9 500 coureurs en moins, 110 000 euros toujours récoltés

La Haguenauvienne 2026 a levé 110 000 euros pour la recherche contre le cancer du sein, mais avec 15 % de participants en moins qu’en 2025. Pourquoi cette course solidaire tient-elle encore debout malgré la désaffection ? Et surtout, à quel prix ?

Publié le 16 octobre 2026 à 06:09
9 500 coureurs en moins, 110 000 euros toujours récoltés

Pourquoi la Haguenauvienne résiste encore ?

Le chiffre claque : 110 000 euros. C’est le montant récolté cette année par la Haguenauvienne, une course solidaire contre le cancer du sein organisée depuis 2003. Un record ? Non. Un objectif atteint ? Oui, mais à la limite. Car pour y arriver, il a fallu compter sur des bénévoles en surrégime, des partenariats serrés et une communication qui mise sur l’urgence plutôt que sur l’engouement.

Et puis, il y a ce détail : 9 500 participants en 2026 contre 11 000 en 2025. Soit 1 500 coureurs en moins. Une baisse de 15 %. Pas une catastrophe, mais un signal. Un signal que les organisateurs semblent ignorer, ou du moins, minimiser. Pourtant, cette tendance à la baisse n’est pas nouvelle. Depuis 2022, la Haguenauvienne perd en moyenne 500 participants par an. En 2024, elle avait frôlé les 10 000. Cette année, elle est retombée sous la barre des 10 000. La question n’est pas de savoir si la participation va continuer à baisser, mais quand elle va s’effondrer.

Mais alors, comment expliquer que l’argent continue d’affluer ?

Deux mots : les partenariats. La Haguenauvienne mise sur des sponsors locaux (Crédit Mutuel, la Caisse d’Épargne, des entreprises du Bas-Rhin) et sur des dons en ligne. Résultat : une grande partie des fonds ne dépend pas du nombre de coureurs, mais de la capacité des organisateurs à négocier des contreparties. En 2026, par exemple, la Ville de Haguenau a encore une fois mis à disposition les infrastructures gratuites. La Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) du Bas-Rhin a, elle aussi, contribué à hauteur de 15 000 euros, un montant stable depuis trois ans. Bref, l’argent ne tombe pas du ciel, mais il tombe.

Sauf que. Ces partenariats, aussi solides soient-ils, ne sont pas éternels. En 2024, la Caisse d’Épargne avait menacé de réduire sa contribution si la course ne faisait pas mieux en communication. En 2026, rien de tel. Mais pour combien de temps ?

Le vrai problème ? Personne ne parle vraiment de la baisse.

Les organisateurs insistent sur le montant récolté, pas sur le nombre de participants. Les médias locaux relaient l’information sans creuser. Pourtant, cette baisse n’est pas anodine. Elle reflète un phénomène plus large : celui des courses solidaires en général, qui peinent à attirer du monde. À Paris, la Course des Moutards a perdu 30 % de ses coureurs en cinq ans. À Lyon, la Course des Lumières stagne. Même tendance à Bordeaux, avec la Course des Bordelais.

Pourquoi ? Parce que les gens ont moins de temps. Parce que les réseaux sociaux ont remplacé les événements physiques. Parce que les dons en ligne sont devenus plus faciles que de se lever tôt un dimanche matin pour courir. Et surtout, parce que les causes ne font plus rêver comme avant. Le cancer du sein, c’est grave, c’est important, mais ce n’est plus l’urgence qu’il était il y a dix ans.

Alors, la Haguenauvienne va-t-elle tenir ?

Peut-être. Mais à quel prix ? Celui d’une communication de plus en plus désespérée. Celui de partenariats de plus en plus fragiles. Celui d’une dépendance croissante aux dons en ligne, qui, eux, ne dépendent pas des coureurs, mais de l’aléa des clics.

En 2026, la Haguenauvienne a encore tenu. Mais en 2027 ? Personne ne veut y penser.

Les bénévoles, les vrais perdants de l’histoire

Derrière les chiffres, il y a des visages. Ceux des bénévoles. Ceux qui, depuis des années, se lèvent à 5h du matin pour dresser les stands, gérer les inscriptions, encourager les coureurs. En 2026, ils étaient 300. En 2025, ils étaient 350. La baisse est là, aussi.

Pourquoi ? Parce que personne ne veut plus s’investir pour un événement qui perd du monde. Parce que les jeunes générations préfèrent les actions ponctuelles (un clic sur Facebook, un don en ligne) à l’engagement de longue haleine. Parce que les associations locales, elles aussi en difficulté, ont du mal à mobiliser.

Et puis, il y a le côté usant. Organiser une course, c’est du boulot. Beaucoup de boulot. Et quand on voit que les effectifs baissent, que les sponsors hésitent, que les coureurs se font rares, la motivation s’envole.

En 2026, les bénévoles ont encore tenu. Mais pour combien de temps ?

Le piège de la dépendance aux sponsors

La Haguenauvienne, comme beaucoup d’événements solidaires, vit aujourd’hui au rythme de ses partenariats. En 2026, la CCI du Bas-Rhin a encore une fois mis la main au portefeuille. La Crédit Mutuel aussi. Sans eux, l’événement ne tiendrait pas. Mais cette dépendance a un prix : celui de la liberté.

En 2024, la Caisse d’Épargne avait conditionné son don à une meilleure visibilité médiatique. Résultat : la course avait dû négocier des passages à la télé locale, des interviews dans les journaux. Une course solidaire qui devient, en partie, un produit marketing. Est-ce encore de la solidarité, ou du sponsoring déguisé ?

En 2026, aucun partenaire n’a posé de conditions. Mais pour combien de temps ? Si un jour l’un d’eux décide de réduire sa contribution, ou pire, de se retirer, la Haguenauvienne sera dans une situation critique. Car sans sponsors, il n’y a plus d’argent. Et sans argent, il n’y a plus de course.

La vraie question n’est pas financière. Elle est humaine.

Combien de temps les bénévoles vont-ils encore tenir ? Combien de temps les coureurs vont-ils encore se lever pour une cause qui ne les touche plus vraiment ? Combien de temps les sponsors vont-ils encore croire en un modèle qui s’essouffle ?

En 2026, la Haguenauvienne a encore tenu. Mais en 2027, qui sait ?

Et si la Haguenauvienne disparaissait ?

Imaginez. Plus de course. Plus de 110 000 euros par an pour l’IRCAD. Plus de bénévoles sur les stands. Plus de coureurs sur les routes d’Alsace.

Ce serait une mauvaise nouvelle pour la recherche contre le cancer. Une moins bonne nouvelle pour les associations locales. Et une très mauvaise nouvelle pour l’image de Haguenau, une ville qui mise sur son dynamisme et son engagement citoyen.

Pourtant, personne ne semble vraiment prêt à affronter cette éventualité. Les organisateurs parlent de stabilisation. Les médias relaient les bons résultats. Les sponsors continuent de financer.

Mais la réalité, c’est que la Haguenauvienne est un bateau qui fuit. Et personne ne veut admettre qu’il prend l’eau.

Le dernier mot ? À vous de voir.

Vous courez toujours ? Vous donnez toujours ? Vous vous engagez toujours ?

Ou alors, comme beaucoup, vous avez déjà tourné la page ?

R
R Galaxie Rédaction

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