Le tourisme, c’est comme les toilettes : ça ne s’invente pas avec des promesses
Huy manque de bornes de recharge, c’est un fait. Les toilettes publiques ? Presque inexistantes. « Un vrai problème », confirme un commerçant du centre-ville, qui préfère rester anonyme. « Les gens font demi-tour parce qu’ils ne peuvent pas recharger leur voiture, ou parce qu’ils ont besoin d’un WC et qu’ils doivent faire trois rues pour en trouver. » Sauf que la solution de Pierre George, c’est de mettre ces infrastructures là où il n’y a déjà presque personne. Le square Henrion, c’est un coin calme, un peu à l’écart. Pas un lieu de passage naturel. Alors oui, les touristes qui s’arrêtent pour voir les Gardiens de la paix ou le centre historique pourraient en profiter. Mais ceux qui roulent sur l’autoroute E411 et cherchent une pause ? Ils ne s’arrêteront pas pour ça. Ils ont besoin d’un vrai point d’intérêt. D’un parking. D’un café. D’un panneau qui dit « Ici, on peut faire une pause ». Pas juste de deux bornes et d’un WC à côté d’un bâtiment administratif.
Et puis, il y a le partenariat public-privé. « Une bonne idée », dit-on chez les Engagés. « Comme ça, la commune ne paie pas tout. » Sauf que les partenariats public-privé, souvent, ça finit en arnaque. Vous connaissez le modèle ? La commune signe un contrat avec une entreprise privée pour gérer l’infrastructure. L’entreprise facture cher, la commune économise… sur le papier. En réalité, les coûts cachés explosent. Les toilettes tombent en panne, les bornes de recharge sont réservées aux clients d’un magasin partenaire, et les Huyois se retrouvent avec une facture salée. À Liège, le partenariat pour les toilettes publiques au centre-ville a tourné au fiasco : les machines à tickets ne marchaient pas, les sanitaires étaient sales, et la commune a dû racheter le contrat après deux ans. « On a appris à nos dépens », reconnaissait un élu liégeois il y a un an.
Le vrai problème, c’est que Huy n’a pas de plan.
Pierre George parle de « tourisme de passage ». Très bien. Mais le tourisme de passage, ça se travaille. Ça commence par une étude : « Où est-ce que les gens s’arrêtent déjà ? » Ça passe par des partenariats avec les hôtels, les restaurants, les offices de tourisme. Ça implique de dire aux gens « Ici, vous pouvez faire le plein, vous pouvez manger, vous pouvez visiter ». Pas juste « Ici, il y a deux bornes et un WC ».
Prenez Namur. La ville a mis des bornes de recharge un peu partout, mais elle a aussi créé des « parkings-relais » avec des commerces à proximité. Résultat ? Les touristes restent. À Huy, on propose des miettes. Des miettes pour les marchés, des miettes pour les conducteurs pressés, des miettes pour ceux qui n’ont pas le choix. Mais pas assez pour que ça change quoi que ce soit.
Et puis, il y a la question des priorités.
La commune dépense des milliers d’euros pour des toilettes et des bornes au square Henrion, alors qu’il y a des rues entières sans éclairage. Des places publiques où les bancs sont pourris. Des bâtiments publics qui tombent en ruine. « On fait ce qu’on peut », entend-on souvent. Sauf que « ce qu’on peut », parfois, c’est juste déplacer le problème. Les bornes de recharge, oui, il en faut. Les toilettes, aussi. Mais pas n’importe où. Pas avec un partenariat qui sent le coup de pouce aux entreprises privées. Et surtout, pas sans une vraie stratégie pour dire « Huy, c’est une ville où on veut vous voir rester. »
Le partenariat public-privé, c’est le vrai sujet.
Parce que derrière cette idée « malin » de faire payer une entreprise privée pour installer des infrastructures, il y a un piège. La commune signe un contrat sur 10 ou 15 ans. L’entreprise gagne de l’argent dès le premier jour. Les coûts de maintenance ? À la charge de la commune, souvent. Les pannes ? « C’est un problème technique, ça prendra du temps ». Les abus ? « C’est la loi du marché ».
À Mons, le partenariat pour les toilettes publiques a coûté trois fois plus cher que prévu. À Charleroi, les bornes de recharge installées en PPP sont réservées aux clients d’un supermarché partenaire. « On nous a vendu du rêve », grogne un élu de l’opposition. « Résultat : les gens paient plus cher pour des services de moins en moins bons. »
À Huy, personne ne veut parler des détails du contrat. « On étudie les options », dit-on à la mairie. « C’est une bonne idée », répète Pierre George. Mais aucune étude d’impact. Aucun appel d’offres transparent. Juste l’idée que « ça pourrait marcher ». Sauf que ça ne marche pas comme ça. Pas sans contrôle. Pas sans transparence. Et surtout, pas sans une vraie volonté politique de faire de Huy une ville où on a envie de s’arrêter.
Alors, ces toilettes et ces bornes, c’est une bonne idée ?
Oui, mais à une condition : qu’elles fassent partie d’un plan plus large. Qu’elles ne soient pas juste des miettes jetées aux touristes de passage, mais des éléments d’un ensemble. Parce que le tourisme, ça ne se décrète pas. Ça se construit. Et pour construire quelque chose, il faut d’abord avoir une idée claire de ce qu’on veut.
À Huy, on a l’impression qu’on court après les solutions sans avoir résolu les problèmes. Les bornes de recharge ? Il en faut. Les toilettes ? Oui. Mais pas comme ça. Pas comme un coup de poker politique. Et surtout, pas sans se demander « Pourquoi les gens ne viennent-ils pas déjà ? » avant de leur proposer des services de base.
Le pire, c’est que tout le monde sait que ça ne suffira pas.
Les commerçants du centre-ville le disent sans détour : « Des toilettes et des bornes, ça ne fera pas venir la foule. » Les élus de l’opposition aussi : « C’est une mesure cosmétique », lance un membre du PS. « On donne l’impression de faire quelque chose, alors qu’on ne fait rien. » Même certains partisans du projet reconnaissent que « ce n’est qu’un début ». Sauf que les débuts, parfois, c’est tout ce qu’on voit. Et que les Huyois, eux, ils voient surtout des promesses et peu de résultats.
Alors, que faire ?
Si Huy veut vraiment attirer les touristes, il faut commencer par les écouter. Savoir où ils ont besoin de s’arrêter. Quels sont leurs trajets. Quels sont leurs freins. Ensuite, il faut investir dans des infrastructures là où ça compte : aux abords des axes routiers, près des sites touristiques, dans les zones commerciales. Et surtout, il faut arrêter de croire que des toilettes et deux bornes de recharge vont changer la donne.
Parce que le tourisme, c’est comme les toilettes : ça ne s’invente pas. Ça se mérite. Et pour le moment, Huy a l’air de jouer à la loterie.
La vraie question, c’est : qui va payer l’addition ?
Les partenariats public-privé, souvent, ça finit par coûter plus cher que prévu. Les exemples sont nombreux. À Bruxelles, le PPP pour les toilettes du Heysel a explosé le budget. À Liège, comme dit plus haut, la commune a dû racheter le contrat après deux ans. À Huy, personne ne veut en parler. « On verra plus tard », dit-on. Sauf que « plus tard », parfois, c’est trop tard. Et que les Huyois, eux, ils paieront la note.
Alors, ces toilettes et ces bornes, c’est une bonne idée ?
Oui. Mais c’est une mauvaise façon de les faire. Et surtout, c’est un symbole : Huy court après les solutions sans avoir résolu les problèmes. Le tourisme de passage ? Très bien. Mais pour ça, il faut d’abord que la ville soit désirable. Pas juste équipée.
Et pour l’instant, on a l’impression qu’on nous vend du rêve. Avec des toilettes et des bornes en guise de miettes.