Les gouvernements attendent que le public comprenne le climat avant d’agir

Jean-Marc Jancovici, ingénieur et spécialiste de l’énergie, tire la sonnette d’alarme : sans une prise de conscience massive, les prochains gouvernements ne bougeront pas. À six mois de l’élection présidentielle, l’urgence climatique reste un sujet de technocrates. Pourquoi personne ne force le débat ?

Publié le 14 octobre 2026 à 18:05
Les gouvernements attendent que le public comprenne le climat avant d’agir

En 2027, les Français voteront sans savoir que leur bulletin de vote dépendra d’une équation simple : combien de gigatonnes d’émissions de CO₂ le pays peut encore se permettre d’ici 2050. Personne ne leur expliquera que cette limite est déjà dépassée. Personne ne leur dira que les promesses vertes des candidats sont des leurres si la population ne comprend pas les chiffres bruts. Jean-Marc Jancovici, ingénieur et fondateur du Shift Project, le résume en une phrase : « Tant qu’il n’y a pas dans la population une compréhension partagée du climat, le politique ne bougera pas. » C’est un constat glaçant. Et il a raison : les gouvernements attendent que les citoyens demandent des mesures radicales avant de les appliquer. Mais comment exiger ce qu’on ne comprend pas ?

Le piège des promesses creuses

En 2023, l’ADEME estimait que la France émettait 390 millions de tonnes de CO₂ par an. Objectif officiel : diviser par deux d’ici 2030. Problème : aucun candidat ne propose un plan crédible pour y parvenir. Pourquoi ? Parce que réduire ces émissions de moitié, c’est supprimer l’équivalent de 20 centrales à charbon par an. C’est interdire les vols low-cost sur les moyennes distances. C’est taxer le diesel à 10 euros le litre. C’est fermer des usines entières. Bref, c’est faire payer le coût réel de l’énergie aux citoyens. Et personne ne veut en parler.

Les discours sur la « transition juste » ou les « énergies renouvelables » masquent la réalité : le politique ne touchera pas aux lobbies ni aux habitudes des Français tant que le sujet ne devient pas une obsession populaire. Or, aujourd’hui, le climat reste un sujet de bobos écolos et de rapports techniques. Les sondages le confirment : seulement 12 % des Français estiment que le réchauffement climatique est une priorité absolue (Ifop, 2023). Le reste ? Des promesses creuses sur les « éco-gestes » et les « villes durables ».

Pourquoi les marchés ferment les yeux

Prenez TotalEnergies. En 2022, le groupe a investi 8 milliards d’euros dans de nouveaux projets pétroliers au Nigeria et au Qatar. Dans le même temps, il dépensait 1,5 milliard dans les énergies renouvelables. Résultat ? Les émissions du groupe ont augmenté de 3 % cette année-là. Pourtant, personne ne sanctionne Total. Pourquoi ? Parce que les actionnaires veulent des dividendes, et que les gouvernements ont peur de déclencher des crises sociales si l’énergie devient trop chère.

Le problème, c’est que les marchés ne mentent pas : ils reflètent simplement ce que la société est prête à accepter. Si les Français tolèrent encore les vols low-cost à 20 euros l’aller-retour, c’est que personne ne leur a jamais expliqué que chaque passager dans un A320 émet 600 kg de CO₂. Si les usines tournent encore à plein régime en Chine, c’est que personne ne leur a dit que chaque tonne d’acier produite rejetait 1,8 tonne de CO₂.

Ce qui se passe quand on évite le débat

En 2022, la Commission européenne a proposé une taxe sur les importations de produits manufacturés en Chine, en raison de leurs émissions cachées. Objectif ? Éviter que l’Europe ne délocalise son empreinte carbone. Résultat ? Les lobbies industriels ont fait pression, et la taxe a été édulcorée. Pourquoi ? Parce que personne n’a osé expliquer aux citoyens que leurs achats sur AliExpress ou Shein avaient un coût climatique direct.

Même chose pour le nucléaire. EDF construit toujours des réacteurs à Flamanville, alors que le vrai débat devrait être : « Faut-il vraiment construire des centrales qui fonctionneront à perte pendant 50 ans, alors qu’on pourrait isoler les logements et réduire la demande ? » Mais ce débat, personne ne le mène. Parce que c’est compliqué. Parce que ça implique de choisir entre des options toutes mauvaises.

Le vrai blocage : l’illusion du progrès technologique

Les gouvernements misent sur les « solutions miracles » : hydrogène vert, capture de CO₂, voitures électriques. Problème : aucune de ces technologies n’est mature à grande échelle. L’hydrogène vert, par exemple, nécessite une énergie renouvelable deux fois plus puissante que ce qu’on produit aujourd’hui. La capture de CO₂, elle, coûte plus de 100 euros par tonne de CO₂ évitée, un prix incompatible avec une économie de marché.

Pourtant, personne ne le dit clairement. Pourquoi ? Parce que reconnaître l’échec des technologies, c’est admettre qu’il faut réduire la consommation. Et ça, c’est politique. Très politique.

La question qui tue

Si les Français savaient que chaque enfant né aujourd’hui héritera d’un monde où les canicules à 50°C seront possibles, est-ce qu’ils voteraient différemment ? Si on leur expliquait que la fin du diesel en 2035, c’est maintenant ou jamais, est-ce qu’ils accepteraient une taxe à 10 euros le litre ?

Non. Parce que personne ne leur a jamais posé la question. Les politiques parlent de « sobriété », mais sans jamais dire ce que ça coûte vraiment. Les médias évoquent le climat, mais sans jamais lier les faits aux choix concrets des citoyens.

Le résultat ? On attend que les gens comprennent avant d’agir. Mais personne ne leur explique.

Ce que ça signifie pour 2027

À six mois de l’élection présidentielle, le vrai enjeu n’est pas de savoir qui sera le meilleur « écolo ». C’est de savoir qui osera imposer des mesures impopulaires. Or, aucun candidat ne le fera. Parce que sans pression populaire, les gouvernements ne bougent pas. Et sans pression populaire, le climat continuera de se dégrader.

La prochaine fois que vous entendrez un discours sur la « transition », demandez-vous : « Est-ce que ce plan suppose que les Français acceptent de payer plus cher, de voyager moins, de consommer moins ? » Si la réponse est non, alors c’est du vent.

Et le vent, ça ne change rien au réchauffement.

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R Galaxie Rédaction

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