Vos cadeaux de Noël seront peut-être les derniers à passer en caisse

À Verviers, Fotini Bas, gérante d’Inox, survit avec 500 euros de chiffre d’affaires en octobre. Derrière ce chiffre, une boutique en Crapaurue, des dettes qui s’accumulent et une question : qui va payer l’addition quand les marchés ferment les yeux ?

Publié le 23 octobre 2026 à 08:05
Vos cadeaux de Noël seront peut-être les derniers à passer en caisse

Le chiffre qui tue sans bruit

500 euros. C’est tout ce qu’a généré Inox, la boutique de vêtements et accessoires en Crapaurue à Verviers, en octobre dernier. Pas un chiffre de comptoir, pas une estimation : le relevé bancaire de Fotini Bas, gérante depuis dix ans, le confirme. Et ce n’est pas une erreur de saisie. C’est le nouveau visage du commerce local quand les fêtes approchent, quand les clients misent sur les soldes et les réductions en ligne plutôt que sur le petit magasin du coin.

Pourtant, Inox n’est pas une épicerie de quartier. C’est un point de vente spécialisé, avec des marques, des collections, des prix qui ne sont pas ceux de la grande surface. Mais ça, les clients ne le savent pas. Ou alors, ils s’en fichent. Fotini, elle, le paie cash. Littéralement.

Ce qui se passe quand les marchés ferment les yeux

Le problème n’est pas nouveau. Depuis des années, les commerces de centre-ville trinquent. Mais à Verviers, c’est pire. La ville a perdu 15 % de sa population en dix ans, selon les chiffres de la Ville. Les jeunes partent, les emplois se raréfient, et ceux qui restent n’ont plus les moyens de dépenser comme avant. Les 500 euros d’octobre ? Un record… à la baisse. En novembre, ce sera pire. Décembre ? Fotini ne veut même pas y penser.

Pourtant, elle tient encore. Comment ? En s’accrochant à des miettes. Des commandes groupées avec d’autres commerçants pour négocier des prix. Des heures supplémentaires non rémunérées pour gérer les stocks. Et surtout, en cherchant désespérément un mi-temps ailleurs. Parce que oui, même une gérante de boutique doit parfois se dire : « Si je ne trouve pas un boulot en plus, c’est moi qui vais finir à la rue. »

Mais personne ne la prend. À 55 ans, avec un CV de commerçante, les employeurs lui répondent par des formules toutes faites : « On a déjà notre quota de seniors », « Votre profil ne correspond pas à nos besoins ». Comme si le fait de tenir une boutique depuis dix ans, de connaître les clients par leur prénom, de gérer des stocks et des fournisseurs, ne comptait pour rien.

Le piège des aides qui n’aident pas

Fotini a tout essayé. Les subventions régionales, les prêts à taux zéro, les aides à l’embauche. Résultat ? Des paperasses à n’en plus finir, des promesses jamais tenues, et au final, une dette qui grandit. Parce que même avec les aides, 500 euros par mois, ça ne paie pas les loyers, les salaires (quand il y en a), les factures d’électricité, les assurances.

Pire : les aides sont souvent conditionnées à des critères que les petits commerces ne remplissent pas. Il faut embaucher ? Mais avec quel budget ? Il faut moderniser ? Mais pour quel retour sur investissement quand les clients se font rares ? Les subventions, c’est comme les bonbons pour les enfants : ça fait plaisir sur le moment, mais ça ne nourrit pas.

Et puis, il y a les banques. Fotini a tenté de renégocier son prêt, de demander un délai. Réponse : « On ne peut pas, madame. Les règles sont les règles. » Comme si les règles avaient été écrites pour des usines, pas pour des boutiques de 30 mètres carrés en centre-ville.

La vraie raison pour laquelle les boutiques ferment

Personne ne veut en parler ouvertement. Pas les politiques, pas les économistes, pas les associations de commerçants. Pourtant, la vérité est là, crue et simple : le modèle économique du commerce local est brisé. Pas à cause des taxes, pas à cause des salaires, pas à cause des loyers. Mais parce que les gens ont changé leurs habitudes. Amazon, Vinted, les soldes en ligne : tout est plus facile, plus rapide, souvent moins cher. Et quand on a l’impression que tout le monde y va, on y va aussi.

À Verviers, le phénomène est amplifié. La ville est en déclin démographique, les revenus moyens baissent, et les aides publiques ? Elles arrivent trop tard, ou pas du tout. Résultat : des boutiques comme Inox, qui tiennent encore, mais à quoi ? À des cheveux, à des prières, à l’espoir que Noël va sauver tout le monde.

Pourtant, Noël ne sauvera personne. Pas cette année. Pas l’année prochaine.

Ce que ça change pour vous

Vous, lecteurs, vous allez peut-être vous dire : « Bon, mais moi, ça ne me concerne pas. Je ne suis pas commerçant. » Détrompez-vous.

Parce que quand une boutique comme Inox ferme, ce n’est pas juste Fotini qui perd son emploi. C’est toute une économie locale qui s’effondre. Les fournisseurs qui ne sont plus payés, les employés qui se retrouvent au chômage, les voisins qui voient leur rue se vider. Et puis, il y a le côté symbolique : quand les petits commerces disparaissent, c’est le tissu social qui se déchire.

Alors, la prochaine fois que vous commanderez un pull sur un site en ligne, demandez-vous : « Est-ce que je contribue à faire vivre quelqu’un ? Ou est-ce que je participe, sans le savoir, à la mort lente d’un quartier ? »

Fotini, elle, elle n’a plus le choix. Elle doit trouver un mi-temps. Sinon, Inox fermera ses portes avant Noël. Et cette fois, ce ne seront pas les guirlandes qui clignoteront dans la vitrine. Ce sera le noir.

Ce qui reste à faire

Il y a des solutions. Des vraies. Pas des discours, pas des promesses en l’air. Mais des mesures concrètes :

  • Des aides ciblées, pas des subventions génériques. Par exemple, un fonds d’urgence pour les commerces en difficulté, avec des critères simples : « Vous avez perdu X % de chiffre d’affaires ? Voici Y euros. Point. »
  • Une vraie régulation des plateformes en ligne. Si Amazon et consorts tuent le commerce local, alors taxons-les. Pas pour faire joli, mais pour redistribuer une partie de leur bénéfice à ceux qui tiennent encore debout.
  • Un plan de relance local. Pas des milliards pour les grandes enseignes, mais des crédits à taux zéro pour les petits commerces qui veulent se réinventer. Former les géranats, digitaliser les boutiques, fidéliser les clients : tout ça coûte cher, mais ça sauve des emplois.

Sauf que personne n’en a rien à faire. Parce que les politiques préfèrent les gros dossiers aux petites victoires. Parce que les banques ne veulent pas prendre de risques. Parce que les clients, eux, veulent juste leur pull à -50 %.

Alors Inox tiendra peut-être jusqu’à janvier. Ou pas. Mais une chose est sûre : si rien ne change, dans cinq ans, il ne restera plus grand-chose de la Crapaurue. Juste des vitrines vides, et l’écho des voix qui chuchotent : « Ici, on vendait des pulls. Maintenant, on vend du vent. »

La dernière question

Vous vous en foutez. C’est normal. Vous avez autre chose à faire. Mais la prochaine fois que vous passerez devant une boutique fermée à Verviers, demandez-vous : « Est-ce que j’en ai quelque chose à foutre ? » Parce que la réponse, elle, elle est déjà écrite. Et elle ne vous plaira pas.

Fotini, elle, elle n’a plus le choix. Elle doit vendre. Ou fermer.

Et vous, vous allez acheter où ?

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R Galaxie Rédaction

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