Mardi, le Kennedy Center pourrait fermer ses portes

Les dirigeants du Kennedy Center alertent sur une faillite imminente. Derrière les chiffres, une gestion opaque et des liens politiques qui compliquent la survie d’une institution culturelle majeure. Voici pourquoi personne ne semble prêt à sauver ce symbole de Washington.

Publié le 14 septembre 2026 à 16:05
Mardi, le Kennedy Center pourrait fermer ses portes

Le chiffre qui claque : 120 millions de dollars de pertes en 2023

Le Washington Post l’a écrit noir sur blanc : le Kennedy Center, ce temple du spectacle où se pressent chaque année des milliers de spectateurs et où défilent les stars du jazz, de l’opéra ou du ballet, a perdu 120 millions de dollars l’an dernier. Assez pour faire trembler même les plus endettés. Assez pour que les banques commencent à serrer les boulons. Assez pour que les dirigeants, ces derniers jours, aient envoyé des mails paniqués aux donateurs en leur disant : « On est à la ramasse. Aidez-nous, ou c’est la fermeture. »

Et pourtant, personne ne se précipite. Pas les politiques, pas les mécènes, pas même les amateurs d’art qui font la queue pour voir un concert. Pourquoi ? Parce que le Kennedy Center, ce n’est pas qu’un lieu. C’est un symbole. Et les symboles, quand ils tombent, personne ne veut être celui qui les a poussés.

Mais voici le vrai problème : ces pertes, ce n’est pas un accident. C’est le résultat d’une gestion désastreuse, d’une dépendance aux subventions publiques qui s’effritent, et d’un conseil d’administration où siégeaient des proches de Donald Trump jusqu’à récemment. Oui, vous avez bien lu : le Kennedy Center, sous l’ère Trump, a été un terrain de chasse pour les copains du président. Et maintenant, l’addition tombe.

Quand les amis de Trump gèrent la culture américaine

En 2017, Donald Trump nomme Steven A. Schwartzman au conseil d’administration du Kennedy Center. Schwartzman ? Un milliardaire, un donateur républicain, un mec qui a financé des campagnes et des think tanks conservateurs. Pas un expert en arts, mais un homme de confiance. Résultat : pendant cinq ans, le centre a navigué à vue, avec une stratégie floue, des dépenses opaques, et une fuite des talents. Les artistes se plaignaient des cachets de misère, les techniciens des retards de paiement, et les donateurs des promesses jamais tenues.

Et puis il y a eu Linda Lomax, la directrice générale évincée en 2021 après des tensions avec le conseil. Elle avait alerté sur les risques financiers. On l’a virée. On a remplacé les directeurs financiers. On a fait semblant de croire que tout irait mieux. Sauf que non.

Aujourd’hui, le centre doit 100 millions de dollars à ses créanciers. Les banques ont gelé les crédits. Les assurances refusent de couvrir les risques. Et les quelques mécènes qui restaient se sont tirés, comme des mouches quand la lumière s’éteint.

Mais le plus cynique ? Personne ne veut assumer. Les démocrates ne veulent pas sauver une institution dirigée sous Trump. Les républicains ne veulent pas donner l’impression de « sauver » quoi que ce soit. Et les artistes ? Ils ont autre chose à faire que de se battre pour un centre qui les a trahis.

Ce qui se passe quand l’art devient un enjeu politique

Le Kennedy Center, c’est le genre d’endroit où l’on vient pour voir Audra McDonald en concert, où les présidents prennent la parole avant de recevoir le Prix Nobel de la Paix, où les jeunes découvrent le ballet pour la première fois. C’est un lieu neutre, ou du moins, c’est ce qu’on croyait.

Sauf que depuis 2016, la neutralité, c’est fini. Le centre est devenu un pion dans un jeu plus large : celui de la guerre culturelle américaine. D’un côté, les conservateurs veulent contrôler ce qui se dit, se joue, s’expose. De l’autre, les progressistes refusent de toucher à une institution qui sent trop le « monde d’avant ». Résultat : personne ne bouge.

Et pendant ce temps, les murs du bâtiment s’effritent. Les systèmes de climatisation tombent en panne. Les contrats avec les artistes sont renégociés à la baisse. Les employés sont mis en disponibilité. C’est ça, la faillite en douceur.

Le piège des subventions publiques

Le Kennedy Center coûte cher. Très cher. 120 millions de dollars par an, entre salaires, loyers, assurances, et cachets. Une partie vient des billetteries, mais l’essentiel arrive des subventions fédérales. Problème : ces subventions, depuis l’arrivée de Biden, sont de plus en plus scrutées. On ne donne plus sans contrepartie.

En 2022, le Congrès a réduit de 20 % les fonds alloués au centre. Officiellement, c’était pour « rééquilibrer le budget ». Officieusement, c’était parce que trop de monde au sein du centre avait des liens avec Trump. Et maintenant, avec les dettes qui s’accumulent, personne ne veut plus entendre parler de sauvetage.

Les dirigeants du Kennedy Center ont tenté le tout pour le tout : ils ont lancé une campagne de fundraising désespérée, avec des lettres signées par des célébrités comme Itzhak Perlman ou James Taylor. Peine perdue. Les chèques ne pleuvent pas. Les promesses non plus.

Pourtant, il y a une solution. Une seule. Fermer le bâtiment principal. Garder les bureaux administratifs, les petits événements, les répétitions. Mais dire adieu à la grande salle, à l’opéra, au concert symphonique. C’est ça, le plan B. Et ça, c’est une catastrophe.

Pourquoi personne ne veut sauver ce symbole

Parce que le Kennedy Center, aujourd’hui, c’est comme un bateau qui coule : personne ne veut être vu en train de le sauver.

  • Les démocrates ? Ils ne veulent pas donner l’impression de « pardonner » à une institution dirigée par des proches de Trump.
  • Les républicains ? Ils ne veulent pas que ça ressemble à un « cadeau » de Biden.
  • Les artistes ? Ils ont peur que si le centre tombe, ce soit eux les prochains à payer.
  • Les donateurs ? Ils attendent que quelqu’un d’autre se dévoue.

Et pendant ce temps, les dettes continuent de monter. Les créanciers menacent de saisir les biens. Les assurances refusent de couvrir les risques. Et les rumeurs vont bon train : et si, finalement, le bâtiment était vendu ? Et si les terres autour étaient loties pour construire des immeubles de luxe ?

Ce serait la fin d’une époque. Pas celle des arts, mais celle d’un lieu qui, pendant des décennies, a incarné l’idée que la culture américaine pouvait être au-dessus des partis.

Ce qui nous attend si rien ne change

Si le Kennedy Center ferme ses portes, ce ne sera pas juste la fin d’un bâtiment. Ce sera la preuve que l’art, aux États-Unis, n’est plus une priorité. Que les institutions culturelles sont devenues des terrains de bataille politiques. Que l’argent prime sur la création.

Et le pire ? Personne ne sera surpris. Parce que depuis des années, on voit les musées fermer, les orchestres licencier, les théâtres réduire leurs saisons. Le Kennedy Center, c’est juste le prochain sur la liste.

Sauf que là, c’est différent. Parce que le Kennedy Center, ce n’est pas qu’un lieu. C’est un mythe. Et quand les mythes tombent, ça fait mal.

Alors oui, il est temps de se réveiller. Parce que si on laisse faire, mardi, ce ne sera pas juste un bâtiment qui fermera. Ce sera une partie de l’âme de Washington qui disparaîtra à jamais.

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R Galaxie Rédaction

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