Votre mairie ignore l’épidémie, la Guyane paie le prix fort

En Guyane, 1,36 % de la population vit avec le VIH. Pourtant, les élus locaux restent les derniers à s’en emparer. À Cayenne, Jean-Luc Romero-Michel a sonné l’alarme : sans action concrète, le virus continue de ravager un territoire déjà fragilisé. Pourquoi personne ne force le pas ?

Publié le 17 octobre 2026 à 12:15
Votre mairie ignore l’épidémie, la Guyane paie le prix fort

Le chiffre qui claque, et personne ne bronche encore. 1,36 %. C’est le taux de prévalence du VIH en Guyane en 2023. Pour vous donner une idée, en métropole, on est à 0,29 %. Six fois moins. Six fois moins de malades, six fois moins de morts, six fois moins de vies brisées. Sauf que là-bas, à Cayenne, Saint-Laurent ou Kourou, les hôpitaux saturent, les associations crient dans le désert, et les élus ? Ils regardent ailleurs. Jusqu’à quand ? Jean-Luc Romero-Michel, président des Elus Locaux Contre le Sida (ELCS) et de Sida Info Service, en a ras-le-bol. Vendredi 16 octobre, il a débarqué en Guyane pour une table ronde à la mairie de Cayenne. Objectif : réveiller les édiles. Résultat ? Un silence gêné. Parce que le problème, c’est que personne ne veut vraiment entendre la vérité : l’épidémie en Guyane, c’est un échec politique. Point.

Pourquoi les élus guyanais fuient le sujet

La Guyane, c’est le Far West du VIH en France. Pas besoin d’être médecin pour le savoir. Les chiffres ? Ils tombent comme des coups de masse. Selon Santé Publique France, le taux d’infection y est le plus élevé de l’Hexagone, et il stagne depuis des années. Pourtant, quand on creuse, on tombe sur des trous noirs. Les élus locaux savent. Ils connaissent les rapports, les alertes des associations, les témoignages des patients. Mais ils agissent comme si le virus était une maladie importée, pas une urgence locale. À Cayenne, par exemple, les centres de dépistage ferment les uns après les autres. Les lignes budgétaires sont serrées. Les campagnes de prévention ? Une blague. Pourquoi ? Parce que parler du VIH, c’est parler de la misère, des bidonvilles, de la précarité, de la drogue, de la prostitution. Des sujets qui dérangent.

Romero-Michel l’a dit sans filtre lors de sa table ronde : « Les élus ont peur. Peur des réactions, peur de se salir, peur de perdre des voix. » Peur, surtout, de devoir assumer des choix. Parce que la Guyane, c’est un territoire où l’État abandonne. Où les infrastructures de santé sont pourries. Où les soignants manquent. Où les patients doivent parfois attendre des mois pour un rendez-vous. Et dans ce désert médical, les élus ferment les yeux.

Le VIH en Guyane, c’est aussi une question de race et de classe

On ne le dit pas assez, mais le VIH en Guyane, c’est avant tout une épidémie sociale. Elle frappe les plus pauvres, les plus isolés, ceux que personne ne voit. Les Autochtones, les Haïtiens, les Brésiliens en situation irrégulière, les travailleurs du bagne. Ceux qui n’ont pas accès aux soins, qui ne parlent pas français, qui se méfient des institutions. Le virus se propage là où l’État ne va pas.

Pourtant, les solutions existent. Dépistage massif, distribution gratuite de préservatifs, traitement précoce, éducation sexuelle dans les écoles. Tout ça coûte cher ? Oui. Mais moins cher qu’un hôpital qui explose. En 2022, le coût moyen d’un patient VIH en Guyane était estimé à 12 000 euros par an par l’ARS. Multipliez par le nombre de cas, et vous avez votre budget. Sauf que personne ne veut le débloquer.

Romero-Michel a sorti un argument massue : « En 2023, la France a dépensé 3 milliards d’euros pour le Grand Paris. Trois milliards. Pour un projet qui profitera surtout aux plus aisés. Pendant ce temps, la Guyane, elle, se noie dans son sang. » La comparaison est cruelle, mais elle résume tout. Les priorités sont ailleurs.

Ce que les élus pourraient faire, mais ne font pas

Alors, que faire ? Tout. Mais personne n’ose.

  • Ouvrir des centres de dĂ©pistage 24/7. Pas besoin d’attendre une prise de RDV pour savoir si on a le VIH. En Afrique du Sud, les tests rapides sauvent des vies. En Guyane ? On poireaute.

  • Former les forces de l’ordre. Parce que oui, les gendarmes et les policiers voient des cas de transmission chaque jour. Mais ils ne savent pas comment rĂ©agir. RĂ©sultat : des arrestations qui aggravent la crise sanitaire.

  • ArrĂŞter de stigmatiser. Les discours sur « les responsables de leur sort » ne servent Ă  rien. Le VIH ne choisit pas ses victimes. Il se transmet, point.

  • Impliquer les communautĂ©s. Les leaders autochtones, les associations haĂŻtiennes, les travailleurs du bois : ceux qui vivent le problème doivent en faire partie de la solution.

Romero-Michel a lancé un ultimatum : « Si les élus ne bougent pas, l’État va devoir intervenir. Et ça, ce sera pire. Parce que l’État, il ne comprend rien à la Guyane. » Bluff ? Peut-être. Mais la pression monte.

Le vrai problème, c’est la honte

Le pire, c’est que tout le monde sait. Les médecins, les associations, les patients. Mais personne n’ose crier trop fort. Parce que parler du VIH en Guyane, c’est avouer que le territoire est un échec. Que la France a abandonné une partie de sa population. Que les inégalités tuent.

Romero-Michel a un mot pour ça : « On a honte. Honte de ce que devient la Guyane. Honte de ne pas pouvoir faire mieux. Alors on fait semblant d’ignorer. »

Le problème, c’est que le VIH ne s’en ira pas tout seul.

La Guyane attend des actes, pas des discours

À Cayenne, après la table ronde, Romero-Michel a sorti une dernière phrase, sèche : « Les élus ont le choix. Soit ils deviennent des acteurs, soit ils restent des spectateurs. Les Guyaniens n’ont pas le temps d’attendre. » C’est ça, le vrai message. Pas besoin de grandes déclarations. Juste des actes.

La question n’est plus « Pourquoi la Guyane est-elle si touchée ? », mais « Pourquoi personne ne fait rien pour l’arrêter ? »

La réponse, elle, est dans les chiffres. Et dans le silence des mairies.

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R Galaxie Rédaction

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