37 éoliennes dans l’Ain, et déjà des dossiers qui pourrissent depuis 2018
Oui, vous avez bien lu. En 2024, l’Ain compte exactement deux parcs éoliens en activité : celui de Saint-Étienne-du-Bois (6 machines) et celui de Cormoz (5 machines). À eux deux, ils produisent à peine de quoi alimenter 10 000 foyers. Pas de quoi pavoiser. Surtout quand on sait que, selon la préfecture, une dizaine de projets traînent dans les cartons depuis des années. Certains depuis 2018. Six ans. Pour des études. Des recours. Des ajustements. Bref, du temps perdu.
Prenez le projet de Champdor-Corcelles, par exemple. 6 éoliennes prévues, une puissance de 18 MW. Le dossier a été déposé en 2020. Quatre ans plus tard, toujours rien. La faute à qui ? Aux recours des riverains, bien sûr. Mais aussi à une administration qui semble jouer la montre. La DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, chargée d’instruire les dossiers, met en moyenne 24 mois pour rendre un avis. Deux ans. Pour dire oui ou non. Pendant ce temps, les promoteurs paient des études complémentaires, les opposants montent en puissance, et les projets s’enlisent.
Et puis il y a les refus. Secs. Sans appel. Comme celui du projet de Saint-Martin-du-Mont, rejeté en 2023 par la préfecture. Motif officiel : "atteinte au paysage". Un argument qui revient souvent, et qui sent un peu trop la facilité. Parce que, soyons clairs, dans l’Ain, on a des collines, des forêts, et des champs à perte de vue. Des paysages, oui. Mais des paysages qui pourraient accueillir des éoliennes sans que ça ressemble à un champ de bataille. Alors pourquoi ce refus ? Peut-être parce que, derrière les arguments esthétiques, se cache une réalité moins avouable : l’éolien dérange. Pas seulement les riverains, mais aussi les élus locaux, qui préfèrent souvent botter en touche plutôt que d’assumer un choix.
Les promoteurs en ont marre, et ils le disent
Chez Valorem, l’un des principaux acteurs du secteur dans la région, on commence à perdre patience. "On a des projets prêts, des investisseurs motivés, et des délais qui n’en finissent pas", lâche un responsable sous couvert d’anonymat. "Dans d’autres départements, comme le Nord ou la Picardie, les parcs se montent en 3 ans. Ici, c’est le parcours du combattant."
Le problème, c’est que les promoteurs ne sont pas des philanthropes. Ils investissent des millions d’euros dans des études d’impact, des concertations publiques, des modifications de plans. Et quand, après cinq ans de procédure, le projet est finalement rejeté, c’est tout cet argent qui part en fumée. Résultat : certains commencent à se demander si l’Ain est vraiment un département accueillant pour l’éolien. "On a d’autres régions où les choses avancent plus vite", confie un autre acteur du secteur. "L’Ain, pour l’instant, c’est un peu la lanterne rouge."
Pourtant, les besoins sont là. La région Auvergne-Rhône-Alpes vise 100% d’énergies renouvelables d’ici 2050. Un objectif ambitieux, mais qui semble de plus en plus hors de portée si les projets continuent de s’enliser. Dans l’Ain, on parle souvent de transition énergétique, mais dans les faits, on traîne des pieds. Comme si, au fond, personne ne voulait vraiment que ça avance.
Les opposants : une minorité bruyante, mais influente
Bien sûr, il y a les opposants. Toujours les mêmes arguments : "Ça défigure le paysage", "Ça fait du bruit", "Ça tue les oiseaux". Des craintes légitimes, mais souvent exagérées. Parce que, soyons honnêtes, une éolienne, ça fait moins de bruit qu’une autoroute. Et pour les oiseaux, les études montrent que les collisions sont marginales, surtout comparées aux chats domestiques ou aux vitres des bâtiments.
Le vrai problème, c’est que ces opposants sont souvent très organisés. Ils créent des associations, lancent des pétitions, saisissent les tribunaux. Et ils ont un allié de poids : les maires. Dans l’Ain, beaucoup d’élus locaux préfèrent éviter le sujet. Parce que l’éolien, ça divise. Et un maire, ça n’aime pas diviser. Alors plutôt que de trancher, on reporte. On demande des études supplémentaires. On fait traîner.
Prenez le cas de la commune de Brénod. Un projet d’éoliennes y est en discussion depuis 2019. Le maire, interrogé par la presse locale, a botté en touche : "Il faut prendre le temps de la réflexion." Traduction : "Je ne veux pas me mouiller." Résultat, le projet est toujours en stand-by. Et les promoteurs, eux, commencent à perdre espoir.
Ce qui se joue vraiment derrière les refus
Derrière les arguments officiels, paysage, bruit, biodiversité, se cache une autre réalité. Une réalité économique et politique. Parce que l’éolien, c’est aussi une question d’argent. Les communes qui accueillent des parcs touchent des taxes. Des taxes qui peuvent représenter des centaines de milliers d’euros par an. De quoi financer des écoles, des routes, des équipements sportifs.
Mais dans l’Ain, beaucoup de communes préfèrent ne pas en profiter. Pourquoi ? Parce que l’éolien, c’est aussi un sujet clivant. Et un maire qui soutient un projet d’éoliennes risque de se mettre à dos une partie de ses électeurs. Alors plutôt que de prendre le risque, on préfère dire non. Ou, au mieux, ne rien dire.
Et puis il y a les lobbies. Ceux qui défendent les énergies fossiles, bien sûr. Mais aussi ceux qui misent sur d’autres énergies renouvelables, comme le solaire ou l’hydraulique. Dans l’Ain, on a des barrages, des centrales hydroélectriques. Des installations qui rapportent, et qui ne dérangent personne. Alors pourquoi se compliquer la vie avec des éoliennes ?
Le département en retard, et les solutions qui tardent
La vérité, c’est que l’Ain est en retard. Très en retard. Dans les départements voisins, comme le Rhône ou l’Isère, les parcs éoliens se multiplient. Pas dans l’Ain. Ici, on préfère souvent attendre. Attendre que les autres fassent les erreurs à notre place. Attendre que les technologies s’améliorent. Attendre que les mentalités changent.
Pourtant, des solutions existent. Des solutions simples, mais qui demandent du courage politique. Par exemple :
- Réduire les délais d’instruction. Deux ans pour un avis, c’est trop long. Dans d’autres pays, comme l’Allemagne ou le Danemark, les procédures sont bien plus rapides.
- Impliquer davantage les citoyens. Pas seulement en organisant des réunions publiques, mais en leur proposant des contreparties concrètes. Comme des réductions sur leur facture d’électricité, ou des investissements dans des projets locaux.
- Arrêter de botter en touche. Les élus locaux doivent assumer leurs choix. Soit on veut des éoliennes, soit on n’en veut pas. Mais il faut trancher, et vite.
Pour l’instant, rien de tout ça n’est vraiment mis en place. Et le temps presse. Parce que la transition énergétique, ce n’est pas un sujet qu’on peut reporter indéfiniment. Soit on agit maintenant, soit on attend que les autres le fassent à notre place. Et dans ce cas, l’Ain risque de se retrouver avec des éoliennes… mais construites par des promoteurs étrangers, sur des terrains qu’on aura laissés à l’abandon.
Le projet qui pourrait tout changer (ou pas)
Il y a un projet, dans l’Ain, qui pourrait relancer la machine. Celui de Hauteville-Lompnes. 8 éoliennes, une puissance de 24 MW. Assez pour alimenter 20 000 foyers. Le dossier a été déposé en 2021. Trois ans plus tard, il est toujours en instruction. Mais cette fois, les choses pourraient bouger. Parce que le promoteur, la société Enercon, a décidé de jouer la carte de la transparence. Ils ont organisé des visites de parcs existants, des réunions avec les riverains, des simulations 3D pour montrer l’impact visuel.
Résultat : une partie de l’opposition s’est calmée. Pas toute, bien sûr. Mais assez pour que le projet ait une chance d’aboutir. "On a compris qu’il fallait écouter les gens, pas juste leur imposer un projet", explique un responsable d’Enercon. "Et ça, ça change tout."
Si ce projet aboutit, ce sera une première dans l’Ain. Une preuve que l’éolien peut fonctionner, même dans un département réticent. Mais si ça échoue, ce sera la confirmation que l’Ain n’est pas prêt. Pas prêt à changer. Pas prêt à innover. Pas prêt, tout simplement, à assumer ses responsabilités.
Et maintenant ?
L’Ain a un choix à faire. Soit elle continue à traîner les pieds, à laisser les projets s’enliser, à écouter les opposants les plus bruyants. Soit elle décide d’avancer. De prendre des risques. De dire oui à l’éolien, malgré les réticences.
Parce que, au fond, le vrai débat n’est pas technique. Il est politique. Il est économique. Il est culturel. Et il est temps de le trancher. Avant qu’il ne soit trop tard.