux qui n’ont pas les moyens de faire des stocks, ceux qui doivent attendre le dernier moment, ceux qui n’ont même pas accès aux grands magasins ? Ils restent sur le carreau.

Les commerçants, grands gagnants de cette opération

Derrière cette mesure, il y a une réalité économique. Les soldes, c’est d’abord une aubaine pour les commerçants. Ils écoulent leurs stocks, font de la trésorerie, et parfois, profitent de l’occasion pour liquider des invendus de mauvaise qualité.

Prenez les marchés d’Adjamé ou de Treichville. Les étals regorgent de produits soldés, mais aussi de contrefaçons, de marchandises périmées, ou tout simplement de camelote. Les parents, pressés par le temps, n’ont pas toujours le luxe de vérifier. Ils achètent. Point.

Et puis, il y a les grandes enseignes. Elles aussi en profitent. Elles organisent des ventes flash, des promotions « dernière minute », et poussent les clients à acheter plus que nécessaire. « Deux pour le prix d’un », « -50% sur le troisième article ». Des techniques marketing bien rodées pour faire sortir l’argent des poches.

Pourquoi cette mesure ne règle rien

Le problème, c’est que cette prolongation des soldes ne change rien à la structure des coûts. Les prix des fournitures scolaires restent élevés. Les marges des distributeurs aussi. Et l’État, lui, ne fait que repousser l’échéance.

Pourquoi ne pas avoir agi en amont ? Pourquoi ne pas avoir régulé les prix des fournitures scolaires ? Pourquoi ne pas avoir subventionné les uniformes ? Pourquoi ne pas avoir mis en place un système de prêts à taux zéro pour les familles les plus modestes ?

La réponse est simple : parce que c’est plus facile de prolonger les soldes que de s’attaquer aux vrais problèmes. C’est plus visible. Ça donne l’impression d’agir. Mais au final, ça ne change rien.

Ce que les parents devraient vraiment savoir

Si vous êtes parent, voici ce que vous devez garder en tête :

  • Les soldes, c’est bien, mais comparez les prix avant d’acheter. Un produit soldé à -30% peut encore être plus cher qu’ailleurs.
  • Méfiez-vous des promotions trop alléchantes. Si c’est trop beau pour être vrai, c’est probablement le cas.
  • Achetez en avance si vous le pouvez. Les stocks s’épuisent vite, et les prix remontent après le 10 septembre.
  • N’oubliez pas les frais annexes. La rentrée, ce n’est pas que les fournitures. C’est aussi les frais de scolarité, les assurances, les activités extrascolaires.

Et surtout, rappelez-vous une chose : cette mesure, c’est une rustine. Pas une solution. Le vrai combat, c’est celui du pouvoir d’achat. Et ça, ce n’est pas une question de soldes.

Le gouvernement joue la montre, et les familles trinquent

En prolongeant les soldes, l’État donne l’impression de tendre la main aux familles. Mais en réalité, il reporte le problème. Il évite de se confronter aux vrais enjeux : la hausse des prix, la stagnation des salaires, l’accès inégal à l’éducation.

Les familles, elles, n’ont pas ce luxe. Elles doivent faire avec. Elles doivent jongler entre les factures, les fournitures, et les attentes de l’école. Alors oui, 5000 francs d’économisés sur un cartable, c’est toujours ça de pris. Mais à quel prix ?

Au final, cette mesure est symptomatique d’une politique qui préfère les effets d’annonce aux réformes structurelles. Et ça, c’est le vrai problème.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie