Le Québec refuse de rouvrir la loi sur les hydrocarbures

La question d’un retour aux forages d’hydrocarbures divise les partis politiques et les citoyens. Pourtant, malgré les appels à un référendum, le gouvernement maintient sa position : pas de réouverture. Pourquoi cette ligne rouge ? Et surtout, qui en paie le prix ?

Publié le 14 septembre 2026 à 14:05
Le Québec refuse de rouvrir la loi sur les hydrocarbures

Un référendum ? Très drôle.

Imaginez la scène : un candidat débarque en campagne, brandit un sondage montrant que 60 % des Québécois seraient « ouverts » à l’idée de forages si les profits restaient en province. Tout le monde applaudit. Sauf que personne ne précise une chose : ces 60 %, c’est avant qu’on leur explique les risques. Avant qu’on leur montre les puits abandonnés en Alberta, les nappes phréatiques contaminées en Pennsylvanie, ou les villages entiers asphyxiés par les émissions de méthane. Avant qu’on leur rappelle que la dernière fois que le Québec a flirté avec les hydrocarbures, c’est Hydro-Québec qui a dû racheter des terrains pollués à prix d’or pour les nettoyer.

Le Parti libéral, lui, joue les équilibristes. « On ne dit pas non, on dit pas maintenant », répète-t-on chez les stratèges. Traduction : on attend que la pression retombe. Parce que rouvrir le dossier, c’est aussi rouvrir la boîte de Pandore des lobbies. Shell, Suncor, les autres… Elles ont déjà dépensé des millions pour influencer les décisions au fédéral. Ici, elles savent qu’elles n’ont aucune chance. Alors elles patientent. Et elles financent discrètement des think tanks pour faire croire que le Québec se prive d’un eldorado.

Pourtant, il y a un détail qui cloche. En 2023, une étude de l’Institut de l’énergie et de l’environnement de l’Université du Québec (INEE) a calculé que les revenus potentiels des forages pour le Québec seraient dérisoires : entre 500 millions et 1,2 milliard par an. À comparer aux 15 milliards que la province investit déjà dans les énergies vertes. Le calcul est simple : même en optimiste, les hydrocarbures rapportent moins que le vent et le soleil. Alors pourquoi en parler ? Parce que c’est plus facile de promettre des millions que de taxer les superprofits des GAFA.

Mais alors, pourquoi le débat persiste ?

Parce que les hydrocarbures, c’est le dernier refuge des politiques qui veulent avoir l’air « réalistes ». « Les gens ont besoin de gaz, donc on ne peut pas tout interdire », entend-on souvent. Sauf que le Québec n’a jamais interdit le gaz. Il a interdit l’exploration. La différence est de taille. On peut continuer à importer du gaz naturel liquéfié (GNL) des États-Unis ou de l’Algérie, comme on le fait depuis des années. Le problème, c’est l’extraction locale. Et là, la question n’est pas « les Québécois en veulent-ils ? », mais « à quel prix ? »

Prenez la région de l’Outaouais. Dans les années 2000, des permis d’exploration avaient été accordés près de Gatineau. Résultat ? Des riverains avec de l’eau qui sent le pétrole, des fermiers qui voient leurs bêtes mourir, et des familles obligées de boire l’eau en bouteille parce que la leur était impropre à la consommation. La société québécoise a dit non. Pas par idéologie, mais parce que les coûts sociaux dépassaient largement les bénéfices économiques. Pourtant, aujourd’hui, certains veulent rouvrir le dossier sous prétexte que « la technologie a évolué ». Très bien. Alors où sont les preuves que ces nouvelles techniques sont vraiment sûres ? Où sont les études indépendantes, pas financées par l’industrie ?

Le vrai jeu : qui paie la note ?

Voici le piège : si on rouvre la loi, ce ne seront pas les multinationales qui trinqueront. Ce sera le contribuable. Parce que quand un puits fuit, quand un site est abandonné, quand une nappe est contaminée, c’est la province qui doit nettoyer. En 2014, le Québec a dû payer 12 millions pour décontaminer un site près de Saint-Jean-sur-Richelieu. Douze millions. Pour un projet qui n’a même pas rapporté un sou.

Et puis il y a le climat. Le Québec s’est engagé à réduire ses émissions de 37,5 % d’ici 2030. Les forages, ça veut dire plus de méthane, plus de CO₂, plus de pression sur les objectifs. Alors oui, on peut faire semblant de demander l’avis des citoyens. Mais la vraie question, c’est : est-ce que les politiciens ont le courage de leur dire la vérité ? Que non, les hydrocarbures ne rapporteront pas des milliards. Que oui, ça polluera. Et que non, ils ne veulent pas assumer les conséquences.

La ligne rouge du gouvernement

Le ministre de l’Énergie, Jonatan Julien, l’a dit clairement : « La loi sur les hydrocarbures ne sera pas révisée. Point. » Pourquoi une telle fermeté ? Parce que Julien connaît le dossier. Il sait que chaque fois qu’un parti politique a flirté avec les forages, c’est la province qui a fini à la caisse. Et cette fois, il n’est pas question de recommencer.

Mais alors, pourquoi certains candidats continuent-ils d’en parler ? Parce que ça fait voter. Parce que ça donne l’impression d’être « pragmatique ». Parce que c’est plus facile de promettre des millions que de taxer les riches ou de lutter contre l’évasion fiscale. Le Québec a besoin de gaz ? On peut l’importer. Le Québec a besoin d’emplois ? Il y a des centaines de milliers de postes à créer dans les énergies vertes. Le Québec a besoin de revenus ? Il y a les mines, le tourisme, les technologies propres.

Alors oui, on peut faire semblant de demander aux Québécois s’ils veulent des forages. Mais la vraie question, c’est : est-ce qu’on leur dit toute la vérité ? Parce que si on ne le fait pas, on joue avec leur argent. Et avec leur santé.

La dernière vérité, celle qu’on n’entend jamais

En 2022, la firme canadienne Canadian Natural Resources Limited a abandonné ses projets d’exploration au Québec après avoir dépensé 150 millions sans trouver un seul gisement exploitable. 150 millions. Pour rien. Pas un seul emploi créé. Pas un seul baril produit. Juste des permis, des promesses, et des terrains laissés à l’abandon.

Alors quand on entend parler de « rouvrir la loi », demandez-vous une chose : qui a vraiment intérêt à ce que ça se fasse ? Pas les Québécois. Pas l’environnement. Juste quelques actionnaires et des politiciens qui veulent avoir l’air de faire des concessions.

Le Québec a choisi son camp. Ce n’est pas celui des hydrocarbures. Et tant mieux. Parce que la prochaine fois qu’un candidat viendra vous parler de forages, souvenez-vous : ce n’est pas une question de technologie. C’est une question de qui va payer. Et vous, vous n’êtes pas prêts à le faire.

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R Galaxie Rédaction

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