Rabat mise sur Haftar fils, un pari dangereux

La visite de Khaled Haftar, fils du maréchal libyen, au Maroc révèle une stratégie trouble. Entre alliances fragiles et intérêts pétroliers, Rabat joue avec le feu. Pourquoi ce déplacement sonne comme un mauvais signal pour la région.

Publié le 12 octobre 2026 à 16:08
Rabat mise sur Haftar fils, un pari dangereux

Khaled Haftar a posé le pied au Maroc ce dimanche. Pas en touriste. Le fils du maréchal libyen, chef d’état-major des forces armées de l’Est de la Libye, arrive avec un passeport diplomatique et une mission : consolider ce que son père a bâti dans le sang. Et ça, Rabat le sait très bien.

Pourtant, personne ne s’en émeut ouvertement. Les communiqués marocains parlent d’une « visite privée », comme si l’homme qui commande les milices les plus redoutées de Cyrénaïque débarquait pour le week-end. Menterie. Les Haftar ne font pas de visites privées. Ils négocient. Et là, le Maroc a un choix à faire : soit il devient complice d’un régime qui étouffe la Libye, soit il se tire une balle dans le pied en fermant les yeux sur les crimes de guerre de Haftar père.

Pourquoi Rabat prend-il ce risque ?

D’abord, parce que l’or noir. La Libye, c’est le deuxième producteur de pétrole d’Afrique. Et depuis que Haftar a pris Tobrouk en 2014, il contrôle une bonne partie des champs pétroliers à l’est. Le Maroc, qui importe 90 % de son pétrole, a besoin d’un partenaire stable. Sauf que Haftar père est un paria. Sanctionné par l’ONU pour son rôle dans le massacre de Benghazi en 2014, soutenu par la Russie et l’Égypte, il n’a pas la blancheur morale d’un prince saoudien. Alors pourquoi lui ?

Parce que le Maroc n’a pas le choix. Le gouvernement d’union nationale libyen, reconnu par l’ONU, est un ramassis de corruption et d’incompétence. Et Haftar, malgré ses taches, tient le pays. Officiellement, Rabat soutient le GNA (Gouvernement d’union nationale). Officieusement, on sait qu’il a des contacts avec les hommes de Haftar depuis des années. La visite de Khaled Haftar au Maroc, c’est la preuve que ces contacts deviennent une alliance.

Ce que cette visite cache sur les divisions libyennes

La Libye est un champ de ruines géopolitique. À l’ouest, le GNA, soutenu par la Turquie et les Frères musulmans. À l’est, Haftar, protégé par les Émirats, l’Égypte et la Russie. Et au milieu, personne. Le Maroc, lui, mise sur les deux tableaux. Officiellement, il reste dans le camp du GNA. Mais en coulisses, il parle à Haftar. Pourquoi ? Parce que personne ne gagne en Libye. Pas même les grands.

Prenez la France. Macron a soutenu le GNA, puis a viré vers Haftar quand il a vu que la Turquie de Erdoğan devenait trop forte. Résultat ? La Libye reste ingouvernable, et l’Europe se fait blackmailer sur les migrants. L’Algérie, elle, joue les arbitres. Mais le Maroc ? Il veut être le grand frère. Sauf que Haftar n’est pas un allié, c’est un prédateur.

Le Maroc joue avec le feu

Khaled Haftar n’est pas un diplomate. C’est un militaire. Et les militaires, ça ne fait pas de visites privées. S’il est là, c’est pour discuter pétrole, bases militaires, et peut-être même une reconnaissance tacite du régime de son père. Le problème ? Si ça se sait, le GNA va crier à la trahison. Et les pays qui soutiennent le GNA, la Turquie en tête, ne vont pas rester les bras croisés.

Déjà, Ankara menace régulièrement Rabat sur la question du Sahara occidental. Ajoutez à ça une alliance avec Haftar, et vous avez une crise ouverte. Sans compter que l’ONU et les ONG de droits de l’homme vont encore hurler contre le Maroc pour son soutien indirect à Haftar. Mais Rabat s’en fiche. Parce que, au fond, la Libye, c’est comme le Sahara : un dossier qui pourrit, mais dont personne ne veut vraiment.

Et après ? Personne ne sait.

Ce qui est sûr, c’est que cette visite ne changera pas grand-chose à court terme. Haftar reste un paria, et le GNA reste un fantôme. Mais elle montre une chose : le Maroc est prêt à parier sur le pire pour garder son influence. Le problème, c’est que la Libye, ça ne se gouverne pas par calculs pétroliers.

Si Haftar gagne, le Maroc aura un allié instable et sanguinaire. S’il perd, il aura perdu des milliards en investissements. Bref, Rabat mise sur le chaos.

Et vous, vous vous demandez encore pourquoi personne ne bronche.

Parce que tout le monde a peur. Ou parce que personne ne veut assumer.

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R Galaxie Rédaction

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