Treize morts en une seule attaque. Un record en dix ans pour l’Arabie saoudite. Et les Houthis n’en ont pas fini avec Riyad.
Samedi dernier, une frappe des rebelles yéménites a tué treize civils dans une région frontalière. Un bilan qui n’avait plus été atteint depuis 2014. Dimanche, les Houthis ont revendiqué une série d’attaques contre des aéroports et des infrastructures énergétiques, dont Riyad. Pas une simple provocation. Une déclaration de guerre déguisée.
Pourquoi Riyad ? Parce que la capitale saoudienne, c’est le cœur battant du royaume. L’aéroport international, c’est le pouls économique. Attaquer là, c’est toucher l’Arabie saoudite là où ça fait mal : dans son image de puissance invincible.
Les Houthis, eux, savent très bien ce qu’ils font. Depuis 2014, ils tiennent le Yémen en otage, mais leur vrai jeu, c’est de forcer Riyad à plier. Cette fois, ils visent haut. Trop haut ?
L’Arabie saoudite joue avec le feu, mais personne ne veut l’admettre
Mettons les choses au clair : l’Arabie saoudite n’est pas en guerre contre les Houthis. Elle est en guerre avec le Yémen. Depuis 2015, Riyad mène une campagne militaire pour écraser les rebelles, avec le soutien des États-Unis et de plusieurs pays arabes. Résultat ? Un désastre humanitaire : plus de 377 000 morts, selon l’ONU (chiffre souvent sous-estimé). Mais Riyad s’en fiche. Pourquoi ? Parce que pour eux, les Houthis, c’est l’Iran qui tire les ficelles.
Problème : cette fois, les Houthis ont frappé là où ça compte. Pas une base militaire, pas un convoi de chars, mais des civils, des infrastructures civiles. Et Riyad ne peut pas répondre comme avant. Une frappe massive sur Sanaa ? Les Houthis s’en moquent. Ils ont des tunnels, des missiles, et surtout, ils savent que l’opinion publique internationale commence à fatiguer.
Pourtant, Riyad ne recule pas. Officiellement, ils parlent de « mesures de rétorsion ». Officieusement, tout le monde sait qu’ils préparent quelque chose de gros. Mais quoi ? Personne ne veut le dire. Parce que plus ils frappent fort, plus le Yémen s’enfonce, et plus les Houthis deviennent un symbole.
Les États-Unis ferment les yeux, mais pour combien de temps ?
Ici, il faut parler de Joe Biden. Le président américain a toujours été ambigu sur le conflit yéménite. Officiellement, il a mis fin au soutien logistique américain à la coalition saoudienne en 2021. Officieusement ? Les ventes d’armes continuent. En 2023, les États-Unis ont approuvé une vente d’armes à l’Arabie saoudite pour 1,15 milliard de dollars, selon le Congressional Research Service. Des missiles, des drones, des systèmes de défense aérienne. Tout ce qu’il faut pour continuer la guerre.
Mais pourquoi ? Parce que Washington a peur. Peur que si Riyad lâche l’affaire, les Houthis deviennent un État dans l’État yéménite, soutenu par l’Iran. Peur que le chaos au Yémen déborde sur la région. Peur, surtout, que l’Arabie saoudite ne se tourne vers la Chine pour ses approvisionnements en énergie.
Sauf que cette fois, les Houthis ont changé la donne. Ils ne frappent plus seulement les bases militaires. Ils frappent Riyad. Et ça, c’est un message clair : vous voulez la guerre ? On la joue à votre niveau.
Ce que personne ne dit : l’Arabie saoudite est en train de perdre
Voilà le vrai problème. L’Arabie saoudite a tout : l’argent, les armes, les alliés. Pourtant, elle ne gagne pas. Pourquoi ? Parce que les Houthis ont compris une chose simple : la guerre, ça se gagne aussi par l’usure.
Depuis 2015, Riyad dépense des milliards pour écraser les rebelles. Résultat ? Rien. Les Houthis contrôlent toujours une grande partie du Yémen. Ils ont amélioré leurs capacités militaires. Et surtout, ils ont l’avantage moral : ils se présentent comme les résistants contre un royaume autoritaire soutenu par l’étranger.
L’Arabie saoudite, elle, perd sur tous les fronts.
- Économiquement : les sanctions internationales se multiplient. La Bourse de Riyad a chuté de plus de 20 % en 2023 (source : Bloomberg).
- Politiquement : les alliances se fissurent. Les Émirats arabes unis (EAU) ont déjà réduit leur engagement au Yémen. La Jordanie et l’Égypte regardent ailleurs.
- Militairement : les Houthis ont prouvé qu’ils pouvaient frapper n’importe où. Même à Riyad.
Pourtant, Riyad ne veut pas négocier. Pourquoi ? Parce que négocier, c’est reconnaître sa défaite. Et l’Arabie saoudite, ça ne sait pas faire.
Et maintenant ? Les Houthis ont gagné une bataille, mais la guerre continue
Les attaques contre Riyad, c’est un test. Un test pour voir si l’Arabie saoudite va monter d’un cran ou reculer. Si Riyad répond par une frappe massive, les Houthis gagneront encore plus de soutien. Si Riyad se tait, les Houthis continueront à appuyer sur le bouton.
Une chose est sûre : cette fois, ce n’est pas une simple escalade. C’est un tournant. Parce que les Houthis ont franchi une ligne rouge. Ils ne veulent plus juste du Yémen. Ils veulent faire plier Riyad.
Et Riyad, lui, n’a plus les moyens de gagner.
La dernière carte de l’Arabie saoudite : l’escalade avec l’Iran
Si Riyad veut sauver la face, il lui reste une option : frapper l’Iran. Pas directement, bien sûr. Mais en soutenant des groupes armés au Bahreïn, en sabotant des infrastructures iraniennes via des proxys, ou même en relançant des pourparlers sous pression.
Problème : l’Iran ne mord pas à l’hameçon. Et les États-Unis ? Ils ne veulent pas d’une guerre régionale. Pas maintenant, pas avec les élections qui approchent.
Alors Riyad est coincé. Soit il négocie (et perd la face), soit il continue la guerre (et perd tout).
Les Houthis, eux, ont déjà choisi leur camp. Et ils jouent serré.
Ce qui va se passer ? Personne ne sait. Mais une chose est sûre : Riyad n’a plus le choix.
Les Houthis ont envoyé un message clair. Ils ne sont pas prêts à abandonner. Et Riyad, malgré toute sa puissance, n’a plus les réponses.
La question n’est plus si il y aura une réponse saoudienne. Mais quelle sera cette réponse. Et surtout, qui paiera le prix.