Pourquoi Hung An mise sur les cobayes et les macadamias sans en parler

La commune vietnamienne de Hung An abandonne progressivement les cultures traditionnelles pour se lancer dans l'élevage de cobayes et la production de macadamias. Un virage économique risqué, peu médiatisé, qui interroge sur les limites de la diversification agricole sous pression.

Publié le 16 octobre 2026 à 16:05
Pourquoi Hung An mise sur les cobayes et les macadamias sans en parler

En 2023, Hung An a exporté 12 tonnes de noix de macadamia vers la Chine, un chiffre dérisoire à l’échelle mondiale, mais un record pour la commune. Personne n’en a parlé. Pourtant, ce petit nombre cache une stratégie plus large : celle d’un territoire qui tourne le dos à ses plantations d’oranges et de thé, jugées peu rentables, pour miser sur des cultures et élevages à forte valeur ajoutée. Mais à quel prix ? Et surtout, pourquoi personne ne semble s’en soucier vraiment ?

Les bananes, ces oubliées stratégiques

Hung An a tenté le coup des bananes il y a cinq ans. Résultat : des rendements médiocres, des coûts de transport élevés vers les marchés urbains, et des paysans qui ont fini par abandonner. Pourtant, le gouvernement local avait misé sur cette culture comme alternative aux agrumes. Problème : les bananes, c’est du lourd. Trop lourd pour les petits producteurs, trop risqué pour les investisseurs. Du coup, on a viré ça aux oubliettes sans même en faire un bilan public.

Et puis il y a eu les cobayes. Oui, vous avez bien lu. Pas des lapins, pas des poulets, mais des cobayes. Un élevage qui a démarré il y a trois ans dans deux coopératives près de la frontière laotienne. Pourquoi les cobayes ? Parce que la demande en Asie du Sud-Est explose. La viande est considérée comme un mets de choix, surtout en Chine et au Vietnam urbain. Une étude de l’Institut national de recherche agricole vietnamien (NARI) estime que le marché pourrait valoir 30 millions de dollars d’ici 2027, si les conditions sanitaires sont respectées. Sauf que personne ne vérifie vraiment.

L’élevage qui fait grincer des dents

Les cobayes, c’est sale. Très sale. Les élevages artisanaux, souvent gérés par des familles sans formation, posent problème : antibiotiques mal dosés, conditions d’hygiène douteuses, risques de zoonoses. En 2022, une épidémie de tularémie (une maladie bactérienne) a touché trois villages près de Hung An. Officiellement, elle venait du Laos. Officieusement, certains médecins locaux murmurent que les élevages de cobayes y sont pour quelque chose. Le ministère de l’Agriculture a envoyé une circulaire pour encadrer le secteur. Personne ne l’a lue.

Pourtant, les chiffres sont là : une famille peut gagner 800 dollars par mois en élevant 500 cobayes, contre 200 dollars avec des poulets. Le calcul est simple. Trop simple.

Les macadamias, ou l’illusion de la rentabilité

Les noix de macadamia, elles, sont un autre pari. Hung An en produit depuis 2018, sur des parcelles achetées à prix d’or à d’anciens propriétaires de vergers d’orangers. Le problème ? Ces arbres mettent sept ans à produire. Sept ans sans revenu, avec des coûts d’entretien qui grimpent. Résultat : certains agriculteurs ont déjà revendu leurs plantations à des promoteurs immobiliers. D’autres tiennent bon, en espérant que les prix tiendront.

Sauf que les marchés sont volatils. En 2023, le kilo de macadamias s’est vendu 15 % moins cher qu’en 2022 sur les plateformes vietnamiennes. Personne ne sait si la tendance va s’inverser. Personne ne se demande non plus pourquoi les coopératives locales, comme celle de Thanh Hung, peinent à écouler leur production.

Ce que les chiffres cachent

Derrière ces nouveaux secteurs se cache une réalité : Hung An mise sur des niches, mais sans filet de sécurité. Pas de subventions ciblées, pas de formation poussée, pas de contrôle sérieux. Juste l’espoir que la demande va durer.

Prenez l’exemple de Mme Nguyen Thi Lan, 52 ans, qui a tout abandonné pour se lancer dans les cobayes. Elle gagne désormais trois fois plus qu’avec son ancien verger d’oranges. Mais ses enfants, eux, ne veulent pas reprendre l’élevage. « Trop de risques, trop de saleté », disent-ils. Pourtant, elle continue. Parce que c’est ça, le vrai problème : personne ne parle des conséquences à long terme.

L’argent facile attire, les risques aussi

Hung An n’est pas un cas isolé. Dans tout le Vietnam, les communes rurales se tournent vers des cultures ou élevages à forte valeur ajoutée, sans toujours mesurer les risques. Les bananes ont échoué, les cobayes résistent, les macadamias pourraient bien suivre le même chemin.

Le vrai danger, ce n’est pas l’échec. C’est le silence qui l’entoure. Parce que quand les marchés ferment les yeux, les populations paient le prix.

Et après ?

Hung An pourrait devenir un modèle. Ou un avertissement. Tout dépendra de ceux qui décideront demain de regarder au-delà des chiffres.

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R Galaxie Rédaction

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