La DREAL Charente-Périgord évite de parler des travaux jamais finis sur la RN 10

Depuis des années, les bouchons entre Barbezieux et Angoulême s’aggravent. Pourtant, les travaux annoncés pour désengorger la RN 10 traînent, et personne ne veut en assumer la responsabilité. Résultat : ce mercredi matin, encore 45 minutes de retard pour des milliers de pendulaires. Voici pourquoi ça ne s’arrange pas.

Publié le 14 octobre 2026 à 22:04
La DREAL Charente-Périgord évite de parler des travaux jamais finis sur la RN 10

Les promesses en l’air de la DREAL et des élus locaux

On vous avait vendu du rêve. En 2020, la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement) et la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Charente annoncèrent des travaux pour élargir la RN 10, sécuriser les carrefours et supprimer les points noirs. Objectif : réduire les bouchons de 40%. Sauf que. Trois ans plus tard, les chantiers peinent à démarrer, et ceux qui sont lancés avancent au rythme d’un escargot en grève. Pourquoi un tel retard ? Officiellement, c’est à cause des problèmes de financements et des recours administratifs déposés par des associations locales. Inofficiellement, c’est parce que personne ne veut assumer la hausse des coûts. La DREAL pointe du doigt les collectivités locales, qui renâclent à mettre la main au portefeuille. Les maires, eux, accusent l’État de les laisser seuls face à l’urgence. Résultat : les travaux traînent, et les usagers paient la note.

Prenez le carrefour de Montembœuf. Un nœud routier connu pour ses bouchons monstres. En 2021, la DREAL avait promis une réorganisation complète pour l’été 2022. Aujourd’hui ? Toujours rien. Rien, si ce n’est des panneaux de signalisation mal placés et des feux tricolores qui clignotent comme des phares de bateau en pleine tempête. Les conducteurs râlent, les cyclistes maudissent leur choix, et les riverains, eux, subissent le bruit et la pollution supplémentaire. Pourquoi s’embêter à accélérer ? Parce que les retards, ça coûte cher. Très cher.

Un chiffre qui claque : 12 millions d’euros. C’est le budget initial prévu pour ces travaux. Aujourd’hui, on parle de 18 millions. Et personne ne veut débourser les 6 millions supplémentaires. La DREAL attend que les départements se bougent. Les départements attendent que l’État sorte son chéquier. Et pendant ce temps, les usagers, eux, continuent de perdre leur temps.

Ce que les pendulaires subissent au quotidien

Vous êtes de ceux qui font le trajet Barbezieux-Angoulême tous les jours ? Bienvenue dans le club des martyrs de la route. Entre 7h et 9h, la RN 10 se transforme en parking à ciel ouvert. Pas un jour sans ralentissements. Pas un mois sans promesses non tenues. Et ce mercredi n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Prenez le cas de Sophie, 38 ans, caissière à Angoulême. Elle habite à Barbezieux. Tous les matins, elle met 1h15 pour faire 50 kilomètres. 1h15. Parce que les travaux sur la RN 10 ont réduit la voie à une seule file dans certains secteurs, et que les chantiers improvisés bloquent la circulation sans prévenir. « Je suis arrivée en retard à mon boulot trois fois cette semaine, raconte-t-elle. Trois fois. Et encore, je suis chanceuse : au moins, moi, je travaille. Ceux qui ont des entretiens ou des rendez-vous médicaux, eux, ils sont dans la merde. »

Et puis il y a les poids lourds. Oui, ceux qui encombrent encore plus la route. La DREAL a bien prévu des aménagements pour eux, mais ils ne sont pas encore opérationnels. Résultat : les camions roulent au ralenti, bloquent les voitures, et transforment un trajet de 40 minutes en une heure et demie. Un comble, quand on sait que la RN 10 est une route nationale, censée être fluide.

Mais le pire ? C’est l’absence totale de communication. Aucun panneau dynamique pour prévenir des ralentissements. Aucun message clair sur les retards des travaux. Juste des bouchons, encore et toujours.

Pourquoi les associations et les élus se taisent

Vous vous demandez pourquoi personne ne crie au scandale ? Parce que ça arrange tout le monde.

D’un côté, les associations écologistes qui dénoncent depuis des années l’artificialisation des sols et la surcharge de la RN 10. Elles auraient pu exiger des solutions rapides. Sauf qu’elles préfèrent attendre que la situation empire pour réclamer des alternatives. Bus, trains, pistes cyclables… Tout ça prend du temps. Et du temps, c’est exactement ce que les usagers n’ont pas.

De l’autre, les élus locaux, qui savent très bien que les bouchons, ça fait du bruit, mais ça ne fait pas perdre des voix. Alors ils attendent. Ils tergiversent. Ils promettent des réunions, des études, des commissions. Bref, ils gagnent du temps.

Et puis il y a la DREAL. L’État, dans tout ça. Qui a les moyens, mais pas la volonté. Parce que rénover une route nationale, ça coûte cher. Et que les priorités, aujourd’hui, ce sont les éoliennes, les lignes à grande vitesse et les zones à faibles émissions. La RN 10, elle, elle est un peu l’enfant pauvre.

Un exemple ? En 2021, la DREAL a reçu 12 millions d’euros pour moderniser les axes routiers en Nouvelle-Aquitaine. Sur ce montant, seulement 3 millions ont été affectés à la RN 10. 3 millions pour 120 kilomètres de route. Vous faites le calcul.

Ce qui pourrait (enfin) changer

Alors, comment en sortir ? Trois solutions, mais aucune n’est simple.

  1. L’État assume ses responsabilités. 18 millions d’euros, c’est le prix à payer pour désengorger la RN 10. Si Bruxelles refuse de financer, tant pis. La France doit mettre la main à la poche. Parce que les bouchons, ça coûte encore plus cher en temps perdu, en pollution et en santé. Selon une étude de la Fédération Française des Télécommunications (FFT), les embouteillages coûtent 1,2 milliard d’euros par an à l’économie française. 1,2 milliard. Et la RN 10 en représente une infime partie. Alors oui, il faut dépenser.

  2. Les collectivités locales arrêtent de se renvoyer la balle. La Charente et la Dordogne doivent se serrer les coudes. Parce que les bouchons ne s’arrêtent pas aux frontières départementales. Si Angoulême et Barbezieux veulent des solutions, elles doivent cesser de jouer les sourds. Et arrêter de compter sur l’État pour tout régler.

  3. Les usagers ne se laissent plus faire. Plus de silence. Plus de résignation. Les associations de riverains doivent monter au créneau, les médias doivent enquêter, et les citoyens doivent voter avec leurs pieds. Parce que si rien ne change, ce ne sont pas seulement 45 minutes de retard que vous perdrez demain matin. Ce sera une heure. Puis deux. Jusqu’à ce que la RN 10 devienne ingérable.

Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer

Au final, la RN 10 entre Barbezieux et Angoulême, c’est le miroir de ce qui cloche dans notre pays. On promet, on tergiverse, et on laisse les citoyens payer l’addition. Les travaux traînent, les bouchons s’aggravent, et les responsables se cachent derrière des excuses bidon.

Alors oui, ce mercredi, vous avez perdu du temps. Mais ce n’est qu’un aperçu de ce qui vous attend si rien ne bouge. Parce que les routes, ça ne se répare pas tout seul. Et les promesses non tenues, ça ne se transforme pas en réalisations par magie.

Alors à vous de jouer. Exigez. Faites pression. Parce que sinon, demain, ce ne sera pas 45 minutes de retard. Ce sera une heure. Et après-demain, ce sera pire.

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R Galaxie Rédaction

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