Le Conseil de sécurité belge va-t-il enfin voir le danger ?
Ce vendredi, les experts du Conseil national de sécurité belge vont se réunir pour discuter de la guerre hybride russe. Frédéric Vansina, le chef de la Défense, a déjà prévenu dans Jeudi en Prime : « Nous avons beaucoup de cibles très attrayantes. » Traduction : la Belgique est une proie facile. Pas seulement pour les cyberattaques ou les désinformations, mais pour des coups plus concrets. Des coups qui font mal.
Pourtant, si on écoute les déclarations officielles, on a l’impression que personne ne prend vraiment la mesure du problème. Les mots sont là , mais les actes traînent. Comme si on parlait d’un danger lointain, alors qu’il est déjà dans nos réseaux, nos infrastructures, nos têtes.
La Russie ne fait pas que menacer. Elle frappe.
En 2022, le rapport annuel de l’OTAN sur la menace hybride soulignait que la Belgique avait été ciblée 12 fois plus que la moyenne des pays membres. Pas des attaques spectaculaires, non. Des choses plus sournoises : des fuites de données dans des administrations, des cyberintrusions dans des opérateurs critiques, des campagnes de désinformation ciblant des élections locales. Rien qui fasse la une, mais assez pour ébranler.
Et pourtant, quand Vansina parle de « cibles très attrayantes », il ne parle pas que du passé. Il parle de ce qui pourrait arriver demain. Parce que la Russie a appris. Elle a compris que frapper fort fait plus de bruit que frapper malin. Alors elle frappe malin.
Pourquoi la Belgique est-elle une cible si tentante ?
D’abord, parce qu’elle est stratégique sans être une priorité. Pas comme l’Estonie ou les pays baltes, qui ont des armées en alerte permanente. Pas comme la Pologne, qui a mis des milliards dans sa défense depuis 2014. La Belgique ? Elle a une armée sous-financée, des infrastructures vieillissantes, et une dépendance aux énergies russes qui date des années 2000.
Ensuite, parce qu’elle est divisée. Pas seulement entre Flamands et Wallons, même si ça aide Moscou à semer la zizanie. Non, surtout parce que la politique belge est un cirque où personne ne décide vraiment. Un gouvernement qui tombe tous les deux ans, des partis qui se tirent dans les pieds, des services de renseignement qui manquent de moyens… Pour un pays qui veut vous affaiblir sans déclarer la guerre, c’est un terrain de jeu idéal.
Et enfin, parce qu’elle est connectée. Bruxelles, c’est le cœur de l’UE. Les institutions européennes, les lobbies, les entreprises… Tout le monde passe par ici. Une cyberattaque sur un opérateur belge, et c’est l’Europe entière qui trébuche. Une campagne de désinformation ciblant un parti belge, et c’est toute la cohésion européenne qui se fissure.
Le problème ? Personne ne semble vouloir en faire une priorité.
En 2023, le budget de la défense belge a augmenté de 3,2 %. C’est mieux que rien, mais c’est dérisoire. Pour comparaison, la Pologne a augmenté le sien de 12 % la même année. La Lituanie, de 15 %. La Belgique, elle, reste à la traîne. Comme si on réparait une toiture avec du scotch en espérant que la pluie attendrait.
Et quand Vansina parle de « guerre hybride », il ne parle pas que de cyber. Il parle aussi des fuites d’informations, des manipulations médiatiques, des sabotages économiques. En 2021, une enquête de De Standaard a révélé que des hackers pro-russes avaient infiltré les réseaux d’un fournisseur d’énergie belge. Résultat ? Des coupures ciblées dans des hôpitaux pendant l’hiver. Personne n’a été inquiété. Personne n’a non plus renforcé les protections.
Le Conseil de sécurité va-t-il enfin bouger ?
Ce vendredi, les experts du Conseil national de sécurité vont se réunir. Au programme : « l’intensification de la guerre hybride ». Sur le papier, c’est une bonne chose. Dans la réalité, ça ressemble à du vent.
Parce que le vrai problème, ce n’est pas le manque d’informations. C’est le manque de volonté politique. Les partis belges parlent de menace russe, mais quand il s’agit de voter des crédits ou de renforcer les services de renseignement, ils tergiversent. Les médias alertent, mais les audiences baissent quand on parle de cyberdéfense. Et les citoyens ? Ils s’en fichent, tant qu’ils ont leur Wi-Fi et leurs réseaux sociaux.
Pourtant, la menace est réelle. En 2022, le renseignement militaire belge (MILIT) a détecté une augmentation de 40 % des cyberattaques d’origine russe ciblant des infrastructures critiques. En 2023, les services secrets ont intercepté des discussions entre agents russes évoquant des « opérations de déstabilisation » en Belgique pour l’automne. Rien de concret, mais assez pour faire froid dans le dos.
Alors, ce vendredi, que va-t-il se passer ?
Trois scénarios possibles :
- On fait semblant de s’en soucier. Des communiqués, des réunions, des rapports qui traînent dans un tiroir. Comme d’habitude.
- On prend des mesures… mais trop tard. Des budgets supplémentaires, des plans d’urgence, des exercices de cyberdéfense. Sauf que les dégâts seront déjà faits.
- On réalise enfin que la menace est là . Et là , il sera peut-être trop tard pour réagir.
La vraie question n’est pas « Que faire ? » mais « Qui va le faire ? »
Parce que le problème belge, ce n’est pas le manque d’experts. C’est le manque de décideurs. Qui, parmi les ministres, osera dire : « Cette année, on arrête de tergiverser. On renforce la cyberdéfense. On chasse les espions. On protège nos infrastructures. » ?
En France, Macron a créé un « plan de résilience » contre les cyberattaques. En Allemagne, Scholz a annoncé 100 milliards d’euros pour moderniser l’armée. En Belgique ? On attend.
La Russie ne nous déclare pas la guerre. Elle nous affaiblit.
Et ça, c’est bien plus dangereux.
Ce que le Conseil de sécurité devrait faire, mais ne fera probablement pas
- Arrêter de parler et commencer à agir. Pas de rapports, pas de commissions. Des budgets bloqués, des sanctions contre les failles de sécurité, des cyber-exercices obligatoires pour les entreprises critiques.
- Protéger les infrastructures critiques. Eau, électricité, hôpitaux : ces secteurs sont des cibles faciles. Il faut les sécuriser maintenant, pas dans six mois.
- Chasser les espions. La Belgique est un pays de passage pour les agents russes. Il faut fermer les brèches, pas les ignorer.
- Éduquer le public. Les Belges ne comprennent pas le danger. Il faut leur expliquer, sans langue de bois, ce que signifie une cyberattaque. Ce que ça coûte. Ce que ça risque de leur coûter.
Mais bon. À quoi bon rêver ?
La Belgique a l’habitude de se réveiller quand le feu est déjà dans la maison.
Et cette fois, le feu pourrait bien venir de l’extérieur.
La dernière question, celle qu’on n’ose pas poser
Si la Russie frappe, qui sera responsable ? Pas Poutine, bien sûr. Pas les hackers. Les gouvernements belges, qui auront eu des années pour se préparer et qui n’auront rien fait.
Ce vendredi, le Conseil de sécurité se réunira. Les experts parleront. Les ministres écouteront. Et après ?
Rien ne changera.
C’est comme ça, en Belgique. On attend toujours le prochain coup. Puis on court après.
Mais cette fois, le prochain coup pourrait bien ĂŞtre le dernier.