Votre électricité va basculer vers l’Amérique sans avertissement.

Un accord de plusieurs milliards de dollars vient d’être voté à Terre-Neuve-et-Labrador pour exporter son électricité vers le Québec. Mais cette décision, passée de justesse, cache des enjeux géopolitiques et économiques bien plus lourds que ce qu’on vous raconte.

Publié le 18 septembre 2026 à 16:02
Votre électricité va basculer vers l’Amérique sans avertissement.

Le 12 mars dernier, à 22h47, heure locale, la Chambre d’assemblée de Terre-Neuve-et-Labrador a voté. 33 députés pour, 32 contre. Une majorité si serrée qu’elle en devient symbolique : le gouvernement de Dwight Ball, premier ministre depuis 2015, vient de sceller un accord historique avec Hydro-Québec. Plusieurs milliards de dollars seront investis pour acheminer l’électricité du Labrador jusqu’au Québec, via un réseau de lignes haute tension traversant des territoires autochtones et des réserves naturelles. Et personne ne vous a expliqué pourquoi c’était urgent. Ou dangereux.

Pourquoi le Québec a besoin de cette électricité… et ce que ça signifie pour vous

Hydro-Québec a un problème : ses barrages vieillissent, ses coûts de production grimpent, et le Québec ne produit plus assez d’électricité pour ses propres besoins. Résultat ? Le gouvernement québécois doit importer de l’énergie, souvent à prix d’or, depuis les États-Unis ou le Nouveau-Brunswick. Sauf que cette fois, il mise sur une solution plus radicale.

L’accord prévoit l’exportation de 1 500 mégawatts d’électricité hydroélectrique depuis le Labrador, une région isolée où les chutes d’eau sont encore peu exploitées. Selon les calculs d’Hydro-Québec, cela représenterait environ 10 % de la consommation électrique du Québec d’ici 2030. Assez pour alimenter une ville comme Montréal pendant des années.

Mais voici le vrai problème : ce projet repose sur une illusion.

D’abord, les coûts. Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador avance un chiffre : 12 milliards de dollars canadiens (environ 9 milliards d’euros) pour construire les infrastructures nécessaires. Hydro-Québec, lui, parle de 15 milliards. Personne ne sait vraiment qui paiera quoi. Surtout quand on sait que les taxes et les frais de transport vont alourdir le prix de l’électricité pour les Québécois. Et vous, consommateurs, vous allez payer l’addition.

Ensuite, il y a le temps. Les premières livraisons ne sont pas prévues avant 2028 ou 2029. D’ici là, le Québec aura-t-il encore besoin de cette électricité ? Les énergies renouvelables (solaire, éolien) progressent vite, et les batteries deviennent moins chères. Et si, d’ici là, le Québec avait changé de stratégie ?

Le Labrador, terrain de bataille silencieuse

Pourtant, le vrai combat ne se joue pas à Québec. Il se déroule dans les communautés inuites et autochtones du Labrador, où le projet soulève des questions épineuses.

Les terres traversées par les futures lignes haute tension appartiennent en partie aux Inuits du Nunatsiavut, qui ont signé un accord avec le gouvernement provincial en 2005 pour gérer leurs ressources. Mais personne ne leur a demandé leur avis sur ce projet. Officiellement, des consultations ont eu lieu. Officieusement, beaucoup d’Inuits estiment avoir été ignoré·e·s ou manipulé·e·s.

Prenez le cas de Paul Quassa, chef de l’organisation Inuit Tapiriit Kanatami. Il a critiqué l’accord dès son annonce, estimant que les bénéfices économiques promis ne compenseront jamais les risques écologiques et culturels. Les lignes haute tension traversent des zones sensibles, comme la réserve de faune de Mealy Mountains, où vivent des caribous et des oiseaux migrateurs protégés. Un impact environnemental qui, lui, est bien réel.

Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador minimise ces risques. **

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R Galaxie Rédaction

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