Le Royaume-Uni relance le gaz en mer du Nord malgré les alertes

Le gouvernement britannique a validé le projet Jackdaw, un forage gazier en mer du Nord qui divise écologistes et industriels. Un choix qui sent le calcul politique à court terme, alors que l’Europe accélère sur les énergies renouvelables. Pourquoi ce coup de force ? Et à quel prix ?

Publié le 21 octobre 2026 à 22:04
Le Royaume-Uni relance le gaz en mer du Nord malgré les alertes

Un projet qui sent le compromis pourri

Le problème, c’est que Jackdaw n’est pas un projet isolé. C’est la preuve que le Royaume-Uni mise encore sur le gaz, alors que ses propres experts tirent la sonnette d’alarme. En 2022, le Committee on Climate Change (le gendarme climatique britannique) estimait que l’ouverture de nouveaux champs gaziers était incompatible avec les objectifs de neutralité carbone. Pourtant, Boris Johnson avait déjà donné son aval en 2021 pour des forages dans le même bassin. Liz Truss, sa successeur éphémère, avait prolongé les permis. Et maintenant, Rishi Sunak, l’homme censé être le pragmatique, valide à son tour. La cohérence ? Elle n’a jamais été le fort de la politique énergétique britannique.

Mais alors, pourquoi ce projet maintenant ? Parce que les marchés du gaz sont tendus. Parce que la Russie a réduit ses livraisons. Parce que les prix flambent. Et parce que, accessoirement, les compagnies pétrolières comme Shell ou Equinor (qui porte Jackdaw) ont les poches pleines et les actionnaires qui réclament des dividendes. Le gouvernement britannique joue les arbitres, comme d’habitude : il cède aux lobbies quand ça arrange, et il fait semblant d’oublier les promesses climatiques quand ça dérange.

Sauf que cette fois, le timing est pourri. L’Europe vient d’adopter son plan REPowerEU, qui vise à supprimer les importations de gaz russe d’ici 2027. Le Royaume-Uni, lui, mise sur un nouveau champ gazier qui ne sera exploité qu’à partir de 2025. Trop tard pour éviter la crise, trop tôt pour justifier une nouvelle dépendance fossile.

Les écologistes ont raison de hurler, mais personne ne les écoute

Greenpeace UK a qualifié cette décision de « folie climatique ». Extinction Rebellion parle de « trahison ». Même le Financial Times, d’ordinaire mesuré, a titré sur « l’hypocrisie du gouvernement britannique ». Pourtant, ces voix se heurtent à un mur : l’opinion publique britannique est divisée. Une partie des électeurs veut encore croire que le gaz est une transition acceptable. Une autre partie, surtout dans les zones industrielles du Nord, voit d’un mauvais œil l’idée d’abandonner une ressource locale au profit de l’éolien ou du solaire.

Le vrai problème, c’est que le débat est binaire. Soit on est pour le gaz, soit on est pour les éoliennes. Personne ne parle vraiment des alternatives : la rénovation des logements, l’efficacité énergétique, ou même le nucléaire, que le Royaume-Uni a pourtant relancé. Le gouvernement préfère jouer les équilibristes, en misant sur le gaz comme plan B, alors que le plan A (les renouvelables) traîne des pieds.

Et puis, il y a le détail qui dérange : Jackdaw est situé dans une zone sensible, près des routes migratoires des oiseaux marins. Les ONG alertent sur les risques de marées noires et de perturbation des écosystèmes. Mais bon. Quand le pétrole et la politique s embrassent, les phoques et les macareux peuvent toujours attendre.

Ce que ça change pour l’Europe, et pour vous

Le Royaume-Uni n’est pas l’Europe. Mais son choix a des répercussions. Si le gaz britannique devient une alternative au gaz russe, les prix pourraient baisser. Sauf que ce gaz-là, comme celui de la Russie, est fossile. Et que brûler du gaz aujourd’hui, c’est retarder la sortie des énergies sales de demain.

Pour les consommateurs européens, ça signifie une chose : les factures pourraient rester élevées, mais avec une nouvelle dépendance en moins visible. Parce que le gaz britannique, contrairement au gaz russe, est « ami ». Sauf qu’il ne l’est pas vraiment. Il est juste moins géopolitiquement risqué.

Et puis, il y a une question que personne ne pose vraiment : et si Jackdaw ne produit pas assez ? Les estimations de réserves sont souvent surévaluées. Les coûts aussi. En 2018, le champ gazier de Rosebank, dans les mêmes eaux, avait été abandonné après des années de forage infructueux. 1,5 milliard de mètres cubes sur le papier. 300 millions en réalité.

Le Royaume-Uni mise sur un cheval déjà boiteux. Et pendant ce temps, l’Allemagne construit des éoliennes offshore à tour de bras. La France tergiverse sur le nucléaire. Le gaz, c’est l’arme des gouvernements qui n’osent pas trancher.

La vraie question n’est pas « Faut-il forer ? » mais « Qui paiera la note ? »

Les promoteurs de Jackdaw parlent de « sécurité énergétique ». Les écologistes de « suicide climatique ». Les économistes, eux, calculent. Parce que forer, c’est cher. Très cher. Le coût d’exploitation d’un champ gazier offshore dépasse souvent les 50 millions de livres par an. Et si les prix du gaz chutent, comme tout le monde le prédit, les investisseurs se retireront. Résultat : des milliards engloutis pour trois ans de production.

Mais le vrai coût, c’est celui que la planète paiera. Parce que chaque tonne de CO₂ émise aujourd’hui, c’est une tonne de plus à capturer demain. Et chaque projet gazier retardé, c’est une éolienne ou un panneau solaire en moins.

Le Royaume-Uni a choisi son camp. Celui des lobbies, des actionnaires, et des promesses électorales à court terme.

Le reste du monde, lui, regarde. Et attend de voir si cette décision sera un feu de paille… ou le début d’une nouvelle dépendance.

Parce qu’une chose est sûre : si Jackdaw se révèle un gouffre financier, ce ne seront pas les compagnies pétrolières qui paieront. Ce sera vous.

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R Galaxie Rédaction

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