Une condamnation qui tombe à pic, mais trop tard pour les victimes
La peine prononcée contre cette hockeyeuse, six mois de probation et 120 heures de travail communautaire, est un signal. Enfin. Mais ça ne change rien à l’essentiel : le système a échoué avant même que le tribunal ne s’en mêle. Les plaintes avaient été déposées. Les preuves existaient. Pourtant, rien. Comme si la violence entre joueuses, surtout quand elle est verbale ou psychologique, était un mal nécessaire. Un prix à payer pour « l’esprit de compétition ».
Pourtant, les chiffres sont là. Selon une étude de l’Université Laval publiée en 2021, 42 % des athlètes féminines au Québec déclarent avoir subi du harcèlement ou des agressions dans leur milieu sportif. 42 %. Un chiffre qui ne baisse pas. Pire : il est sous-estimé, parce que beaucoup n’osent pas parler. Pas par peur des représailles, mais par peur de briser une illusion. Celle du sport comme espace de liberté, de dépassement, de sororité.
Mais quand une joueuse insulte une autre en l’appelant « pute » devant tout le monde, quand une capitaine donne des coups de genou dans les côtes d’une adversaire après un plaquage, où est la limite ? Elle n’existe pas. Ou alors, elle est tracée par ceux qui détiennent le pouvoir : les entraîneurs, les présidents de club, les fédérations. Et eux, ils regardent ailleurs.
# Le silence complice des fédérations
Hockey Québec, comme beaucoup d’autres, a des protocoles contre le harcèlement. Des brochures. Des formations. Des mots. Mais sur le terrain, ça ne se traduit pas. Pourquoi ? Parce que sanctionner une joueuse, c’est aussi sanctionner une équipe. Une équipe, c’est des victoires, des subventions, des sponsors. Alors on ferme les yeux. On attend que ça passe. On espère que les joueuses « régleront ça entre elles ».
Prenez l’exemple de l’équipe de soccer féminin du Canada. En 2020, une joueuse a porté plainte contre son entraîneur pour harcèlement sexuel. Résultat ? La fédération a préféré régler l’affaire à l’amiable. Pas de suspension, pas de sanction publique. Juste un chèque et le silence. Le message est clair : les athlètes ne sont pas des employées comme les autres. Elles sont des produits.
Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, cette fois, la justice a parlé. Mais est-ce que ça servira à quelque chose ? Les fédérations vont-elles enfin se réveiller ? Ou est-ce qu’on va encore attendre qu’une autre joueuse se fasse humilier en public avant d’agir ?
# La violence, un sport à part entière ?
Ce qui est frappant, c’est la normalisation de la violence dans le sport féminin. Pas seulement physique, les coups, les plaquages dangereux, mais aussi psychologique. Les insultes, les menaces, la manipulation. Tout ça, on l’accepte comme faisant partie du jeu. Comme si le fait de porter un uniforme rendait les gens moins responsables de leurs actes.
Pourtant, dans la société civile, une telle condamnation pour harcèlement aurait des conséquences bien plus lourdes. Six mois de probation, c’est presque une claque dans la main. Comme si la justice sportive avait ses propres règles. Ses propres exceptions.
Et puis, il y a le double standard. Une joueuse qui insulte une autre, ça se médiatise. Une joueuse qui se fait insulter, ça se tait. Pourquoi ? Parce que la première est une « gagnante », la seconde une « perdante ». Parce que la première a du caractère, la seconde est « trop sensible ».
# Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Cette condamnation, elle a au moins le mérite d’exister. Elle montre que, oui, la justice peut s’appliquer même dans le monde du sport. Même quand les victimes sont des athlètes. Même quand les bourreaux portent des crampons.
Mais ça ne suffira pas. Il faut des sanctions exemplaires. Des enquêtes indépendantes. Des mécanismes de plainte accessibles et protégés. Et surtout, il faut cesser de traiter les athlètes comme des objets. Comme si leur valeur se mesurait seulement en médailles et en contrats.
Parce que sans ça, les prochaines victimes seront toujours les mêmes : celles qui n’ont pas les moyens de se taire. Celles que personne ne verra. Celles dont personne ne parlera.
# Le vrai problème n’est pas dans les vestiaires, mais dans les bureaux
Le plus ironique, c’est que les fédérations dépensent des millions pour promouvoir le sport féminin, « enfin, elles sont visibles ! », « enfin, elles ont leur place ! », alors qu’elles ferment les yeux sur ce qui se passe dans l’ombre. Leur combat pour l’égalité s’arrête aux portes des vestiaires.
Cette condamnation est un début. Mais elle ne changera rien si les décideurs continuent de croire que la violence, c’est le prix à payer pour le succès. Et ça, c’est une autre histoire.
# La prochaine fois, ce sera pire
La prochaine fois, une joueuse se tuera peut-être. Pas littéralement, même si le taux de dépression chez les athlètes féminines est deux fois plus élevé que dans la population générale, selon Santé Canada. Non, la prochaine fois, ce sera une joueuse qui craquera publiquement. Qui explosera sur les réseaux. Qui forcera enfin les fédérations à agir.
Parce que tant qu’il n’y aura pas de scandale médiatique, tant qu’il n’y aura pas de photo choquante, de vidéo virale, de témoignage accablant… les choses ne bougeront pas. Et ça, c’est la pire des violences.
# Une condamnation ne suffit pas
Alors oui, félicitations à la justice pour cette décision. Mais ne vous y trompez pas : ce n’est pas une victoire. C’est juste le début d’une longue bataille. Celle pour faire comprendre que le sport, même féminin, n’est pas un terrain de jeu sans règles. Que le harcèlement, les voies de fait, les humiliations, peu importe le contexte, ont un nom. Et que ce nom, c’est la justice.
Le reste ? À vous de voir.