Un patient sur dix en Ontario se retrouve en arrêt maladie après un diagnostic de COVID long. Pas pour une grippe, pas pour une fatigue passagère. Pour des douleurs qui migrent, une mémoire en lambeaux, une respiration qui siffle comme après un marathon. Et les médecins généralistes ? Ils envoient souvent balader ces patients vers des spécialistes qui n’existent pas, ou vers des psychologues alors qu’il n’y a rien de psychologique là -dedans. Sauf peut-être la rage de se faire dire qu’on invente tout ça dans sa tête.
Les chiffres, eux, ne mentent pas. Selon une étude de l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Toronto publiée en 2023, 3,5 millions de Canadiens (soit près de 10 % de la population) vivent avec des symptômes persistants après une infection au SARS-CoV-2. Un fardeau comparable à celui du diabète, mais avec une différence de taille : personne ne vous donne de l’insuline pour le COVID long. Pas encore, en tout cas.
Et pourtant, les solutions existent. Les soins virtuels, ça marche. Des cliniques spécialisées en télémédecine, comme celle de l’Université de la Colombie-Britannique, ont prouvé que 60 % des patients voient une amélioration de leurs symptômes après seulement trois mois de suivi à distance. Pas une guérison miracle, non. Mais une prise en charge qui évite l’errance médicale, les diagnostics à la va-vite, et les patients qui finissent par abandonner, découragés.
Alors pourquoi les médecins généralistes résistent-ils ? Parce que c’est plus simple de dire « Revenez dans six mois » que de se former à une maladie dont on ne parle presque jamais dans les facultés. Parce que la télémédecine, ça prend du temps. Parce que les codes de déontologie sont flous quand il s’agit de maladies « invisibles ». Et surtout, parce que personne ne les force à changer leurs habitudes.
Sauf que ça va changer. À partir de janvier 2025, le Collège des médecins du Canada imposera des lignes directrices strictes sur la prise en charge du COVID long. Traduction : si un médecin refuse un suivi virtuel sans justification médicale solide, il risque une sanction. Pas une amende symbolique. Une vraie.
Mais attention, ce n’est pas une victoire.
D’abord, parce que les provinces traînent. L’Ontario a annoncé un plan de 50 millions pour les cliniques spécialisées, mais les listes d’attente dépassent déjà 18 mois dans certaines régions. Au Québec, le ministère de la Santé a créé un programme pilote… qui ne couvre que 2 % des patients éligibles. Bref, les promesses, on connaît.
Ensuite, parce que les assurances privées ne suivent pas. Une séance de télémédecine pour le COVID long ? Comptez 120 à 180 dollars si vous n’êtes pas couvert par une assurance maladie provinciale. À qui la faute ? Aux compagnies qui refusent de reconnaître cette maladie comme une urgence. Aux gouvernements qui sous-financent les soins primaires. Aux médecins qui préfèrent jouer les sourds.
Derrière tout ça, il y a une question simple : et les patients, dans tout ça ? Ceux qui ne peuvent plus marcher sans s’essouffler. Ceux qui ont perdu leur emploi parce que leur patron a trouvé « bizarre » qu’ils prennent des arrêts maladie à répétition. Ceux qui en sont réduits à montrer leurs analyses en ligne à des inconnus pour obtenir un diagnostic.
La télémédecine n’est pas une solution parfaite. Mais c’est la seule qui existe aujourd’hui. Et si les médecins et les politiques continuent à faire les sourds, c’est eux qui seront responsables des drames qui suivent. Pas les patients. Pas les experts. Eux.
Alors oui, à partir de 2025, les règles vont bouger. Mais si personne ne vérifie que ces règles sont appliquées, ça ne servira à rien.
Le vrai combat, ce n’est pas contre les médecins. C’est contre l’indifférence systémique. Contre l’idée qu’une maladie qui ne tue pas tout de suite n’a pas d’importance. Contre le fait de laisser des millions de personnes se débrouiller seules parce que personne ne veut entendre leurs symptômes.
Le COVID long, ce n’est pas une mode passagère. C’est une crise silencieuse. Et les soins virtuels, ce n’est pas une option. C’est un minimum.
Reste à savoir si les décideurs auront enfin les couilles de le reconnaître.