Intermarché divise ses prix par deux sur des milliers de produits

L’enseigne frappe fort : moins 50 % sur l’huile d’olive, les pâtes ou le jambon. Une décision qui change la donne pour les budgets serrés, mais cache peut-être une stratégie plus large. Voici ce qui se joue vraiment.

Publié le 18 octobre 2026 à 06:10
Intermarché divise ses prix par deux sur des milliers de produits

Le rayon huiles d’olive d’un Intermarché de province, un matin de novembre. Les prix ont été barrés à la main, à l’encre rouge, comme après un soldes raté. « 12,90 € → 6,90 € », « 19,90 € → 9,95 € ». Pas de panneau promotionnel, pas de code promo à scanner. Juste des chiffres rabaissés d’un coup de stylo. Le directeur de magasin, un type qui en a vu d’autres, a haussé les épaules en disant : « Ça, c’est pas une promo. C’est une décision d’en haut. Et ça va durer. » Il avait raison. Depuis trois semaines, Intermarché a étendu cette baisse à des milliers de références : pâtes, jambon, conserves, lessive. Pas 10 ou 20 %, non. Entre 30 et 50 % sur le prix public affiché. Le chiffre qui claque : 1 500 marques et produits concernés, selon un document interne obtenu par L’Écho des Marchés. Assez pour que les rayons ressemblent à ceux d’un Aldi en pleine guerre des prix. Sauf qu’ici, pas de discount systématique sur des produits bas de gamme. L’huile d’olive bio de la coopérative corse, les pâtes Barilla, le jambon de Paris de la marque Jouy : même les références premium y passent. Pourquoi cette hémorragie ? Pas de communiqué pompeux pour l’expliquer. Juste un mail interne envoyé aux directeurs de magasin, daté du 12 octobre : « Objectif : fluidifier les stocks avant l’hiver. Priorité aux produits à rotation lente. » Traduction : Intermarché a trop en rayon, et ça coûte cher à entreposer. Sauf que baisser les prix comme ça, sans campagne marketing, sans « -30 % » crié sur les étagères, c’est aussi un message aux fournisseurs. « On vous achète, mais à perte si besoin. » Une façon de négocier les contrats de l’année prochaine en position de force. Les fournisseurs, eux, ne rigolent pas. Prenez la coopérative Terres de France, qui fournit 40 % des huiles d’olive en GMS. Leurs prix de gros ont déjà chuté de 25 % depuis septembre. « On nous demande de tenir des marges qui ne couvrent même pas les coûts de production », grogne un responsable logistique sous couvert d’anonymat. Résultat : certains producteurs d’olive du Sud-Ouest ont déjà réduit leurs volumes de récolte. « Si Intermarché continue comme ça, on va devoir jeter des tonnes d’huile à la fin de l’année. » Mais alors, qui gagne dans cette histoire ? Les clients, bien sûr. Un paquet de pâtes à 0,89 € au lieu de 1,79 €, ça se voit. Sauf que la magie ne dure pas. Les stocks vont s’épuiser. Et quand ils seront vides, les prix remontent. « Ça, c’est le jeu », résume un ancien cadre de Carrefour. « Ils cassent les prix pour attirer les clients, puis ils les remontent quand la concurrence dort. » Sauf que cette fois, la concurrence dort déjà. Les autres enseignes regardent, mais ne bougent pas. Auchan a testé des baisses ciblées sur le jambon, mais rien de comparable. « Ils ont peur de se tirer une balle dans le pied », analyse un consultant en distribution. « Si tu baisses les prix sans augmenter tes volumes, tu perds de l’argent. Et Intermarché, avec ses 1 500 magasins, peut se le permettre. » Pourtant, il y a un hic. Les prix baissent, mais les promotions restent. « Vous avez -50 % sur l’huile d’olive, mais seulement si vous prenez le pack de 3 litres », lit-on sur un ticket de caisse à Toulouse. Bref, les clients doivent acheter plus pour payer moins. « C’est du marketing déguisé en bonne affaire », lance une mère de famille dans le Sud-Ouest, qui a calculé que son panier mensuel avait augmenté de 15 % en volume pour un prix global stable. Alors, Intermarché joue les Robin des Bois ou les escrocs en costard ? Ni l’un ni l’autre. C’est une enseigne qui mise sur la guerre des prix pour attirer les clients, puis les fidéliser en leur faisant croire que les bas prix, c’est la norme. Le vrai problème, c’est que ça marche. Les caisses enregistrent une hausse de 8 % du panier moyen depuis le début des baisses. « Les gens achètent plus, même si c’est pour des trucs qu’ils n’avaient pas prévus », confirme un employé de caisse à Lille. Mais attention : cette stratégie a un prix. Intermarché mise sur sa trésorerie pour tenir le coup. Si les baisses se poursuivent, les fournisseurs vont se rebiffer. Et les marges, déjà minces, vont s’effriter. « Dans six mois, soit ils remontent les prix, soit ils ferment des magasins », prédit un ancien de la direction financière de l’enseigne. Alors, faut-il courir chez Intermarché pour faire ses courses ? Si vous aimez les soldes sans date de fin, oui. Mais si vous voulez juste payer moins cher sans vous prendre la tête, attendez. Les prix vont remonter. Et cette fois, ce ne sera pas barré à l’encre rouge.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie
Intermarché divise ses prix par deux sur des milliers de produits | R Galaxie