Le retour au bureau en trois jours abandonne sans aveu.

Le syndicat SPGQ balance un rapport cinglant : la formule des trois jours en présentiel pour les fonctionnaires québécois ne marche pas. Productivité en baisse, turnover qui monte, et une direction qui persiste à faire semblant. Voici pourquoi cette mesure est un fiasco.

Publié le 14 octobre 2026 à 22:01
Le retour au bureau en trois jours abandonne sans aveu.

Un fonctionnaire du ministère de la Santé à Québec regarde son téléphone à 17h30. Il a passé la journée à répondre à des mails urgents, à relancer des dossiers bloqués, et à expliquer pour la troisième fois à son supérieur pourquoi le télétravail total serait plus efficace. Résultat : il rentre chez lui avec trois tâches en retard, et une migraine. C’est le quotidien depuis que la règle des trois jours en présentiel a été imposée en 2023. Et selon le SPGQ, le syndicat qui représente 12 000 employés de l’État, ça ne sert à rien. Absolument rien.

Leur rapport, rendu public cette semaine, est sans pitié. Les chiffres ? Ils parlent d’eux-mêmes : une baisse de 15 % de la productivité mesurée dans les services administratifs depuis l’application de la mesure, selon une étude interne croisée avec les données de la Direction générale des ressources humaines du Québec. Le turnover, lui, a grimpé de 22 % dans les mêmes services. Les employés partent. Pas parce qu’ils veulent, mais parce qu’ils en peuvent plus. Un cadre du ministère de l’Éducation a résumé la situation en une phrase, lors d’une réunion syndicale : « On nous fait croire qu’on est plus ‘engagés’, mais en réalité, on est juste plus épuisés. »

Pourtant, le gouvernement tient son discours. Les trois jours en présentiel, c’est pour « renforcer la cohésion d’équipe », « favoriser la transmission des savoirs », et « moderniser l’administration ». Des mots. Des beaux mots. Sauf que les faits, eux, sont têtus. Prenez le cas de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Là-bas, les travailleurs sociaux passent leurs trois jours au bureau à remplir des rapports administratifs, alors qu’ils pourraient le faire de chez eux en une heure au lieu de quatre. Le temps gagné ? Zéro. Parce que les réunions inutiles, les points de suivi, et les « moments d’échange informel » (un euphémisme pour « perte de temps ») ont pris le relais. « On a remplacé le télétravail par du présentiel improductif », lance une travailleuse sociale sous couvert d’anonymat. « C’est comme si on avait changé les pneus de la voiture pour vérifier si le moteur tournait mieux. Spoiler : non. »

Le vrai problème, c’est l’illusion du contrôle. Les dirigeants veulent voir leurs troupes. Point. Ils croient que la présence physique équivaut à l’efficacité. Sauf que les études, même celles commandées par l’État lui-même, montrent le contraire. Une recherche de l’Université Laval publiée en 2022 (et jamais citée par les décideurs) démontrait que les employés hybrides en administration publique perdent en moyenne 12 % de leur temps en déplacements et attentes, du temps qui pourrait être consacré à autre chose. Mais bon. Les chiffres, ça se conteste. Les discours, ça se répète.

Alors pourquoi personne ne recule ? Parce que reconnaître l’échec, c’est admettre que la mesure était mal conçue dès le départ. Et ça, aucun ministre ne veut l’entendre. « On a vendu ça comme une avancée, pas comme un essai », raille un haut fonctionnaire. « Sauf qu’un essai, ça s’évalue. Là, on fait semblant. » Le SPGQ propose une solution : remettre en question le principe même des trois jours. Pas de demi-mesure. Soit on retourne au télétravail total, soit on assume que le présentiel est une perte de temps. « Le gouvernement a peur de perdre la face », explique une porte-parole syndicale. « Alors il serre les dents et fait comme si de rien n’était. »

Derrière cette histoire, il y a une question plus large. Si les trois jours en présentiel ne marchent pas pour les fonctionnaires, pourquoi est-ce que ça marcherait ailleurs ? Les entreprises privées, elles, ont compris depuis longtemps que le télétravail, bien géré, booste la productivité. Pas besoin de trois jours au bureau pour « motiver les troupes ». Il suffit de leur faire confiance. Sauf que dans le secteur public, la méfiance est une religion.

Le pire, c’est que personne ne semble pressé de changer la donne. Les fonctionnaires râlent, mais ils ne démissionnent pas en masse. Les syndicats crient, mais les médias relaient peu l’affaire. Et les ministres ? Ils sourients en photo lors des « journées de travail collaboratif », ces réunions où on discute de l’importance du présentiel… tout en travaillant sur des dossiers qui pourraient être traités à distance.

Alors on attend quoi ? Un nouveau rapport ? Une nouvelle étude ? Ou simplement que quelqu’un ait le courage de dire : « On a merdé. Recommençons. » En attendant, les fonctionnaires continuent de gaspiller leur énergie. Et l’État, lui, continue de perdre son temps.

La vraie question, c’est : qui va payer le prix de cette mascarade ? Pas les ministres, ça non. Eux, ils auront déjà changé de poste avant que les conséquences ne frappent. Les fonctionnaires, peut-être. Ou alors… personne. Parce que dans l’administration, comme ailleurs, l’incompétence finit toujours par être reléguée au rang de ‘complexité organisationnelle’. Une belle façon de dire : ‘On ne sait pas, mais on va faire semblant.’

Et voilà. Trois jours au bureau. Trois jours de perdu.

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R Galaxie Rédaction

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