L'État français abandonne 100 000 jeunes sans formation

Chaque année, la France laisse tomber des milliers de jeunes sans diplôme ni débouchés. Derrière les chiffres, une machine administrative qui trierait ses enfants. Voici comment ça marche, et pourquoi personne ne veut en parler.

Publié le 14 septembre 2026 à 18:10
L'État français abandonne 100 000 jeunes sans formation

En 2023, 100 000 jeunes ont quitté le système scolaire sans qualification, selon les dernières données de l’OCDE. Pas des décrocheurs occasionnels, non : des ados que l’Éducation nationale a lâchés, point final. Certains reviennent, d’autres non. Ceux qui reviennent, trop souvent, c’est pour constater que les portes des entreprises ou des formations sont déjà verrouillées. Ils ont 17 ans, et on leur dit déjà qu’ils ne serviront à rien.

Ce n’est pas une question de volonté. Ce n’est pas une question de moyens. C’est une décision. Une décision de les exclure, pas par accident, mais parce que le système a besoin de ceux qui comptent. Ceux qui ont des notes, ceux qui parlent bien, ceux qui savent déjà où ils vont. Les autres ? On les range dans un coin.

Le jour où l’école vous dit non

Prenez Léa, 16 ans, en Seine-Saint-Denis. Elle a redoublé deux fois, elle a un niveau bac pro en cuisine, mais quand elle a postulé dans une école hôtelière, on lui a répondu : « Votre dossier ne correspond pas à nos attentes. » Traduction : « On ne veut pas de vous. » Pas de lettre de motivation à améliorer, pas de stage à proposer. Juste un mail sec, copié-collé. Léa n’existe pas pour eux.

Pourtant, elle bosse. Elle fait des heures en restauration, elle se lève à 4h du matin. Mais quand elle demande une formation pour monter en grade, on lui sort des arguments du genre « Il faut être motivé ». La motivation, ça ne se mesure pas en notes. Ça se mesure en heures de présence, en persévérance, en capacité à se battre quand tout le monde vous dit que vous n’y arriverez pas. Léa a ça. Mais le système, non.

Le marché du travail, ce grand filtre

L’État ne les veut pas. Les entreprises non plus. Parce que ces jeunes coûtent trop cher. Une formation, c’est 5 000 euros par an. Un CDI, c’est un risque. Alors on les parie sur les stages non rémunérés, les contrats courts, les petits boulots où on peut les virer du jour au lendemain. Ils sont invisibles, donc ils n’existent pas.

Prenez La Poste, par exemple. En 2022, l’entreprise a recruté 3 000 jeunes en alternance. Sur ce nombre, seulement 800 avaient moins de 18 ans et un profil « à risque ». Les autres ? Ceux qui avaient déjà un bac pro, une expérience, une famille qui pouvait les aider à tenir le coup. Les autres, ceux qu’on a laissés tomber avant, ils ne comptent pas.

Pourquoi ? Parce que le coût humain est trop élevé. Un jeune sans qualification qui tombe en dépression, qui se tourne vers la petite délinquance, qui finit à la rue ? Ça, ce n’est pas dans les comptes de l’État.

Ce que les politiques ne veulent pas voir

En 2019, le gouvernement a lancé le Plan « 1 jeune, 1 solution ». Objectif : 1 million de jeunes accompagnés. Résultat ? 300 000 seulement ont eu une vraie formation. Les 700 000 autres ? On les a oubliés.

Pourquoi ? Parce que ça dérange. Ça dérange de dire que la France gaspille des vies. Ça dérange de dire que l’exclusion, c’est une politique. Une politique qui consiste à laisser tomber ceux qui ne rentrent pas dans les cases.

Édouard Philippe, quand il était Premier ministre, avait lancé un discours sur « la France qui se relève ». Sauf que pour se relever, il faut des bras. Et ces bras-là, on les jette.

La vraie question : et si on les voulait vraiment ?

En Allemagne, 98 % des jeunes de 15-29 ans ont un emploi ou une formation. Comment ? Parce qu’ils investissent dans les jeunes, même ceux qu’on considère comme « perdus ». Parce qu’ils ne les laissent pas tomber.

En France, on préfère fermer les yeux. Parce que c’est moins cher. Parce que c’est moins compliqué. Parce que ça fait moins mal de regarder ailleurs.

Le problème, c’est que ces jeunes, un jour, ils vont se retourner. Et quand ils le feront, ce ne sera pas avec des fleurs. Ce sera avec des barricades. Parce qu’on leur a appris une chose, à ces gosses : quand on vous dit non, vous n’avez qu’à vous taire.

Mais aujourd’hui, ils ont quelque chose à dire. Et nous, on va les écouter ?

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R Galaxie Rédaction

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