Kenora veut basculer dans l’heure d’été à tout prix

Le maire de Kenora veut imposer l’heure d’été toute l’année, comme au Manitoba. Mais les habitants ne sont pas convaincus. Pourquoi cette décision cache-t-elle un calcul politique ? Et quels désagréments concrets pour les citoyens ?

Publié le 20 septembre 2026 à 14:03
Kenora veut basculer dans l’heure d’été à tout prix

Il est 7h30 du matin à Kenora, en Ontario. Le soleil se lève à peine, et déjà, les cafés s’animent. Pourtant, si le maire avait son mot à dire, il ferait encore plus sombre à cette heure-là. Parce que Kenora pourrait bientôt adopter l’heure d’été en permanence. Comme le Manitoba, voisin direct, qui l’a fait en 2022 sans retour en arrière depuis. Sauf que là-bas, au moins, on avait consulté les gens. Ici, on semble vouloir sauter le pas sans même demander leur avis aux habitants. Le maire joue avec le temps, et pas seulement avec les aiguilles de l’horloge.

Le projet, annoncé sans grande fanfare, repose sur un argument simple : aligner Kenora sur le Manitoba, pour simplifier les échanges commerciaux. Sauf que les commerçants de la ville, eux, ne crient pas victoire. « On nous dit que c’est pour le tourisme, pour les affaires, mais personne ne nous explique comment ça va changer concrètement », grogne un gérant de motel près du lac des Bois. Les touristes, eux, viendraient surtout en été. En hiver, avec des journées déjà courtes, une heure de plus de noirceur le matin ? Peu probable que ça booste les réservations. Le vrai calcul, c’est ailleurs.

Le Manitoba a déjà testé, et ça n’a pas marché comme prévu

Au Manitoba, l’heure d’été permanente a été adoptée en 2022, après des années de débats. Résultat ? Les économies d’énergie promises n’ont jamais eu lieu. Pire : les factures d’électricité ont augmenté de 5 % en un an, selon la Manitoba Hydro, le gestionnaire du réseau. Pourquoi ? Parce que les gens allument plus les lumières le soir, quand il fait nuit plus tôt. Et les agriculteurs, eux, râlent contre les journées trop courtes pour travailler. Le Manitoba a gagné une heure de soleil le soir… au prix d’une facture plus salée et de nuits plus longues.

Kenora, avec son climat encore plus froid et ses hivers interminables, risque de payer le même prix. Sauf que là-bas, personne n’a mesuré l’impact réel. Pas de données, pas d’étude, juste une décision unilatérale. Le maire mise sur l’inertie : si le Manitoba l’a fait, pourquoi pas nous ? Mais les habitants de Kenora ne sont pas des clones de ceux de Winnipeg.

Ce que personne ne dit sur les conséquences réelles

Les partisans de l’heure d’été permanente oublient un détail : le corps humain n’est pas fait pour vivre avec des horaires décalés toute l’année. Les troubles du sommeil, la fatigue chronique, les risques accrus de dépression en hiver, tout ça, on le sait depuis des décennies. Une étude de l’Université Harvard publiée en 2018 avait même montré que les régions passant à l’heure d’été permanente voyaient une hausse de 5 à 8 % des accidents de la route la nuit. Pas exactement le genre d’argument qui fait vendre Kenora comme destination touristique.

Et puis, il y a le côté pratique. Les écoles, les hôpitaux, les usines, tout le monde fonctionne avec des horaires précis. Modifier l’heure, c’est comme changer les règles d’un jeu en cours de partie. Les retards, les bugs informatiques, les gens qui se trompent d’heure… Ça coûte cher, et ça gâche la vie quotidienne.

Pourtant, le maire de Kenora, Dale Borthwick, campe sur ses positions. « C’est une question de cohérence régionale », a-t-il déclaré lors d’une réunion municipale. Sauf que la cohérence, ça ne se décrète pas. Le Manitoba a ses propres défis climatiques, ses propres habitudes. Kenora, elle, a des nuits polaires où le soleil ne se lève pas avant 9h. Forcer l’heure d’été, c’est comme imposer des shorts en plein mois de janvier.

Le vrai jeu : la politique, pas les économies

Derrière ce projet, il y a une réalité brutale : le Manitoba et l’Ontario ne sont pas sur la même longueur d’onde depuis des années. Le gouvernement provincial ontarien a déjà bloqué des projets similaires par le passé, par peur des répercussions sur la santé publique. Mais Kenora, en tant que ville frontalière, a une marge de manœuvre plus grande. Le maire joue la carte de l’autonomie locale pour contourner Ottawa.

Sauf que les habitants, eux, ne sont pas dupes. « On nous parle d’unification économique, mais en vrai, c’est juste une façon de dire : on fait ce qu’on veut, et vous, vous vous adaptez », lance une mère de famille, exaspérée. L’heure d’été permanente, c’est le symbole d’une ville qui prend des décisions sans écouter ses citoyens.

Et après ? Personne n’a de plan B

Le plus ironique, c’est que même si Kenora adoptait cette mesure, rien ne garantit que ça marche. Parce qu’en Ontario, l’heure d’été reste saisonnière. Vous imaginez le bordel ? Les gens de Kenora devraient vivre à l’heure du Manitoba… alors que le reste de la province reste sur l’heure normale. Les appels téléphoniques, les rendez-vous, les livraisons, tout deviendrait un casse-tête.

Et si jamais ça ne plaît pas ? Si les factures d’électricité explosent, si les gens tombent de fatigue, si les accidents augmentent ? Personne n’a prévu de retour en arrière. Le Manitoba, lui, a déjà exclu de revenir en arrière. Kenora s’engage sur une voie sans issue.

Alors oui, le maire a ses raisons. Mais elles ne tiennent pas la route. L’heure d’été permanente, c’est une mauvaise idée, mal vendue, et surtout, imposée. Les habitants de Kenora ont le droit de savoir ce qu’ils signent. Pas juste d’apprendre le résultat après coup.

Parce qu’au final, ce n’est pas une question d’heure. C’est une question de confiance.

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R Galaxie Rédaction

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