Le 12 septembre, Jordan Kinard aurait dû dire « oui ».
À la place, il a dit « adieu ».
Ce samedi-là , à quelques heures de son mariage, la voiture dans laquelle il roulait a percuté un arbre près de Mons. Un accident stupide, violent, définitif. Les pompiers sont arrivés trop tard. Les proches ? Ils sont arrivés en morceaux.
Un enterrement à la place d’un mariage
Les photos de Jordan, accrochées aux murs de l’église Saint-Roch à Mons, montrent un jeune homme sourire aux lèvres, bras autour de sa future femme. Sur l’une d’elles, il porte un costume bleu marine, cravate assortie. Le même costume qu’il aurait dû enfiler samedi. Celui qu’on a retrouvé froissé dans le coffre de la voiture, à quelques mètres du lieu du crash.
« Depuis le 12 septembre, ma vie s’est effondrée », a lancé sa mère, les yeux rouges, devant une centaine de personnes venues lui rendre un dernier hommage. Pas de fleurs, pas de discours pompeux. Juste des silences, des sanglots étouffés, et cette question qui revient comme un écho : « Pourquoi lui ? »
Les gendarmes ont conclu à une perte de contrôle. « Il roulait à 110 km/h sur une route à 70 », a lâché un proche, amer. « On lui avait tout donné. Une vie, un avenir. Et en deux secondes, plus rien. »
L’administration qui regarde ailleurs
Jordan n’était pas un cas isolé. En Belgique, les accidents de la route tuent plus de 600 personnes par an. Parmi elles, des jeunes de 20-25 ans, souvent ivres au volant ou excédant les limites. « Les radars sont partout, sauf là où ça compte », grogne un ancien policier de Mons. « On verbalise un excès de vitesse à 10 km/h près d’une école, mais on laisse passer un fou furieux sur une nationale ? »
Le rapport annuel de la police fédérale confirme : 30 % des accidents mortels impliquent des conducteurs sous influence ou en excès de vitesse. Pourtant, les sanctions restent légères. « Une amende, un stage de sensibilisation. Et après ? Le gars remonte en voiture comme si de rien n’était », crache un pompier présent sur les lieux du drame.
À Mons, on se souvient de Thomas, 22 ans, tué en 2021 après une soirée arrosée. « Même discours, même impunité », soupire une habitante. « On enterre nos enfants, et après on passe à autre chose. »
Ce que les proches ne diront jamais
Dans le cercueil ouvert, Jordan portait son costume de mariage. « On a voulu lui rendre ça », explique sa sœur, la voix brisée. « Mais à quoi bon ? »
Les proches évitent un sujet : l’alcool. « Il avait bu, c’est sûr », murmure un ami sous couvert d’anonymat. « Tout le monde sait ça. Mais personne n’ose le dire. »
Pourtant, les chiffres sont là . Selon l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, l’alcool est impliqué dans 30 % des accidents mortels chez les jeunes de 18-25 ans. En Belgique, une bouteille de vodka à 5 € dans un fast-food suffit à faire basculer une vie.
« On normalise la mort au volant », lance un psychologue présent aux obsèques. « Un enterrement à 21 ans, c’est trop jeune pour être banal. »
Le mariage qui n’aura jamais lieu
La future épouse de Jordan, Clara, 20 ans, n’a pas prononcé un mot. Elle serrait contre elle une photo d’eux deux, prise trois jours avant l’accident. « On allait se marier, putain », a fini par exploser son père, avant de s’effondrer en pleurs.
Dans l’église, une bannière avait été accrochée : « Jordan, tu nous manques déjà ». Ironie cruelle : c’était aussi le slogan de leur future entreprise, un traiteur bio qu’ils voulaient lancer ensemble.
« Maintenant, c’est moi qui dois tout gérer », a lâché Clara, les mains tremblantes. « Les contrats, les fournisseurs… Tout. »
Et après ?
Les funérailles sont finies. Les fleurs faneront. Les proches rentreront chez eux, avec cette question qui les ronge : « À quoi bon ? »
Jordan Kinard est mort Ă deux heures de son mariage. Votre mariage pourrait bien ĂŞtre le prochain enterrement.
Pas de leçon morale ici. Juste un fait : la route tue, et personne ne fait assez pour l’arrêter.