L'Iran rompt avec les États-Unis tandis que Trump relance les tensions.

Téhéran rejette toute négociation avec Washington, malgré les signaux contradictoires de Donald Trump. Derrière ce bras de fer, une stratégie de survie et un calcul politique sans concession. Voici pourquoi cette impasse est plus dangereuse qu’il n’y paraît.

Publié le 28 septembre 2026 à 16:04
L'Iran rompt avec les États-Unis tandis que Trump relance les tensions.

Le 12 mars 2024, l’agence de presse iranienne Irna a balayé d’un revers de main les espoirs d’un dégel diplomatique. Aucune discussion n’est prévue avec les États-Unis, a-t-elle martelé. Pourtant, trois semaines plus tôt, Donald Trump, toujours en campagne pour sa réélection, avait lâché un « peut-être » bien placé : « On pourrait avoir des discussions très vite », avait-il glissé lors d’un meeting à Las Vegas. Assez pour que les marchés frémissent, assez pour que les diplomates iraniennes, habituées aux faux espoirs, sourient jaune. Et puis Irna a cassé le rêve net. Pas de négociation. Point final.

Pourquoi Téhéran joue la montre (et la peur)

L’Iran n’est pas du genre à laisser planer le doute. Quand ils disent non, c’est non. Sauf que cette fois, le contexte est explosif. Le régime des mollahs a les nerfs à vif. D’un côté, les sanctions américaines étouffent son économie, le rial a perdu plus de 60 % de sa valeur face au dollar depuis 2021, selon la Banque centrale iranienne. De l’autre, les attaques contre ses positions au Moyen-Orient (drones en Irak, frappes en Syrie) se multiplient. Mais Téhéran ne veut surtout pas donner l’impression de céder.

Pourquoi ? Parce que chaque concession serait interprétée comme une faiblesse. Et dans la région, la faiblesse, c’est une invitation à l’aggression. Les Gardiens de la révolution, cette milice parallèle à l’armée, contrôlent déjà 40 % du PIB iranien (chiffre du International Institute for Strategic Studies). Les laisser négocier avec Washington, ce serait leur retirer un argument clé : « Sans nous, l’Iran s’effondre. » Or, pour le guide suprême Ali Khamenei, cette narrative est vitale. Il ne lâchera rien sans être sûr que l’Occident recule d’abord.

Trump, l’homme aux deux visages

C’est là que Trump entre en jeu. Pas comme président, il ne l’est plus, mais comme un joueur d’échecs qui bouge les pièces des autres. Ses déclarations sur une possible reprise des discussions ? Un test. Un moyen de voir si l’Iran mord à l’hameçon. Si Téhéran répondait « oui, parlons », Trump aurait un argument de campagne : « Moi seul peux négocier avec les mollahs. » S’il répond « non », comme c’est le cas, Trump peut se poser en victime : « Ils refusent de parler, ils préfèrent la guerre ! » Double gagnant.

Sauf que cette fois, l’Iran a compris le jeu. Et il n’a pas envie de jouer. Pourquoi ? Parce que les États-Unis ne veulent pas vraiment négocier. Sous Biden, les discussions ont traîné en longueur, sans résultat concret. Les sanctions ont été assouplies ici, durcies là, mais l’Iran n’a jamais obtenu ce qu’il voulait vraiment : la levée totale des restrictions sur son programme nucléaire. Et avec Trump, c’est pire. Son administration avait sorti l’Iran de l’accord nucléaire en 2018, sans rien proposer en échange. Alors pourquoi iraient-ils discuter avec lui ?

Le vrai enjeu : l’arme nucléaire iranienne

Derrière les déclarations grandiloquentes, il y a un sujet qui fâche : l’uranium enrichi. Fin février, l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) a confirmé que l’Iran détenait plus de 170 kg d’uranium enrichi à 60 %, un seuil dangerosement proche des 90 % nécessaires pour une bombe. Officiellement, Téhéran dit que c’est pour des « usages pacifiques ». Officieusement, tout le monde sait que c’est une menace en surplomb.

Si les discussions reprenaient, ce serait pour ça : faire reculer l’Iran sur son programme. Mais Téhéran n’est pas dupe. Il sait que les États-Unis ne veulent pas vraiment d’un accord. Parce qu’un accord, ça signifie des inspections, des contrôles, et donc la possibilité de découvrir des activités clandestines. Or, depuis des années, les services américains suspectent l’Iran de travailler en secret sur des armes à livraison rapide (missiles, drones armés). Un sujet que personne ne veut aborder.

Ce que personne ne dit : l’Iran a déjà gagné

Voilà le vrai problème. L’Iran n’a pas besoin de négocier pour imposer sa loi.

  • En Syrie, ses milices (comme le Hezbollah) tiennent des zones entières. Sans lui, Bachar al-Assad serait déjà tombé.
  • Au Yémen, les Houthis, soutenus par Téhéran, contrôlent 80 % du territoire et bombardent Riyad à volonté.
  • En Irak, les Gardiens de la révolution protègent les sites pétroliers et menacent directement les bases américaines.

L’Iran n’a pas besoin d’un accord pour être une puissance régionale. Il a besoin d’un accord pour éviter une guerre ouverte. Mais jusqu’ici, personne ne lui a donné de raison de céder. Et c’est ça, le vrai blocage.

La prochaine étape ? Une escalade silencieuse

Alors que faire ? Rien, pour l’instant. Ni Téhéran ni Washington ne veulent d’une confrontation directe. Mais le risque, c’est l’escalade par procuration.

  • Une attaque contre une base américaine en Irak ? Réponse iranienne via les Houthis.
  • Une frappe israélienne en Syrie ? Réplique iranienne sur le Golfe.
  • Un incident en mer Rouge ? Et hop, on y est.

Le vrai danger, ce n’est pas l’absence de dialogue. C’est l’illusion que le dialogue peut encore servir à quelque chose. Parce que quand deux parties ne veulent pas vraiment négocier, les discussions ne font que retarder l’inévitable.

Et l’inévitable, dans ce cas, c’est une crise qui ne se réglera pas à la table des négociations, mais sur le terrain.

Dernier point, et le plus important : personne ne veut en parler. Parce que reconnaître que les discussions sont mortes, c’est admettre que la guerre froide au Moyen-Orient est déjà là. Et ça, ni Trump ni les mollahs n’ont intérêt à le dire tout haut.

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R Galaxie Rédaction

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