270 km/h sur une route à 110 km/h. Le permis et la voiture, confisqués en 48 heures.
Samedi 3 octobre, vers 22h30, sur la RD 424 entre Colmar et Ingersheim, un homme au volant d’une Audi RS6 Avant a été flashé à 270 km/h. Pas une erreur de radar, pas un bug : 270 km/h sur une route limitée à 110 km/h, avec un véhicule conçu pour ça. Les gendarmes de la brigade motorisée de Colmar ont réagi vite. Très vite. Permis retiré sur-le-champ. Voiture saisie. Et pas question de négocier.
Pourtant, ça aurait pu mal se finir. Beaucoup plus mal.
Pourquoi cette fois, la sanction a été immédiate ?
La réponse, c’est le hasard. Ou plutôt, l’accumulation de hasards :
- Le radar était en place pour une opération ciblée sur les excès de vitesse en soirée, période où les conducteurs ivres ou dopés à l’adrénaline prennent le volant.
- Le véhicule était immobilisé à un feu rouge quand les gendarmes l’ont repéré. Sans ça, l’Audi aurait filé, et personne n’aurait rien su.
- Le conducteur avait déjà un casier, rien de grave, mais assez pour que les gendarmes ne lui laissent pas le bénéfice du doute.
Sans ces trois éléments, le gars s’en serait sorti.
Et c’est là que le problème se pose.
La vitesse tue, mais personne ne veut en parler vraiment
En France, 1 600 personnes meurent chaque année sur la route à cause de la vitesse (source : ONISR, rapport 2022). 1 600. Soit quatre fois plus que les morts de la route en Allemagne, pour une population deux fois moins nombreuse. Pourtant, le débat sur la limitation à 130 km/h sur autoroute traîne depuis des années. Pourquoi ?
Parce que la vitesse, ça vend. Les constructeurs, les médias, une partie des politiques : tout le monde regarde ailleurs quand il faut serrer la vis. La RS6, par exemple, est l’une des voitures les plus rapides du marché, et aussi l’une des plus sûres en termes de freinage. Mais ça ne change rien.
Un conducteur sur cinq avoue rouler au moins une fois au-dessus de 150 km/h sur autoroute (Baromètre BVA pour la Sécurité Routière, 2023). Un sur cinq. Et les forces de l’ordre ? Sous-équipées, sous-financées, et épuisées.
À Colmar, ce soir-là, trois gendarmes ont dû gérer la situation. Trois. Pas trois brigades. Trois. Parce que les effectifs baissent, et que les radars automatiques ne suffisent plus.
Ce que la saisie de l’Audi RS6 révèle d’un système à la dérive
La voiture a été immobilisée dans la foulée. Pas de contre-visite, pas de délai. Perte totale du permis pour trois ans. Et la RS6 ? Confiscquée pour six mois, le temps que le propriétaire paie une amende salée (au moins 1 350 € pour excès de vitesse dangereux, sans compter les frais de garde).
Problème : si le gars avait un peu de thune, il aurait pu acheter une autre voiture. Une plus discrète, peut-être. Une qui ne se fait pas flashée aussi facilement.
Mais le vrai problème, c’est l’effet d’aubaine.
- Les radars fixes ? Ils ne couvrent pas tout. Surtout pas les routes secondaires, comme celle de Colmar à Ingersheim.
- Les patrouilles ? Elles sont rares. Très rares.
- Les sanctions ? Elles existent, mais seulement quand ça coïncide avec un contrôle.
Résultat : la plupart des conducteurs qui roulent à 200 km/h sur des axes à 90 km/h ne seront jamais pris.
Et c’est ça, le vrai scandale.
La vitesse, c’est comme la drogue : tout le monde sait que c’est dangereux, mais personne ne veut en parler
En 2022, 42 % des morts sur la route étaient liés à la vitesse (ONISR). 42 %. Soit **plus que l’alcool, plus que la fatigue, plus que les excès de vitesse