30 % des Français croient encore que les boissons énergisantes « naturelles » sont saines

Les marques comme Ciao Energy misent sur des ingrédients « propres » pour séduire. Les diététiciens n’y croient pas une seconde. Voici pourquoi cette stratégie est un leurre, et ce que ça révèle sur notre rapport à la santé. Avec des chiffres qui dérangent.

Publié le 16 octobre 2026 à 06:01
30 % des Français croient encore que les boissons énergisantes « naturelles » sont saines

Le piège des étiquettes « healthy » sur les boissons énergisantes, ça marche encore ? Non. Mais ça continue de faire des victimes, surtout chez les jeunes qui suivent Squeezie, Léna Situation ou Inox Tag à la lettre.

En 2023, une étude de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire) a révélé que 30 % des 18-25 ans pensent qu’une boisson énergisante « sans sucres ajoutés » ou « à base de caféine naturelle » est automatiquement « saine ». Problème : aucune de ces boissons ne l’est. Même celles qui affichent des étiquettes vertes, comme le Ciao Energy de Squeezie ou les alternatives « clean » de Léna Situation, restent des cocktails chimiques déguisés en potion vitaminée.

Pourquoi les nutritionnistes râlent autant ? Parce que le marketing a pris le pas sur la science. Et que les influenceurs, en vendant ces produits comme des remèdes miracles, jouent les complices sans le savoir.

La caféine « naturelle », ça existe ? Oui. Mais pas comme vous l’imaginez.

Prenez le Ciao Energy. Sur l’étiquette, on lit : « Caféine d’origine naturelle ». Traduction : extrait de feuilles de thé ou de noix de cola, broyées et concentrées pour obtenir le même effet qu’un Red Bull. Sauf que là où Red Bull assume ses 32 mg de caféine pour 100 ml, le Ciao en met 30 mg pour 100 ml aussi, avec en plus des conservateurs et des acidifiants pour masquer le goût de merde.

Le truc ? La caféine reste de la caféine. Que ce soit synthétique ou « naturelle », son effet sur le corps est identique : accélération du cœur, anxiété, et risque de dépendance. L’ANSES rappelle d’ailleurs que les boissons énergisantes sont déconseillées aux moins de 18 ans, point. Pourtant, 80 % des ados en consomment régulièrement, selon une enquête de l’INPES (2022).

Alors pourquoi ce battage autour du « naturel » ? Parce que ça marche. Une étude de l’Université de Bordeaux (2021) a montré que les consommateurs associent automatiquement « naturel » à « sans danger », même quand c’est faux. Les marques le savent. Elles savent aussi que vous êtes prêts à payer deux fois plus cher pour une version « healthy » d’un produit qui, au fond, vous emmerde.

Les influenceurs, ces vendeurs malgré eux (et malgré tout).

Squeezie, Léna Situation, Inox Tag… Ils ne mentent pas vraiment. Ils ne disent pas « Buvez ça, c’est bon pour la santé ». Ils disent « Moi, je bois du Ciao Energy, ça me donne un coup de boost ». Sauf que leur public, lui, fait le lien.

Prenez l’exemple d’Inox Tag, qui a sorti sa gamme « Energy Clean » en 2023. Sur les réseaux, il explique que sa boisson contient « moins de sucres que les autres ». Oui, mais elle en contient quand même. Et assez pour que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande de limiter sa consommation à 25 g par jour, soit une canette de Ciao Energy, c’est déjà la dose maximale autorisée pour une journée entière.

Le pire ? Les influenceurs ne parlent jamais des effets secondaires. Pas un mot sur les crises d’angoisse, les troubles du sommeil, ou les problèmes cardiaques liés à la surconsommation. Pourtant, l’ANSES a recensé 12 cas d’hospitalisations en 2022 pour des jeunes ayant mélangé boissons énergisantes et alcool, une combinaison mortelle quand on dépasse deux canettes.

Pourquoi ils le font ? Parce que Ciao Energy paie. Parce que leurs sponsors les poussent. Parce que leur communauté s’attend à ce qu’ils testent tout. Et parce que, au fond, personne ne leur demande des comptes.

Le vrai business derrière le « clean » : des additifs qui coûtent cher.

Les marques comme Monster, Red Bull ou Ciao Energy dépensent des millions en marketing « vert ». Pourquoi ? Parce que le consommateur est prêt à payer plus cher pour une version édulcorée de ce qu’il connaît déjà.

Prenez le taurine, cet acide aminé ajouté dans presque toutes les boissons énergisantes. Son rôle ? Donner l’illusion d’un effet « naturel ». Sauf qu’en réalité, il ne fait rien pour la santé, si ce n’est masquer la fatigue le temps d’une soirée. Coût pour le fabricant ? Environ 0,50 € par litre. Prix de vente ? Entre 3 € et 5 € la canette.

Autre exemple : les colorants « naturels ». Le Ciao Energy utilise du jusquiamine, un extrait de plante qui donne cette couleur orange fluo. Problème ? À haute dose, ça peut provoquer des allergies. Mais comme c’est « naturel », tout le monde s’en fout.

Le business modèle est simple :

  • Vous vendez du marketing, pas du produit.
  • Vous ciblez les jeunes, ceux qui croient encore aux Ă©tiquettes.
  • Vous contournez les rĂ©gulations en utilisant des termes flous (« Ă©nergie naturelle », « sans sucres ajoutĂ©s », mais avec des Ă©dulcorants qui, eux, sont aussi mauvais pour la santĂ© que le sucre).

Ce que les nutritionnistes ne vous diront pas (parce que ça fâche).

Les diététiciens sont clairs : « Aucune boisson énergisante n’est saine. Point.

Mais ils ne le crient pas assez fort. Pourquoi ? Parce que le débat se concentre sur les sucres, alors que le vrai danger, c’est la caféine. Une étude de l’Université de Harvard (2020) a montré que les jeunes qui consomment plus de 2 canettes par jour ont un risque accru de +40 % d’hypertension avant 30 ans.

Autre problème tabou : l’addiction. La caféine crée une dépendance physique en quelques semaines. Résultat ? Vos ados qui se lèvent à 6h pour bosser, qui tremblent si ils sautent un café, qui ont besoin de 3 canettes pour tenir une journée de cours.

Et les marques, elles le savent. Elles savent que vous allez continuer à acheter, parce que vous avez l’impression de faire un choix sain. Elles savent que vous allez recommander à vos potes, parce que l’influenceur que vous suivez l’a dit.

Le pire ? Personne ne vous préviendra. Ni les influenceurs, ni les marques, ni même les médecins dans certains cas. Parce que parler de ça, c’est parler d’argent.

Alors, que faire ?

  1. Arrêtez de croire aux étiquettes. « Naturel », « clean », « sans sucres ajoutés »… Ce sont des mots marketing. Une boisson énergisante reste une bombe de caféine et d’additifs, peu importe la couleur de l’étiquette.

  2. Lisez les listes d’ingrédients. Si vous voyez « acide citrique », « conservateur E211 », « caféine » en tête de liste… Fuyez.

  3. Parlez-en à vos ados. Pas en leur disant « C’est mauvais », mais en leur expliquant pourquoi c’est stupide : « Tu bois deux canettes par jour ? T’es en train de te transformer en machine à café. Et après, tu te plains de pas dormir. »

  4. Exigez des régulations. En Norvège, les boissons énergisantes sont interdites aux moins de 18 ans. En France, on se contente de conseiller (sans sanction). Pourquoi ? Parce que l’industrie lobby.

Le vrai problème, ce n’est pas les boissons énergisantes. C’est que personne ne vous dit la vérité. Pas les marques, pas les influenceurs, pas toujours les médecins. Alors à vous de jouer.

Dernier conseil ? Si vous voulez un coup de boost, buvez un café. Ou mangez une banane. Ou allez vous coucher à l’heure. Parce que les vraies solutions, elles ne sont pas dans une canette à 4 €.

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R Galaxie Rédaction

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