Le détroit d’Ormuz, ce goulot d’étranglement énergétique, est un piège à rats géopolitique. Depuis que l’Iran a lancé sa proposition pour le rouvrir, sous sept jours, si les États-Unis disaient oui, personne ne s’attendait à ce que Washington dise non aussi vite. Pourtant, c’est fait. Et Teheran, lui, n’a pas bronché. Juste un silence. Puis une réponse : « Nous ne reviendrons pas dessus. » Traduction : on ne négocie pas sous la pression. On attend qu’ils viennent à nous, à genoux, si besoin est. Le message est clair. Et il est dangereux.
Pourquoi Trump a-t-il refusé ? Parce que la proposition iranienne était un piège. Pas un piège militaire, enfin, pas directement. Un piège politique. L’Iran exigeait que les États-Unis lèvent toutes les sanctions liées au nucléaire, pas seulement celles qui étouffent son économie. En échange ? Une promesse floue de « stabilité » dans le détroit. Stabilité, mon cul. Les sanctions, c’est l’arme absolue de Washington. Les lâcher, même partiellement, c’est donner une victoire à un régime qui se targue d’étouffer Israël et d’étendre son influence au Yémen, en Syrie, au Liban. Trump a refusé. Il a eu raison sur le fond. Mais il a tort sur la méthode.
Ce que l’Iran ne dit pas, c’est que son jeu est bien plus large que Ormuz. Le détroit, c’est 20 % du pétrole mondial qui passe là. Un embargo partiel, même organisé par l’Iran, et les prix flambent. Sauf que l’Iran n’a pas besoin de fermer Ormuz pour faire monter les prix. Il suffit qu’il menace de le faire. Et les marchés paniquent. Déjà, depuis le début de l’année, le brut a grimpé de 15 %. (Source : rapport mensuel de l’OPEP, mars 2024.) Les Saoudiens et les Émirats peuvent bien ouvrir leurs robinets à fond, personne ne sait si ça suffira. L’Iran joue avec le feu, et les autres pays du Golfe le savent.
Le détroit est un leurre, la vraie bataille se joue ailleurs
Ormuz, c’est le symbole. Mais la vraie guerre, c’est celle des proxy. L’Iran ne veut pas juste contrôler le pétrole. Il veut affaiblir les États-Unis en les forçant à choisir entre deux maux : soit ils négocient et perdent la face, soit ils laissent l’Iran faire ce qu’il veut.
Prenez le cas des Houthis au Yémen. Ils attaquent les navires en mer Rouge, et personne ne les arrête. Pourquoi ? Parce que si les États-Unis ou la France interviennent vraiment, l’Iran peut riposter en fermant Ormuz. Un dilemme parfait. Sauf que cette fois, l’Iran ne se contente pas de menaces. Il a posé ses conditions. Et il ne bougera pas.
Ce que Washington ne comprend pas, c’est que Teheran ne bluffe pas. En 2019, quand les États-Unis ont abattu un drone iranien près d’Ormuz, l’Iran a riposté en attaquant des pétroliers. Cette fois, ce ne sera pas des drones. Ce sera pire.
Les marchés ferment les yeux, mais pas pour longtemps
Personne ne veut admettre que l’Iran a gagné cette manche. Les Bourses montent, les analystes parlent de « résilience », mais sous le tapis, tout le monde sait que le risque est réel. Le problème, c’est que personne n’a de plan B.
- La Chine ? Elle achète du pétrole iranien en dessous du radar, mais si Ormuz se ferme vraiment, même elle sera dans la merde. Pékin a besoin de stabilité, pas d’un conflit qui fait flamber les prix.
- L’Arabie Saoudite ? Elle peut pomper à fond, mais ses capacités sont limitées. Et si l’Iran coupe l’accès au golfe Persique, les Saoudiens n’auront plus qu’à regarder.
- L’Europe ? Elle a déjà du mal à se passer du gaz russe. Le pétrole iranien, c’est le dernier recours. Sauf que si l’Iran décide de jouer les durs, l’Europe sera la première à trinquer.
Le vrai danger, c’est que personne ne veut être le premier à céder. Les États-Unis ne veulent pas négocier sans garanties. L’Iran ne veut pas de demi-mesures. Et les autres pays, eux, attendent de voir qui craquera en premier.
Ce que Trump ne voit pas : l’Iran joue sur deux tableaux
Ormuz, c’est l’appât. La vraie cible, c’est le nucléaire. L’Iran sait que les États-Unis ont besoin d’une sortie de crise. Mais pas à n’importe quel prix. Si Washington accepte de lever une partie des sanctions, Teheran fera semblant de coopérer… avant de revenir à ses vieilles habitudes. C’est le scénario du pire.
Pourquoi ? Parce que l’Iran a déjà testé cette stratégie. En 2015, avec l’accord nucléaire, il a obtenu un soulagement des sanctions… avant de les contourner, de développer des missiles balistiques, et de soutenir des milices partout au Moyen-Orient. Aujourd’hui, il est plus fort. Et plus déterminé.
Trump a raison de ne pas céder. Mais il a tort de croire que l’Iran va plier. Teheran ne recule jamais. La preuve ? En 2018, quand Trump a sorti les États-Unis de l’accord nucléaire, l’Iran a répondu en augmentant son enrichissement d’uranium. Aujourd’hui, il fait pareil. Sauf que cette fois, il a un atout en plus : Ormuz.
La prochaine étape ? Une crise qui dérape
Ce qui va se passer ?
- Si les États-Unis ne bougent pas : l’Iran va continuer à serrer le détroit comme un étau. Pas une fermeture totale, ça ferait trop de bruit. Mais assez pour faire monter les prix, et assez pour épuiser les alliés de Washington.
- Si les États-Unis tentent une frappe préventive : l’Iran répondra en attaquant des intérêts américains au Moyen-Orient. Et cette fois, ce ne seront pas que des drones.
- Si l’Europe ou la Chine essaient de jouer les médiateurs : l’Iran les ignorera. Teheran ne négocie qu’avec une seule puissance : les États-Unis.
Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer les conséquences. Les États-Unis ont peur d’être accusés de warmongering. L’Iran sait qu’il peut tenir plus longtemps qu’eux. Et les autres ? Ils regardent leur portefeuille et prient pour que ça ne les touche pas.
La réalité, c’est qu’on est en train de marcher vers une crise qui n’a pas de solution facile. Soit on cède à l’Iran et on perd la partie. Soit on tente une escalade, et on risque un conflit qui n’arrangera rien.
Personne ne veut dire ça à voix haute. Mais tout le monde le sait.
La dernière fois que j’ai vérifié, les États-Unis n’avaient toujours pas de plan. Et l’Iran, lui, a déjà le sien.