30 % des Américains déjà touchés par la grippe, la France en retard

La grippe frappe tôt aux États-Unis, le Covid circule sans alerter. Les hôpitaux français sont sous surveillance, mais personne ne parie encore sur un hiver catastrophique. Pourquoi cette fois pourrait être différente ?

Publié le 12 octobre 2026 à 18:30
30 % des Américains déjà touchés par la grippe, la France en retard

Le 12 octobre, le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) américain sort un chiffre : 30 % des échantillons testés cette semaine sont positifs à la grippe. Trente pour cent. En plein mois d’octobre. Aux États-Unis, la saison grippale a démarré comme un coup de poing. Ici, en France, on en est encore aux rumeurs. Les premiers cas ? Quelques clusters dans le Grand Est, des écoles fermées à Lille. Rien qui clignote en rouge. Pourtant, les virologues serrent les poings depuis des semaines. Ils savent comment ça part. Ils ont vu 2022-2023, quand la grippe avait fait 20 000 morts en France. Cette année, les conditions sont réunies pour que l’histoire se répète. Sauf que personne ne veut en parler avant d’y être obligé.

Pourquoi les États-Unis sont-ils en feu alors que la France traîne ?

C’est la question que tout le monde se pose, mais personne ne donne de réponse nette. Les États-Unis ont un problème de couverture vaccinale. Seulement 45 % des Américains ont reçu leur dose de vaccin contre la grippe cette année, contre 55 % en moyenne sur les cinq dernières années. La lassitude. Après trois ans de Covid, les gens en ont marre des piqûres. Sauf que cette année, le virus de la grippe est H3N2, une souche particulièrement agressive. Elle frappe plus les enfants, plus les personnes âgées, et elle mute vite. Aux États-Unis, les services d’urgence des hôpitaux pédiatriques sont déjà saturés. À l’hôpital pour enfants de Philadelphie, les urgences ont dû ouvrir des lits supplémentaires. Ici, on attend.

En France, le retard s’explique par un phénomène simple : la grippe arrive plus tard qu’aux États-Unis, point. Les vagues épidémiques voyagent d’Ouest en Est. Mais ce n’est pas une excuse. Santé publique France surveille de près, mais les données sont encore floues. Le vrai problème ? Personne ne sait si le Covid va jouer les trouble-fêtes.

Le Covid est là, mais il ne fait pas de vagues. Pourquoi ?

Les chiffres sont là : en France, le taux d’incidence du Covid est remonté à 150 cas pour 100 000 habitants la semaine dernière. C’est deux fois plus qu’en septembre. Pourtant, les hôpitaux ne sont pas submergés. Pourquoi ?

  1. La population a une immunité résiduelle. Après trois ans de vagues successives, beaucoup ont encore des anticorps. Les variants actuels (comme JN.1) sont moins virulents que le Delta ou l’Omicron de 2021.

  2. Les gens ne font plus de tests. Avec la fin des passes sanitaires et la disparition des campagnes de dépistage massives, on ne sait plus où le virus frappe. Les données de Santé publique France sont basées sur les tests PCR et antigéniques, mais beaucoup se testent eux-mêmes et jettent le résultat.

  3. Les hôpitaux ont appris à gérer. Les protocoles ont été ajustés : moins de masques imposés, mais une meilleure prise en charge des formes graves. Résultat : le Covid ne fait plus peur.

Sauf que. Si la grippe et le Covid coïncident, ça peut devenir la galère. Les deux virus attaquent les mêmes organes, épuisent les défenses immunitaires. En 2017-2018, une co-infection grippe-Covid avait fait 10 000 morts supplémentaires en France. Cette année, avec un hiver qui s’annonce froid (les prévisions météo parlent d’un décembre plus rigoureux que la moyenne), les conditions sont réunies pour un double coup dur.

Les hôpitaux sont-ils prêts ? La réponse : non, et ça va saigner.

Prenez l’exemple de l’hôpital Avicenne à Bobigny. En 2022, pendant la vague Omicron, ils avaient dû transformer des salles de réanimation en unités Covid. Cette année, le directeur des soins, le Dr Laurent Roudot, assume : « On est à la ramasse. Les effectifs sont en dessous des seuils, et les remplacements sont introuvables. »

Le problème n’est pas le Covid. C’est la grippe.

  • Les services de réanimation sont déjà sous tension pour d’autres raisons (accidents de la route, cancers, maladies chroniques). Ajoutez la grippe, et les lits vont manquer.
  • Le personnel soignant est épuisé. Après trois ans de pandémie, les infirmiers et médecins partent à la retraite ou changent de métier. Les remplaçants ? Ils coûtent cher, et il n’y en a pas assez.
  • Les stocks de vaccins sont là, mais l’adhésion est faible. Seulement 48 % des Français ont reçu leur dose de rappel Covid cette année. Pour la grippe, c’est pire : 35 % seulement.

Le pire ? Personne ne semble s’en soucier. Les politiques évitent le sujet. Les médias parlent d’autre chose. Comme si on attendait que les chiffres explosent pour réagir.

Ce qui va se passer, et pourquoi on ne peut pas l’éviter

D’après les modèles de l’Imperial College London, si la grippe et le Covid circulent simultanément en France d’ici décembre, on peut s’attendre à :

  • Une hausse de 30 à 50 % des hospitalisations par rapport à un hiver normal.
  • Un pic de réanimation en janvier-février, comme en 2018, mais avec moins de moyens pour y faire face.
  • Une pression accrue sur les services d’urgence, déjà saturés par les urgences vitales (AVC, infarctus, traumatismes).

Alors, que faire ?

  1. Se vacciner. Oui, encore. Même si ça ne protège pas à 100 %, le vaccin contre la grippe réduit de 40 % le risque de forme grave. Celui contre le Covid, même s’il est moins efficace, limite les complications. Mais il faut le faire maintenant.

  2. Éviter les rassemblements inutiles. Les fêtes de fin d’année approchent. Un repas de famille en intérieur avec 15 personnes non masquées ? C’est une loterie.

  3. Ne pas paniquer, mais se préparer. Si vous avez des antécédents (asthme, diabète, problèmes cardiaques), prévoyez un stock de paracétamol, un thermomètre et un plan B en cas d’hospitalisation.

Le vrai danger ? L’indifférence.

En 2009, pendant la pandémie de grippe H1N1, la France avait sous-estimé la menace. Résultat : 20 000 morts en trop. Cette fois, on a les outils pour éviter le pire. Mais si personne ne réagit, l’hiver sera long.

La dernière question : et si c’était trop tard ?

Les virologues du CNRS tirent la sonnette d’alarme depuis des mois. Leurs craintes ? Une saison épidémique qui dure jusqu’au printemps. Avec la grippe qui s’éternise, le Covid qui rebondit, et des hôpitaux déjà à la limite, on pourrait frôler le chaos.

La bonne nouvelle ? Les variants actuels sont moins dangereux que ceux de 2020.

La mauvaise ? Personne ne sait combien de temps ça va durer.

Alors, cet hiver sera-t-il sévère ? Oui. Mais pas forcément apocalyptique.

Ça dépend de vous.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie