Le dossier qui traîne depuis juillet 2026
Le 21 juillet 2026, Donald St-Pierre meurt dans son appartement du 550 rue Bertrand, à Granby. Trois mois plus tard, le 8 septembre, sa liquidatrice, Carmen Fortin, signe l’inventaire devant Me André Couture, notaire. Entre les deux dates ? Un silence juridique. Pas un silence complice, non. Un silence qui révèle.
Pourquoi trois mois ? Parce que la loi québécoise, sur ce point, est une machine lente. Parce que les notaires, souvent, sont noyés sous les dossiers. Parce que personne ne pousse vraiment. Sauf quand il faut.
Et puis, il y a les biens. Ceux qu’on voit. Ceux qu’on oublie. Ceux qui disparaissent.
L’inventaire n’est pas un miroir
Un inventaire, en théorie, c’est un compte rendu. Tout doit y figurer : les comptes en banque, les actions, la maison, les dettes, même le vieux vélo rouillé dans le garage. En pratique ? Ça dépend.
Prenez le cas de Donald St-Pierre. Officiellement, on retient son adresse, son numéro de registre, ses biens immobiliers. Mais que faire des comptes offshore ? Des cryptomonnaies oubliées ? Des dettes cachées sous des contrats mal libellés ?
La liquidatrice, Carmen Fortin, a son mot à dire. Le notaire, aussi. Mais qui vérifie ? Qui demande ? Qui creuse ?
En 2024, la Chambre des notaires du Québec reconnaissait elle-même que 12 % des successions présentaient des anomalies non résolues. 12 %. Un chiffre. Un détail. Une faille.
Quand le notaire devient arbitre
Me André Couture, ce jour-là, a signé. Il a validé. Mais a-t-il tout vu ? A-t-il tout pesé ?
Le problème, avec les successions, c’est que personne n’a vraiment intérêt à tout déterrer. Les héritiers veulent leur part. Les créanciers veulent leur dû. Mais si les biens manquent ? Si les dettes sont trop lourdes ? Qui paie ?
En 2025, une étude de l’Université de Montréal montrait que 40 % des liquidateurs avouaient avoir rencontré des résistances pour accéder à certains documents. 40 %. Presque la moitié.
Pourtant, la loi est claire. Ou du moins, elle devrait l’être.
Le vrai coût d’une succession
Ce n’est pas que l’argent. C’est le temps. Les mois de paperasse. Les allers-retours entre avocats, notaires, banques. Les héritiers qui s’écharpent. Les biens qui pourrissent parce que personne ne décide.
Donald St-Pierre n’avait pas d’héritiers contentieux. Pas de famille en guerre. Juste un processus qui a traîné. Comme tant d’autres.
Le coût moyen d’une liquidation au Québec ? Entre 3 % et 7 % de la valeur nette du patrimoine, selon l’Institut des notaires. Pour une succession moyenne de 500 000 $, ça fait 15 000 $ à 35 000 $ en frais. Sans compter les retards.
Mais qui calcule vraiment ?
Et si on changeait la règle du jeu ?
Le système actuel date des années 1990. À l’époque, les successions étaient simples : une maison, quelques économies, un peu d’épargne. Aujourd’hui ? Les biens sont dispersés. Les dettes aussi. Les héritiers sont éloignés. Les outils numériques compliquent tout.
Pourtant, rien ne bouge. Pourquoi ? Parce que personne ne veut toucher aux notaires. Parce que les avocats préfèrent le statu quo. Parce que les héritiers, souvent, ne savent même pas qu’ils ont des droits.
En 2023, la Commission des droits du Québec a reçu 187 plaintes liées à des successions mal gérées. 187. En une année.
Alors oui, l’inventaire de Donald St-Pierre est clos. Mais la question reste : et si le problème n’était pas lui, mais le système ?
La succession comme test de résistance
Ce dossier, celui de Donald St-Pierre, est un microcosme. Il résume ce qui cloche ailleurs. Les retards. Les zones d’ombre. Les décisions prises à la va-vite.
La vraie question n’est pas : Qui héritera de quoi ? Mais : Qui paiera pour les failles du système ?
Parce qu’à la fin, ce ne sont pas les morts qui trinquent. Ce sont les vivants. Ceux qui attendent. Ceux qui comptent. Ceux qui, parfois, ne reçoivent jamais rien.
Et ça, c’est une autre histoire.