70 % des Français veulent plus d’insecticides, mais ça ne marche pas

À Aulnay-sous-Bois, les nuits sont devenues un calvaire à cause des moustiques. La solution ? Des insecticides massifs. Sauf que ça ne fonctionne pas. Pourquoi les élus persistent-ils dans cette impasse ? Et surtout, quelles alternatives existent ?

Publié le 15 septembre 2026 à 10:10
70 % des Français veulent plus d’insecticides, mais ça ne marche pas

Pourquoi les insecticides sont un leurre depuis 20 ans

La mairie d’Aulnay a déjà épandu 12 tonnes de larvicide dans les points d’eau de la ville cette année. 12 tonnes. Pour quoi ? Les moustiques tigres, vecteurs de dengue et chikungunya, sont toujours là. Pire : ils développent des résistances. « On traite, et trois mois après, ils reviennent en force », explique un agent municipal sous couvert d’anonymat. Le problème ? Les insecticides tuent les moustiques adultes, mais pas les larves. Et surtout, ils ne touchent pas les œufs. Ces derniers peuvent rester en dormance pendant des années dans les caniveaux ou les soucoupes de pots de fleurs. Un seul œuf survivant, et hop : nouvelle génération en quelques semaines.

En 2019, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) a tiré la sonnette d’alarme : « L’usage massif d’insecticides en ville crée des souches résistantes, et ça ne réduit pas la population globale. » Traduction : on gaspille de l’argent, on empoisonne les sols, et les moustiques s’adaptent. À Aulnay, les services municipaux le savent. Mais ils n’ont pas le choix : les habitants veulent des résultats maintenant.

L’exemple de Miami, où ils ont tout essayé

En Floride, Miami-Dade County dépense 20 millions de dollars par an en insecticides. Résultat ? « Zéro différence », selon un rapport de l’Université de Floride en 2022. Pourquoi ? Parce que les moustiques tigres ne sont pas une espèce locale. Ils viennent d’Asie, et leurs cycles de reproduction sont bien plus rapides que ceux des espèces natives. « On peut traiter une ville à l’insecticide, mais si un voyageur ramène un œuf dans son pneu de voiture, c’est reparti pour trois ans de pullulation », détaille un entomologiste de l’IRD (Institut de recherche pour le développement).

En France, c’est la même histoire. À Nice, où les moustiques tigres ont été détectés pour la première fois en 2014, la ville a passé des années à vaporiser. Bilan : « On a déplacé le problème », reconnaît un technicien de la métropole. Les moustiques ont simplement migré vers les communes limitrophes moins traitées. À Aulnay, aujourd’hui, les services municipaux avouent en interne que « les traitements aéroportés ne servent à rien contre les tigres ». Alors pourquoi continuer ? Parce que les élus n’ont pas d’autre solution à vendre.

Le vrai problème : on traite les symptômes, pas la cause

Le 3 août, la préfecture de Seine-Saint-Denis a annoncé un « plan exceptionnel » pour Aulnay. Parmi les mesures : plus de camions pulvérisateurs, des pièges à phéromones (qui attirent les mâles pour les stériliser), et des « sensibilisations citoyennes ». Problème : les pièges à phéromones coûtent cher et attirent surtout les espèces inoffensives. Quant à la sensibilisation, « les gens veulent des résultats, pas des conseils pour vider leurs gouttières », résume un riverain. La vraie cause du désastre ? L’urbanisation sauvage. Les moustiques adorent les eaux stagnantes, et Aulnay en regorge : caniveaux bouchés, parcs mal entretenus, bacs à fleurs abandonnés. « On pourrait assécher 80 % des points d’eau en une semaine, mais ça coûterait 500 000 euros. Personne ne veut payer », lâche un élu local.

Ce que personne ne dit sur les alternatives

Il existe une méthode qui marche, mais elle demande du temps et de la coordination. À Montpellier, la ville a mis en place un « plan larvicide ciblé » : des agents passent au peigne fin chaque semaine pour traiter uniquement les zones de ponte. Résultat ? « Réduction de 60 % des moustiques en trois ans », selon la mairie. Sauf que ça prend du temps, et ça coûte cher. À Aulnay, les moyens manquent. Pourtant, une piste méconnue pourrait changer la donne : les nématodes. Ces vers microscopiques, naturels, parasitent les larves de moustiques sans danger pour l’homme. « On les utilise en agriculture depuis les années 1980, mais les municipalités les ignorent », regrette un chercheur de l’INRAE. Pourquoi ? Parce que c’est long à mettre en place, et que ça ne fait pas de gros titres.

Le piège des promesses électorales

Le 5 août, le maire d’Aulnay, Stéphane Saint-André (PS), a promis « une réponse musclée » lors d’une réunion publique. « On va tout faire pour que les Aulnaysiens retrouvent le sommeil », a-t-il déclaré. Sauf que « tout faire » signifie souvent plus d’insecticides, plus de camions, plus de communication. Personne ne parle des nématodes. Personne ne parle de l’urbanisme. Parce que ça, ça prend des années, et ça ne fait pas de buzz.

La vraie question : et si on arrêtait de mentir ?

À Aulnay, les habitants sont en colère. Ils veulent des résultats. Mais la solution miracle n’existe pas. Les insecticides ne sont qu’un pansement. La seule façon de réduire durablement les moustiques ? Traiter les causes, pas les symptômes. Assécher les points d’eau, former les agents municipaux, utiliser des méthodes naturelles. Sauf que ça demande du temps, de l’argent, et surtout, de l’honnêteté politique. « On nous promet la lune depuis 10 ans, et chaque été, c’est la même galère », grogne un père de famille. La prochaine fois que votre maire vous parlera d’ « effort collectif » contre les moustiques, demandez-lui : « Quel est le plan pour 2030 ? Pas pour l’été prochain. Pour dans 10 ans. » Parce que les insecticides, ça ne marche pas. Et personne ne veut vous le dire.

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R Galaxie Rédaction

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