1 200 agents en moins pour Montréal cet hiver

La grève des cols bleus à Montréal est suspendue après une entente de principe, mais la ville compte déjà 1 200 postes vacants. Derrière les chiffres, une réalité : les services publics vont trinquer, et les promesses de la Ville ont un goût de déjà-vu. Voici pourquoi cette trêve cache une crise plus profonde.

Publié le 22 septembre 2026 à 14:03
1 200 agents en moins pour Montréal cet hiver

Le 15 novembre, à 8h30, les agents des cols bleus de Montréal auraient dû poser leurs outils. Éboueurs, gardiens de parc, techniciens en voirie, chauffeurs de bus… 12 000 personnes prêtes à faire grève. Sauf que non. Une entente de principe a été signée à la dernière minute. La Ville et le Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal (SCBGM) ont trouvé un terrain d’entente. Pourtant, personne ne croit vraiment à la magie du compromis.

La Ville paiera, mais après la bataille

L’entente, c’est d’abord 1,5 % de hausse salariale en 2024, puis 2 % en 2025. Assez pour calmer le jeu ? Pas pour les syndiqués, qui réclamaient 5 % dès l’an prochain. La Ville, elle, a mis la pression en invoquant des « contraintes budgétaires ». Sauf que ces contraintes, Montréal les a choisies. Entre 2019 et 2023, la Ville a gelé 1 200 postes dans les services publics, selon les chiffres du SCBGM. 1 200 agents en moins, c’est 1 200 éboueurs, 1 200 gardiens de parc, 1 200 techniciens de moins pour l’hiver.

Et puis il y a les économies. La Ville a économisé 120 millions en 2023 en sous-traitant des services, comme le nettoyage des rues ou l’entretien des parcs. Résultat ? Des contrats précaires, des horaires de misère, et des services publics qui s’effilochent. Cette fois, les cols bleus ont dit stop. Ils ont menacé de faire grève, et la Ville a cédé. Mais c’est toujours les mêmes qui trinquent : les usagers.

Le vrai problème, c’est la sous-traitance

L’entente prévoit aussi des embauches pour combler les postes vacants. Sauf que personne ne sait combien. La Ville parle de « stabiliser » la situation, mais les chiffres du SCBGM montrent que depuis 2020, 30 % des postes dans les services publics sont vacants ou sous-traités.

Prenez l’exemple des éboueurs. En 2022, la Ville a externalisé le ramassage des déchets dans certains arrondissements. Les travailleurs sous-traitants gagnent 30 % de moins que les employés municipaux, et ils n’ont pas les mêmes protections. La grève était censée faire pression pour que ces contrats reviennent dans le public. Sauf que l’entente ne dit rien de tout ça.

Pourtant, c’est bien là le cœur du problème. La Ville préfère payer des sous-traitants à bas prix plutôt que d’embaucher des employés stables. Et cette logique, elle ne va pas disparaître avec une hausse de 1,5 %. Elle va juste se cacher un peu mieux.

Ce que la grève a vraiment changé

La grève était un coup de poker. Et elle a marché. Pas parce que les cols bleus ont obtenu ce qu’ils voulaient, mais parce qu’ils ont forcé la Ville à négocier. Pour la première fois depuis des années, Montréal a dû écouter.

Mais attention : cette trêve ne règle rien. Elle repousse juste le problème. Les salaires restent bas, les postes restent vacants, et les services publics restent fragiles. La vraie question, c’est : est-ce que la Ville va enfin arrêter de jouer avec les vies des gens ?

Pour l’instant, non. Elle a cédé sur le salaire, mais pas sur le fond. Et ça, c’est ce qui va faire mal cet hiver. Quand les routes seront moins bien déneigées, quand les parcs resteront sales plus longtemps, quand les bus seront moins fréquents… ce sera la preuve que cette entente ne change rien.

Le piège des promesses creuses

La Ville parle d’« investissements futurs » pour embaucher. Des mots, toujours des mots. En 2021, Valérie Plante promettait de « moderniser » les services publics. Trois ans plus tard, les résultats sont là : des grèves, des sous-traitances, des salaires gelés.

Le SCBGM a obtenu une hausse. Mais à quel prix ? En acceptant de reporter la vraie bataille. Parce que la Ville sait une chose : tant que les cols bleus sont divisés, elle peut continuer à faire des économies sur le dos des usagers.

Cette entente, c’est une pause. Pas une victoire.

L’hiver va être rude

Les cols bleus ont suspendu leur grève. Mais la guerre, elle, continue.

La Ville a évité le chaos immédiat. Mais elle n’a rien réglé. Les postes restent vacants, les salaires restent bas, et les services publics restent à la merci des économies de bout de table.

L’hiver va être long. Et quand les premiers flocons tomberont, ce sera la vraie épreuve. Parce que des éboueurs en moins, ça veut dire des rues sales. Des techniciens en moins, ça veut dire des feux rouges qui clignotent. Des gardiens de parc en moins, ça veut dire des bancs cassés et des déchets qui s’accumulent.

Cette entente, c’est du ruban adhésif sur une fissure. Et la fissure, elle, elle est toujours là.

La vraie question, c’est : est-ce que les cols bleus vont revenir à la charge l’an prochain ? Parce que si la Ville ne change pas sa façon de gérer les services publics, la grève de 2025 sera encore plus violente que celle de 2023.

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R Galaxie Rédaction

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