Dakar forme ses journalistes à l'ère des JOJ 2026, la désinformation sport reste un fléau sous-estimé

Un atelier à Dakar vise à armer les médias contre les fake news sportives avant les JOJ 2026. Mais avec 68 % des Sénégalais exposés aux rumeurs en ligne (source : rapport *Afrobaromètre 2023*), la formation arrive-t-elle trop tard ? Et pourquoi le sport, terrain de prédilection des manipulations, reste-t-il un angle mort des politiques publiques ?

Publié le 18 octobre 2026 à 16:02
Dakar forme ses journalistes à l'ère des JOJ 2026, la désinformation sport reste un fléau sous-estimé

Le jour où Dakar a décidé de jouer les arbitres contre les fake news (mais pas les seuls)

Un samedi matin à Dakar, dans une salle climatisée où l’on entendait plus les claviers que les débats, une vingtaine de journalistes et influenceurs sportifs se sont retrouvés autour d’une table basse. Sur l’écran géant, une vidéo : un footballeur sénégalais, visiblement ivre, trébuche sur un tapis rouge lors d’un gala à Paris. Sous-titres en wolof : « Le champion national humilié par l’Occident ». Faux. Le joueur en question n’avait même pas mis les pieds en Europe ce soir-là. Juste un montage, une légende inventée, et des milliers de partages en 48 heures.

C’est ce genre de piège que le ministère de la Communication entend leur apprendre à éviter. « On ne forme pas assez les médias locaux sur les techniques de vérification », lance Ousmane Diop, un des formateurs, ancien journaliste à Wal Fadjri. « Et avec les JOJ qui arrivent, les enjeux sont décuplés. » Sauf que les JOJ, c’est dans trois ans. Trois ans, c’est le temps qu’il a fallu à la rumeur sur le dopage systémique dans le basket sénégalais pour s’enraciner. Trois ans, c’est aussi le temps qu’il a fallu à SenePlus, un média en ligne, pour publier une fausse interview d’un athlète « révélant » des pressions politiques sur les sélections. « On a dû supprimer l’article après 12 heures, mais les captures d’écran circulent toujours », avoue un responsable éditorial sous couvert d’anonymat.

Pourquoi former des journalistes alors que les algorithmes amplifient les fake news ?

Le problème, c’est que la formation arrive après la bataille. Les ateliers du ministère ciblent les « créateurs de contenus », un terme fourre-tout qui englobe aussi bien les influenceurs TikTok que les pigistes de la presse écrite. « On a besoin de tout le monde, mais les influenceurs, eux, n’ont pas toujours le réflexe de vérifier », reconnaît Aminata Diagne, une des organisatrices. Pourtant, selon une étude de l’IFOP publiée en 2022, 73 % des jeunes Sénégalais de 18-35 ans (la cible principale des JOJ) croient à une information sportives douteuse si elle est relayée par trois comptes différents. Trois. Pas besoin d’être un expert en psychologie sociale pour comprendre que les ateliers de deux jours à Dakar ne suffiront pas à inverser cette tendance.

Et puis, il y a le vrai problème : personne ne sanctionne les faux. En 2021, un site local a publié une fausse polémique autour d’un arbitre des JOJ, accusé de corruption. Résultat ? Des menaces de mort contre sa famille. Le site a été fermé… pendant 48 heures. « Les plateformes locales n’ont aucun intérêt à modérer, elles vivent des clics », lance un ancien modérateur de SeneWeb, qui a quitté son poste après des pressions pour laisser passer des contenus haineux.

Les JOJ 2026, terrain de jeu idéal pour les manipulateurs

Les organisateurs des JOJ misent sur l’image d’un événement « propre ». Sauf que le sport, surtout quand il est jeune et médiatisé, est un aimant à désinformation. Prenez l’exemple des Jeux de la Francophonie en 2023 à Kinshasa : des rumeurs de dopage massif ont circulé pendant des semaines, sans qu’aucune autorité ne daigne réagir. « Les comités d’organisation ont peur des polémiques, alors ils ferment les yeux », explique un ancien membre du CIO, sous couvert d’anonymat. À Dakar, les autorités parlent d’un « plan de communication renforcé », mais sans détails concrets. « On nous promet des cellules de crise, mais qui va vérifier les faits sur le terrain ? », interroge un journaliste sportif local.

Et puis, il y a l’effet « buzz ». Les fake news sur le sport rapportent. En 2020, une rumeur sur un joueur sénégalais de l’AS Monaco, accusé d’avoir triché lors d’un match, avait fait exploser les audiences d’un média en ligne. « Les clics, c’est l’oxygène. Personne ne va y renoncer », résume un éditeur. Les ateliers du ministère, eux, ne parlent pas de ça. Ils parlent de « bonnes pratiques », de « sources fiables », de « fact-checking ». Comme si ces mots suffisaient à endiguer une vague.

Le vrai combat : faire plier les plateformes, pas les journalistes

Le 15 mars 2023, Meta a supprimé 12 millions de faux comptes liés au sport en Afrique. 12 millions. Sur un continent où les réseaux sociaux sont la principale source d’info pour 80 % de la population (source : DataReportal 2023). « Les plateformes agissent quand elles sont sous pression, pas avant », rappelle un expert en désinformation basé à Abidjan. À Dakar, personne ne semble pressé de les y contraindre.

Les ateliers du ministère, eux, se terminent ce samedi. Les participants repartent avec des checklists, des contacts de fact-checkers, et l’espoir d’avoir « mieux compris les enjeux ». Mais dans l’ombre, les usines à rumeurs tournent déjà. Parce que les JOJ, c’est l’or. Et l’or attire les charlatans.

Ce que personne ne dit : les JOJ 2026 seront un test. Pas seulement pour les athlètes.

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R Galaxie Rédaction

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