Pourquoi les réseaux sociaux deviennent-ils le nouveau confessionnal ?

Des prêtres, religieux et laïcs évangélisent sur TikTok et YouTube avant la venue du pape. Une stratégie efficace ? Ou un risque de dérive ?

Publié le 24 septembre 2026 à 20:02
Pourquoi les réseaux sociaux deviennent-ils le nouveau confessionnal ?

Ils ont remplacé les affiches des paroisses par des vidéos virales

Le dimanche matin, plus besoin de se lever tôt pour assister à la messe si on préfère le format short. L’abbé Thomas-Romain Jolly, 32 ans, a compris ça il y a cinq ans. Son compte TikTok, @abbethomas, cumule aujourd’hui 350 000 abonnés. Pas pour des homélies solennelles, mais pour des réponses directes : « Pourquoi le célibat des prêtres ? », « Comment faire la paix avec son ex ? », « Est-ce que le diable existe vraiment ? ». Les questions fusent, les réponses sont courtes, parfois un peu brutales. « La foi, ce n’est pas une option, c’est un choix. Et si vous ne le faites pas, assumez-le. » Un ton qui claque, loin des atermoiements des discours diocésains.

Pourtant, ce n’est pas la première fois que l’Église catholique mise sur les réseaux. En 2013, le pape François avait lancé @Pontifex sur Twitter. Mais là, ce sont des inconnus qui font le travail. Des laïcs, des religieux, des prêtres qui parlent comme des potes. Le chiffre clé ? Selon une étude de l’IFOP pour la Conférence des évêques de France (CEF) en 2022, 42 % des 18-35 ans suivent au moins un compte religieux sur les réseaux. Un tiers d’entre eux disent que ces contenus ont influencé leur pratique. L’Église a enfin trouvé son public.

Mais attention : ces influenceurs ne sont pas des porte-parole officiels. Ils parlent à titre personnel, même quand ils portent la soutane. Le risque ? Une Église à deux vitesses. Celle des institutions, lente, bureaucratique, et celle des réseaux, instantanée, parfois approximative. « On a des questions qui nous sont posées en 280 caractères, répond l’abbé Jolly. Comment y répondre en profondeur sans tomber dans le simplisme ? » Réponse : en misant sur l’émotion. Une vidéo de lui qui pleure en parlant de la souffrance des prêtres célibataires ? 5 millions de vues. Une explication sur la théologie de la Trinité ? 12 000. L’algorithme adore les larmes et déteste les concepts abstraits.

Le pape arrive, mais les réseaux ont déjà gagné la bataille

Léon XIV débarque en France avec un programme chargé : rencontre avec Macron, messe à Reims, audience aux jeunes à Lyon. Mais pendant ce temps, sur les réseaux, c’est la guerre des influenceurs. Certains, comme **l’abbé Pierre-Marie Ithier, misent sur le débat. Son compte YouTube regorge de vidéos où il démontre que « l’athéisme est une religion comme une autre » ou que « le féminisme radical est incompatible avec l’Évangile ». D’autres, comme **la religieuse dominicaine Élodie Pasco, préfèrent l’approche douce : méditations guidées, prières pour les anxieux, conseils pour « trouver la paix intérieure ». Leur point commun ? Ils parlent une langue que les jeunes comprennent. Pas celle des catéchismes, mais celle des memes, des stories, des threads Twitter.

Le problème ? Personne ne contrôle vraiment ce qui se dit. L’Église officielle encourage ces initiatives, mais sans cadre précis. « On leur dit : ‘Faites, mais ne nous représentez pas’, explique un responsable diocésain sous couvert d’anonymat. ‘Parce qu’au final, si ça dérape, c’est nous qui trinquerons.’ » Déjà, des polémiques ont éclaté. L’abbé Bernard Rouault, connu pour ses prises de position conservatrices, a été critiqué pour avoir minimisé les violences faites aux femmes. D’autres, comme **le père Jean-Dominique Vivien, ont été accusés de « désinformation » après des déclarations sur la COVID-19. L’Église a besoin de ces voix, mais elle ne veut pas en assumer les excès.

Et si les réseaux tuaient la paroisse ?

Le vrai danger, ce n’est pas la dérive, mais l’isolement. Ces influenceurs attirent des milliers de fidèles… mais les maintiennent dans une bulle. « Avant, on allait à la messe, on rencontrait des gens, on débattait après la cérémonie, raconte une jeune femme de 25 ans, abonnée à trois comptes religieux. Maintenant, on reste chez soi, on like, on commente, et on ne voit jamais les autres. » Le risque ? Une foi consommée, pas vécue.

Autre écueil : la financiarisation. Certains de ces comptes vivent de dons. **L’abbé Jolly a lancé une cagnotte pour acheter du matériel vidéo. La sœur Marie-Josèphe a fait de même pour son couvent. Rien d’illégal, mais une dépendance aux plateformes qui n’est pas sans danger. « On devient des entrepreneurs de la foi, soupire un prêtre parisien. Et à la fin, c’est pas sûr que ce soit l’Évangile qui gagne. »

Léon XIV va-t-il pouvoir les calmer ?

Le pape a un message clair : « L’Église doit être sur les réseaux, mais sans perdre son âme. » Facile à dire. Plus facile à faire quand on a 80 millions d’abonnés sur Instagram. Pour les petits comptes français, la donne est différente. Ils ont le vent en poupe, mais pas les moyens de filtres.

Le vrai test ? Voir si, après la visite de Léon XIV, ces influenceurs sauront passer du virtuel au réel. Organiser des rencontres, des débats en vrai, pas seulement en ligne. Sinon, on aura juste remplacé les bancs d’église par des écrans… et la foi par du contenu.

La dernière question reste entière : et si, au final, ces missionnaires 2.0 ne faisaient que creuser le fossé entre ceux qui croient avec l’Église et ceux qui croient malgré elle ?

Pas de réponse simple. Juste un constat : l’avenir du catholicisme se joue aujourd’hui… en likes et en partages.

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R Galaxie Rédaction

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