Le dimanche 25 octobre, Herbignac va se parer de rose. Pas pour une campagne marketing, mais pour une troisième édition d’Octobre rose portée par Naomie Lépy, qui reprend là où sa mère, Florence, avait laissé le projet. Une initiative locale, donc, mais qui pose une question plus large : pourquoi, en 2024, le cancer du sein reste-t-il un combat aussi inégal, même dans une ville comme Herbignac, où les associations tentent de faire bouger les lignes à leur échelle ?
Un chiffre qui claque En France, une femme sur huit sera concernée par un cancer du sein au cours de sa vie. Un chiffre de l’Institut National du Cancer (INCa) qui ne date pas d’hier, mais qui résiste, année après année, comme une fatalité. Pourtant, à Herbignac, on ne veut pas se résigner. Naomie Lépy, qui a vu sa mère s’investir dans cette cause, a décidé de prendre le relais. « Ma mère a toujours dit que c’était un combat de tous les jours, pas une campagne d’un mois », explique-t-elle sans détour. Mais entre les promesses des pouvoirs publics et la réalité des patientes, le fossé est large.
Le dépistage, ce grand oublié Octobre rose, c’est bien. Mais le reste de l’année ? Les centres de dépistage, souvent saturés, peinent à suivre le rythme. À Herbignac, comme ailleurs, les listes d’attente s’allongent. « On nous parle de prévention, mais quand on y va, on attend », lance une patiente anonyme, contactée via l’association locale. Résultat : des femmes qui reportent leur rendez-vous, par peur, par négligence, ou parce que le système les y pousse. Et quand enfin elles passent les examens, les délais pour les résultats ? « Parfois trois semaines. Trois semaines à se demander si on a un cancer », ajoute-t-elle. Trois semaines, c’est long. Trois semaines, c’est l’éternité quand on a déjà imaginé le pire.
L’accompagnement, un luxe Derrière le rose commercialisé, il y a celles qui survivent. Et puis, celles qui ne survivent pas. Entre les deux, un vide : l’accompagnement psychologique, les soins de support, les aides sociales. « On nous parle de guérison, mais après ? », interroge une ancienne patiente. À Herbignac, les associations tentent de combler le vide, mais avec quels moyens ? « On fait avec ce qu’on a », reconnaît Naomie Lépy. Des ateliers, des rencontres, des groupes de parole. « C’est déjà ça », conclut-elle, pragmatique. Mais déjà ça, c’est bien peu face à l’ampleur du problème.
Le vrai combat : faire bouger les lignes Octobre rose, c’est une vitrine. Mais le vrai combat, lui, se joue dans les couloirs des hôpitaux, dans les salles d’attente, dans les foyers où une femme apprend qu’elle a un cancer. « On nous demande d’être fortes, mais personne ne nous dit comment », souligne une bénévole. À Herbignac, on essaie. Mais sans soutien national renforcé, sans moyens supplémentaires, sans reconnaissance à la hauteur de l’urgence, ces initiatives locales resteront des gouttes d’eau dans l’océan.
Et après le 31 octobre ? Le 31 octobre, les affiches roses disparaîtront. Les commerces reprendront leur couleur habituelle. Les médias passeront à autre chose. Mais les femmes, elles, continueront à se battre. « Octobre rose, c’est bien. Mais ce qu’il faut, c’est des actes, pas des slogans », tranche une patiente. À Herbignac, on le sait. Et on continue. Même si, pour l’instant, la bataille semble perdue d’avance.
Ce que personne ne dit Derrière les chiffres et les campagnes, il y a des visages. Des femmes qui ont perdu des proches, des femmes qui ont peur, des femmes qui se sentent abandonnées. « On nous parle de dépistage, mais on ne nous parle pas assez des soins après », insiste une bénévole. À Herbignac, on essaie de faire mieux. Mais sans un vrai plan national, sans des moyens à la hauteur, ces efforts resteront marginaux. Et le cancer du sein, lui, ne fera pas de quartier.
La dernière question Alors, Octobre rose à Herbignac, c’est une bonne chose ? Oui. Mais c’est insuffisant. « On ne gagne pas une guerre avec une seule bataille », rappelle Naomie Lépy. La vraie question, c’est : quand est-ce qu’on passera à autre chose ? Quand est-ce qu’on arrêtera de se contenter de peu ?