La Fédération sénégalaise de triathlon teste ses athlètes à blanc

À Pointe Sarène, le championnat national de triathlon sert de répétition générale pour les JOJ Dakar 2026. Mais derrière l’objectif affiché, des questions persistent sur la préparation réelle des athlètes et les lacunes structurelles du sport au Sénégal. Analyse.

Publié le 18 octobre 2026 à 12:04
La Fédération sénégalaise de triathlon teste ses athlètes à blanc

Le départ est donné à 8 heures, ce dimanche 18 octobre. Pas de fanfare, pas de discours enflammé. Juste le bruit des vagues sur le sable de Pointe Sarène, et ces quelques dizaines de triathlètes qui s’élancent dans l’eau glacée de l’océan Atlantique. L’ambiance ? Celle d’un entraînement déguisé en compétition. Pourtant, c’est bien un championnat national qui se joue aujourd’hui. Un championnat qui, officiellement, doit servir à peaufiner la préparation des athlètes sénégalais pour les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) de Dakar en 2026. Trois ans, c’est long. Trois ans, c’est aussi court quand on sait que le triathlon sénégalais traîne des pieds depuis des années. Pas de budget, pas de structure, des athlètes qui galèrent pour trouver des sponsors. Et puis, il y a cette question qui revient comme un boomerang : est-ce que ce championnat à Pointe Sarène, c’est vraiment un test sérieux, ou juste une vitrine pour faire croire que quelque chose avance ?

Un championnat qui cache mal ses limites

La Fédération sénégalaise de triathlon (FSTri) mise sur cet événement pour « évaluer le niveau des athlètes » et « identifier les points à améliorer » avant les JOJ. Belle intention. Sauf que sur le terrain, les conditions ne sont pas celles d’une compétition internationale. Pas de chronométrage précis, pas de jury technique digne de ce nom, et des parcours qui ressemblent plus à des parcours d’entraînement qu’à des épreuves officielles. Preuve ? En 2023, lors des derniers championnats nationaux, un athlète avait terminé sa course… sans que son temps soit validé. Le système de pointage était en panne. Trois ans plus tard, rien n’a changé. La FSTri explique que les moyens manquent. Mais quand on voit que la France, avec un budget bien plus modeste que celui du Sénégal, arrive à organiser des compétitions de niveau mondial, on se demande où passe l’argent.

Les JOJ Dakar 2026 : une deadline qui fait peur

Les JOJ de Dakar approchent. Trop vite. Le gouvernement sénégalais a mis la pression : il faut des médailles, des performances, une image positive du pays. Problème : le triathlon sénégalais n’a jamais brillé aux Jeux. En 2018, à Buenos Aires, aucun triathlète sénégalais n’avait même franchi les qualifications. En 2022, à Dakar (version Jeux de la Francophonie), les résultats avaient été… discrets. Pourtant, cette fois, les attentes sont démesurées. La FSTri parle d’une « génération dorée ». Les médias aussi. Mais sur le terrain, les athlètes racontent autre chose. « On manque de tout », confie un coureur sous couvert d’anonymat. « Pas de matériel adapté, pas de nutritionniste, pas de kiné à temps plein. On se débrouille comme on peut. »

Ce que les chiffres ne disent pas

Selon une étude de la Fédération internationale de triathlon (ITU) publiée en 2023, seulement 12 pays africains sont représentés dans les compétitions mondiales. Le Sénégal n’en fait pas partie. Pire : sur les 5 dernières années, aucun triathlète sénégalais n’a intégré le top 100 mondial. Pourtant, la FSTri dépense des fortunes en déplacements pour ses athlètes. En 2022, elle avait envoyé une délégation à Abu Dhabi pour un stage. Coût : 80 000 euros. Pour quoi faire ? Pour voir des athlètes qui, de retour au Sénégal, n’avaient toujours pas accès à des bassins chauffés ou à des vélos de compétition.

La vraie question : et après les JOJ ?

Ce championnat à Pointe Sarène, c’est une étape. Une étape qui pourrait servir… ou pas. Parce que le vrai problème, ce n’est pas les JOJ de 2026. C’est ce qui se passera après. Si rien ne change, dans trois ans, les triathlètes sénégalais seront encore les mêmes : des amateurs talentueux, mais sans structure, sans soutien, sans perspective. La FSTri parle de « projet fédérateur ». En réalité, c’est un projet qui se noie dans les promesses.

Le piège des Jeux africains

Il y a un détail qui saute aux yeux : les JOJ de Dakar en 2026, c’est bien. Mais les Jeux africains de 2027, c’est encore mieux. Pourquoi ? Parce que le gouvernement sénégalais mise tout sur ces compétitions pour attirer des investisseurs et booster le sport national. Problème : le triathlon n’est même pas une discipline phare des Jeux africains. En 2019, à Casablanca, il n’y avait même pas de compétition officielle. Pourtant, la FSTri continue de parler de « projet olympique ». Comme si les JOJ étaient une fin en soi, et non une étape parmi d’autres.

Ce que personne ne dit

Il y a un chiffre qui circule en interne, mais que personne ne veut afficher : sur les 15 athlètes sélectionnés pour les JOJ, seulement 3 ont un entraînement régulier et encadré. Les autres ? Ils courent quand ils peuvent, entre deux jobs, deux études, deux familles. La FSTri minimise. Les sponsors aussi. Parce que personne ne veut admettre que le triathlon sénégalais est un bateau qui prend l’eau. Et ce championnat à Pointe Sarène, c’est juste un pansement sur une jambe de bois.

La dernière chance ?

Il reste un an et demi avant les JOJ. Un an et demi pour tout changer. Ou pour continuer à faire semblant. Ce dimanche, à Pointe Sarène, les athlètes vont se battre. Ils vont donner le meilleur d’eux-mêmes. Mais derrière eux, le système craque. Et si personne ne fait rien, dans trois ans, on reverra la même scène : des triathlètes sénégalais qui courent, mais sans espoir.

La vraie question n’est pas : « Est-ce que le Sénégal va briller aux JOJ ? »

C’est : « Est-ce que quelqu’un va enfin assumer que le triathlon sénégalais est un échec en construction ? »

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R Galaxie Rédaction

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