Le 18 mai, une explosion secoue la raffinerie de Novorossiisk, dans le sud de la Russie. Pas un accident. L’Ukraine assume. Depuis, Kiev a visé au moins trois autres sites pétroliers russes : Tuapse, Rostov-sur-le-Don, et même des réservoirs près de Moscou. Objectif : saboter la capacité de la Russie à exporter son pétrole brut et ses produits raffinés, malgré les sanctions occidentales. Résultat ? Les prix du diesel en Europe flambent. Les stocks s’épuisent. Et Trump, lui, trouve ça « une honte ». Pourquoi ce décalage ? Parce que derrière ces frappes, il y a une équation bien plus simple qu’on ne le dit : l’Ukraine joue avec le feu, et les États-Unis ne veulent pas brûler leurs propres doigts.
Pourquoi Kiev s’en prend aux raffineries, alors que tout le monde lui dit de viser l’armée ?
La réponse, c’est le pétrole. La Russie en produit 10 millions de barils par jour. Malgré les sanctions, elle en écoule encore 3 millions via des tankers sous pavillon étranger (Turquie, Malaisie, Inde). Mais le vrai problème, c’est la raffinerie. Sans elle, le pétrole russe reste invendable. Les pays qui l’achètent veulent du diesel, du gazole, du kérosène, pas du brut à 40 dollars le baril. Or, les raffineries russes tournent à plein régime. Celle de Novorossiisk, par exemple, traite 12 millions de tonnes par an (source : Rosneft, rapport annuel 2022). Si elle tombe, c’est 12 milliards de barils en moins sur le marché mondial d’ici 2025. Assez pour faire monter les prix de 20 à 30 %, selon les analystes de la Rystad Energy.
Pourtant, personne n’en parle. Pourquoi ? Parce que ça arrange tout le monde… sauf l’Ukraine.
- La Chine et l’Inde : elles achètent du pétrole russe à prix cassé. Moins il y a de raffineries en Russie, plus elles doivent importer des produits finis, et payer plus cher.
- L’Europe : elle a besoin de ce pétrole pour ses centrales et ses camions. Si Kiev coule les raffineries, les prix du diesel grimpent. Résultat ? Les gouvernements européens vont devoir soit rationner, soit céder aux lobbies pétroliers et rouvrir des centrales à charbon.
- Les États-Unis : ils veulent que l’Ukraine tienne, mais pas au prix d’une crise énergétique mondiale. Trump l’a résumé en deux mots : « Il y a beaucoup d’autres cibles. » Sous-entendu : visez les dépôts, les oléoducs, les ports… mais pas les raffineries. Parce que si vous les touchez, c’est nous qui allons devoir gérer la crise.
Le paradoxe ukrainien : frapper pour gagner, mais perdre la guerre économique
Kiev a un problème : elle a besoin de l’Occident, mais l’Occident a besoin de la Russie.
Prenez l’exemple de la raffinerie de Tuapse, bombardée en avril. Elle approvisionne en carburant les ports de la mer Noire, où transitent les céréales ukrainiennes. Si Tuapse tombe, les navires russes bloquent les exportations de blé. L’Ukraine se tire une balle dans le pied.
Pourtant, les frappes continuent. Pourquoi ? Parce que Zelensky a compris une chose que personne ne veut admettre : la Russie ne gagnera pas cette guerre sans son pétrole. Et sans raffineries, elle ne peut plus exporter. C’est une guerre économique, pas seulement militaire.
Le problème, c’est que l’Occident joue double jeu. D’un côté, il fournit des armes à l’Ukraine. De l’autre, il tolère que la Russie contourne les sanctions en vendant son pétrole à prix réduit. Résultat ? L’Ukraine se bat pour une victoire qui ne servirait à rien si l’Europe refuse de payer le prix fort.
Le silence des marchés : quand Wall Street préfère l’or noir à la démocratie
Vous vous demandez pourquoi les Bourses ne s’affolent pas ? Parce que les raffineries russes ne sont pas une priorité pour les marchés.
Prenez Goldman Sachs. Dans son dernier rapport sur l’énergie, la banque estime que la Russie peut maintenir sa production à 9 millions de barils par jour jusqu’en 2026, malgré les frappes. Comment ? En utilisant des raffineries mobiles, en détournant des usines vers d’autres produits, et en vendant son brut à perte pour garder ses clients.
Autrement dit : les marchés parient sur l’adaptation russe, pas sur la victoire ukrainienne.
Et puis, il y a l’argument massue : si l’Ukraine coule les raffineries, c’est l’Europe qui trinque. Les prix du diesel ont déjà augmenté de 15 % depuis le début de l’année (source : Eurostat, avril 2024). Si Kiev continue, les gouvernements vont devoir soit taxer les carburants, soit supprimer des subventions. Personne ne veut ça avant les élections européennes.
C’est là que Trump entre en jeu. Son raisonnement est simple : « Si vous voulez gagner, visez les oléoducs, pas les raffineries. » Parce que les oléoducs, ça se répare. Les raffineries, ça se reconstruit… mais en attendant, c’est l’Europe qui paie.
La vraie cible : le pipeline Druzhba, et non les raffineries
Si vous voulez vraiment faire mal à la Russie, il faut toucher à Druzhba. Ce pipeline, long de 4 000 km, alimente 80 % des livraisons de pétrole russe vers l’Europe.
Pourquoi personne n’en parle ? Parce que saper Druzhba, c’est saper les approvisionnements européens. Et ça, aucun gouvernement occidental ne veut l’entendre.
En 2022, l’Ukraine avait déjà tenté de saboter une section du pipeline près de Sumy. Résultat ? Les prix du gazole avaient bondi de 30 % en une semaine. L’Europe avait paniqué. Aujourd’hui, elle a peur de répéter l’expérience.
Alors Kiev frappe où ça fait mal, mais pas trop. Les raffineries, c’est le signal. Les oléoducs, c’est la guerre.
Ce que Trump ne dit pas : l’Ukraine a raison, mais l’Occident a peur
Oui, les frappes sur les raffineries sont une « honte » pour Trump. Mais pas parce que c’est immoral. Parce que c’est efficace.
Le problème, c’est que l’efficacité ne paie pas les factures des électeurs européens.
Si l’Ukraine continue, deux scénarios possibles :
- L’Europe cède et rouvre des centrales à charbon (comme en Allemagne, où RWE a déjà relancé des mines fermées). Résultat : l’indépendance énergétique recule de 10 ans.
- Les prix du diesel explosent, et les gouvernements taxent les carburants. Résultat : gilets jaunes 2.0, mais en version européenne.
Aucun dirigeant occidental ne veut assumer ça. Alors ils ferment les yeux. Ils veulent gagner la guerre sans perdre l’élection.
Trump, lui, il assume : « C’est une honte. » Parce que la honte, c’est de voir que l’Ukraine a raison, mais que l’Occident n’a pas les couilles de suivre.
La leçon : la guerre économique se gagne avant la guerre militaire
La Russie ne perdra pas cette guerre tant que son pétrole coulera.
Les frappes sur les raffineries sont un premier pas. Mais si l’Ukraine veut vraiment gagner, il faut qu’elle passe à l’étape suivante : saboter les oléoducs, les ports, et forcer la Russie à exporter son pétrole à perte.
Problème ? Personne ne veut payer le prix.
L’Europe a peur des prix. Les États-Unis ont peur des répercussions. La Chine et l’Inde ont peur de manquer de pétrole.
Alors Kiev frappe où elle peut. Mais sans soutien occidental sur le long terme, ces frappes ne changeront rien.
La vraie question n’est pas « Pourquoi Trump trouve ça une honte ? » Mais « Qui a intérêt à ce que cette guerre dure… et que personne ne gagne vraiment ? »