Le camp de Dharamshala regorge de tentes, mais pas de solutions
Un matin de cette semaine, un groupe de 47 personnes a été évacué vers un centre d’accueil à Kathmandu. Parmi elles, des enfants aux pieds nus, des femmes serrant contre elles des vêtements trempés, et des hommes dont les regards fuyaient les caméras. Personne ne leur a dit quand ils rentreraient chez eux. Personne ne leur a non plus expliqué pourquoi leur village, Balaju, était désormais une zone rouge, interdite à l’accès. Juste un ticket de bus et l’ordre de « patienter ».
Depuis le 3 août, quand les pluies diluviennes ont transformé les vallées de l’Himalaya en lacs artificiels, les images de villages engloutis ont fait le tour du monde. Les chiffres, eux, sont restés flous : 1 377 morts officiellement, mais les disparus dépassent les 5 100 selon les estimations locales. Le gouvernement népalais, submergé, a d’abord nié l’ampleur de la crise. Puis il a lancé des appels à l’aide. Trop tard. Les ONG sur place, comme Save the Children, parlent d’une « urgence humanitaire sous-estimée ».
Pourtant, les camps de fortune pullulent. À Dharamshala, dans l’État indien du Himachal Pradesh, des milliers de déplacés entassés dans des hangars de fortune attendent des nouvelles. L’eau stagne encore dans les rues. Les latrines débordent. Et les promesses de relogement ? Elles traînassent. Comme si personne ne voulait vraiment régler le problème.
L’État népalais joue les arbitres, mais les arbitres sont absents
Le gouvernement de Kathmandu a mis en place un « plan de relogement accéléré ». Sur le papier, c’est clair : les sinistrés doivent être logés dans des structures temporaires avant l’hiver. En théorie. En pratique, les retards s’accumulent. Les raisons ?
D’abord, l’argent manque. Le Népal a reçu 15 millions de dollars des Nations Unies, mais les besoins sont estimés à plus de 200 millions. Les bailleurs internationaux, Banque mondiale, UE, Japon, tardent à débloquer les fonds. Pourquoi ? Parce que les évaluations des dégâts prennent du temps. Parce que les bureaucraties locales bloquent les dossiers. Parce que, tout simplement, personne ne veut assumer la responsabilité d’un échec.
Ensuite, les terres disponibles sont rares. Les zones non inondées sont déjà surpeuplées. Les villages reconstruits après le tremblement de terre de 2015 peinent encore à se relever. Où caser des milliers de déplacés supplémentaires ? Les autorités proposent des « abris temporaires », des tentes en plastique, des bâches tendues sur des structures de fortune. Rien qui tienne face à une nouvelle mousson.
Et puis, il y a la méfiance. Les habitants des zones touchées refusent souvent les aides, par peur d’être spoliés. Des rumeurs courent : des promoteurs immobiliers profiteraient des catastrophes pour racheter des terres à prix cassés. Résultat ? Les sinistrés attendent, par peur d’être lésés. Et pendant ce temps, les mois passent.
Les ONG crient au scandale, mais personne ne les écoute vraiment
CARE International a publié un rapport alarmant : « Les risques sanitaires sont sous-évalués. Choléra, dengue, infections respiratoires, tout est là, dans l’ombre des camps. » Pourtant, les médias internationaux ont déjà tourné la page. Les donateurs se lassent. Les politiques népalaises, elles, sont aux prises avec une crise politique interne, le Premier ministre Sher Bahadur Deuba peine à faire passer ses réformes.
Les ONG locales, elles, se battent. Action Against Hunger a ouvert des centres de nutrition pour les enfants mal nourris. Médecins Sans Frontières soigne les blessures infectées, mais manque de personnel. Pourtant, leurs rapports tombent dans le vide. « On nous dit que les fonds arrivent, mais sur le terrain, rien ne change », grogne un responsable de Plan International, qui refuse de citer son nom.
Le pire ? Les disparus. Officiellement, 5 100 personnes ont disparu dans les inondations. Mais les familles ne savent pas si leurs proches sont morts ou vivants. Les corps n’ont pas tous été retrouvés. Les listes des disparus sont incomplètes. « On enterre des inconnus dans des fosses communes, sans même savoir qui ils étaient », raconte un prêtre local, sous le coup de l’émotion.
Derrière les chiffres, une réalité qui pourrit
Les camps de fortune ne sont pas que des lieux d’attente. Ce sont des poudrières sociales.
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Les enfants : Des milliers d’écoliers n’ont pas repris le chemin de la classe. Les cours ont été transformés en abris. Les manuels sont pourris par l’humidité. « Comment apprendre dans ces conditions ? », lance une enseignante de Pokhara, dont l’école a été inondée une deuxième fois.
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Les femmes : Elles sont les premières victimes des violences dans les camps. Pas assez de toilettes. Pas assez d’intimité. « On nous vole, on nous touche, et personne ne nous protège », confie une mère de famille de 32 ans, qui refuse de donner son nom.
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Les anciens : Ceux qui ont survécu aux inondations de 2014 et 2017 savent ce qui les attend. « Ils vont nous oublier, comme la dernière fois », murmure un vieil homme assis devant une tente déchirée. « Et l’hiver viendra. Alors on mourra de froid. »
Ce que personne ne veut dire à voix haute
La vraie question, c’est celle que personne n’ose poser : et si cette crise était déjà perdue ?
- Les promesses de relogement ? Trop lentes.
- Les fonds internationaux ? Trop maigres.
- La volonté politique ? Absente.
Les images des inondations ont fait la une pendant trois jours. Puis le monde a tourné la page. Les sinistrés, eux, restent. Entassés dans des camps insalubres, sans savoir quand ils pourront enfin rentrer chez eux.
Le Népal a besoin d’une aide massive, immédiate, et sans conditions. Pas de rapports interminables. Pas de commissions d’enquête. Juste des moyens. Des tentes résistantes. Des médicaments. Des écoles mobiles. Et surtout, une décision politique claire : ces gens ne peuvent pas attendre.
Mais personne ne semble pressé de prendre cette décision.