Pourquoi Paknejad part, mais pas le problème
Paknejad n’est pas le premier à sauter. Depuis 2018, les sanctions américaines ont déjà fait tomber deux ministres du Pétrole iraniens. Mais cette fois, c’est différent. Les États-Unis ne se contentent plus d’embargo ciblés. Ils bloquent physiquement les ports. Pas de papier, pas de bateau. Pas de pétrole, point. Le 22 octobre, le secrétaire d’État Mike Pompeo a annoncé : « Les États-Unis imposent un embargo total sur les exportations pétrolières iraniennes. » Traduction : si un pétrolier iranien ose quitter le port, il risque d’être saisi. Ou pire. Et ça marche. En un mois, les exportations iraniennes ont chuté de 50 %, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Pas parce que l’Iran a réduit sa production, non. Parce que personne n’ose toucher à son pétrole. Même la Chine, qui achète encore discrètement, commence à se faire rare.
Pourtant, l’Iran n’est pas en train de plier. Il a une carte à jouer : les force majeure. Les contrats signés avant les sanctions restent valables, même si les assurances refusent de couvrir les navires. Résultat ? Des pétroliers iraniens naviguent sans assurance, comme des fantômes. Et ça, c’est un risque que même les compagnies les plus désespérées hésitent à prendre. Sauf si elles sont prêtes à perdre leur cargaison en cas d’accident. Ou à se faire confisquer par les États-Unis.
Le blocus naval, arme secrète de Washington
Le blocus naval, c’est la nouvelle arme des États-Unis. Pas besoin de bombarder, pas besoin d’envoyer des troupes. Il suffit de menacer les assurances, de faire pression sur les ports étrangers, et hop : le pétrole iranien s’étouffe tout seul. Les États-Unis misent sur deux choses :
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La peur des compagnies. Personne ne veut finir comme le Grace 1, ce pétrolier grec saisi en janvier 2019 pour avoir transporté du pétrole iranien. Résultat ? Les assurances refusent de couvrir les risques liés à l’Iran. Même les réassureurs, ceux qui couvrent les assurances, commencent à dire non. Et sans assurance, pas de trajet. Pas de pétrole.
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La division des alliés. L’Europe a beau râler, elle n’a pas les couilles de défier Washington. La France, l’Allemagne, l’Italie : ils ont tous signé des accords pour contourner les sanctions, mais au final, ils font semblant de ne rien voir. Quand un pétrolier iranien arrive dans un port européen, les douanes ferment les yeux. Mais quand il s’agit de signer un contrat, tout le monde recule. Même Total, qui a encore des intérêts en Iran, a réduit ses achats de 80 % depuis 2018.
Le blocus naval, c’est l’arme parfaite : ça fait mal sans laisser de trace. Pas de guerre, pas de martyrs. Juste une économie qui s’étouffe lentement. Et l’Iran, lui, doit choisir : soit il se soumet, soit il continue à perdre des milliards.
L’Iran peut-il encore vendre son pétrole ?
Oui. Mais à quel prix ?
L’Iran a encore des clients. La Chine, bien sûr, qui achète en sous-main. La Syrie, qui a besoin de carburant pour son régime. La Turquie, qui fait semblant de ne pas voir. Mais ces marchés sont limités. Et surtout, ils sont risqués. Un pétrolier iranien qui se fait saisir en mer, c’est une perte sèche. Pas question de prendre ce risque.
Alors l’Iran tente autre chose : le contournement. Des tankers qui changent de pavillon en route, des livraisons qui passent par des intermédiaires, des ports qui mentent sur leur cargaison. C’est le jeu du chat et de la souris. Les États-Unis traquent, l’Iran invente. Mais chaque fois que Washington serre un peu plus l’étau, Téhéran perd un peu plus de contrôle.
Prenez l’exemple du Adrian Darya 1. Ce pétrolier iranien a été saisi en juillet 2019 par les États-Unis pour avoir tenté de vendre du pétrole syrien. Un cas isolé ? Non. Depuis 2018, au moins dix pétroliers iraniens ont été saisis ou ont dû faire demi-tour sous la pression américaine. Et chaque fois, c’est une nouvelle perte de revenus pour Téhéran.
Ce que ça change pour le reste du monde
Vous croyez que ça ne vous concerne pas ? Détrompez-vous.
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Les prix du pétrole vont monter. Moins d’offre iranienne = plus de demande = prix qui grimpent. Déjà, le brut a bondi de 20 % depuis le début des tensions. Et si le blocus tient, attendez-vous à autre chose.
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L’Europe va encore dépendre des États-Unis. Sans pétrole iranien, l’Europe doit se rabattre sur l’Arabie saoudite ou le Kazakhstan. Deux pays qui ne sont pas exactement des démocraties. Et qui, eux aussi, peuvent décider de couper les robinets.
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La Chine va encore serrer la vis à l’Occident. Pékin a besoin de pétrole iranien. Beaucoup. Trop pour se priver. Alors la Chine va continuer à acheter, en fermant les yeux sur les sanctions. Et ça, ça va énerver encore plus Washington. Résultat : une nouvelle guerre commerciale, mais cette fois sur le pétrole.
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L’Iran va se tourner vers la Russie. Déjà, les deux pays collaborent sur des projets pétroliers. Si le blocus tient, attendez-vous à ce que Téhéran et Moscou serrent encore plus les liens. Et ça, c’est un cauchemar pour l’Europe, qui a déjà du mal à gérer la Russie sans en rajouter.
La vraie question : et maintenant ?
Paknejad est parti. Son successeur, Bijan Zangeneh, est un dur. Un ancien négociateur qui connaît les rouages du pétrole. Mais même lui ne pourra pas inverser la tendance tout seul.
L’Iran a trois options :
- Céder. Arrêter les exportations, accepter les sanctions, et prier pour que les États-Unis finissent par négocier. Mais ça, c’est comme demander à un lion de renoncer à chasser.
- Résister. Continuer à vendre du pétrole en sous-main, contourner les sanctions, et espérer que les marchés finissent par craquer. Mais chaque jour qui passe, c’est un peu plus de pression.
- Provocation. Saboter des pétroliers américains, menacer de fermer le détroit d’Ormuz. Mais là, c’est la guerre ouverte. Et personne ne veut ça.
Alors l’Iran va faire quoi ? Personne ne sait. Mais une chose est sûre : ce blocus, il ne va pas disparaître comme ça. Les États-Unis ont trop investi là-dedans. Et Téhéran, lui, n’a plus les moyens de jouer.
La vraie question, c’est : jusqu’où l’Iran est prêt à aller pour garder son pétrole ? Et jusqu’où les États-Unis sont prêts à pousser pour l’étouffer ?
La réponse, elle, se joue dans les coulisses. Et elle ne sera pas belle.