Les cols bleus bloquent Montréal avant les Mondiaux

À 36 heures du début des Championnats du monde de cyclisme, les cols bleus de Montréal préparent des perturbations massives. Pourquoi cette grève éclate maintenant, et qui en paiera le prix fort ?

Publié le 20 septembre 2026 à 10:10
Les cols bleus bloquent Montréal avant les Mondiaux

Pourquoi ils en ont marre, cette fois-ci

Les cols bleus ne font pas ça pour rire. Depuis 2018, ils ont déjà fait grève trois fois. Trois fois, la Ville a cédé sur des points précis : revalorisation salariale pour les éboueurs, embauche de personnel supplémentaire pour les gardiens de parc, suppression des primes toxiques qui poussent les agents à brûler leurs congés. Chaque fois, la Ville a grogné, mais elle a plié. Cette fois, non.

Le problème ? La Ville refuse toujours d’embaucher assez de monde. « On est à 300 postes sous-effectifs, explique un syndiqué sous couvert d’anonymat. Les gens partent à la retraite, on ne les remplace pas. Résultat : on trime comme des dingues, et quand un agent tombe malade, c’est la galère. » Les syndiqués pointent du doigt un chiffre précis : 12 % de turnover annuel dans certains services. Autant dire qu’avec cette hémorragie, la Ville ne peut plus compter sur des conditions de travail dignes. Sauf que cette fois, les Mondiaux tombent pile au mauvais moment.

Les Mondiaux, otage d’une guerre sociale

Officiellement, la Ville et les syndicats sont encore en négociation. Officieusement, tout le monde sait que le délai des 36 heures sera serré. « Si on n’a pas d’accord d’ici là, on fait grève le 24 septembre, point final », lance un porte-parole du Syndicat des cols bleus. Problème : le 24 septembre, c’est le jour où les coureurs du contre-la-montre des Mondiaux de cyclisme doivent s’élancer sur les rues de Montréal. Les organisateurs ont déjà prévu des déviations, des plans B, des renforts de police. Mais une grève des cols bleus, ce n’est pas que des barricades symboliques.

Prenez l’exemple de 2018. À l’époque, une grève de 24 heures avait paralysé le centre-ville. Les poubelles avaient débordé, les parcs étaient sales, et les touristes avaient râlé sur les réseaux. « Cette fois, on a plus de levier, parce que la Ville a besoin de nous pour les Mondiaux », assume un syndiqué. Traduction : sans les cols bleus, pas de ramassage des déchets, pas d’entretien des pistes cyclables, pas de sécurité minimale. Bref, un bordel qui pourrait coûter cher à la Ville… et aux athlètes.

La Ville joue avec le feu

Du côté de la Ville, on minimise. « Nous sommes toujours en discussion avec les syndicats, et nous travaillons pour trouver une solution qui convienne à tous », a déclaré un porte-parole municipal. Sauf que les cols bleus n’ont pas que des mots : ils ont un calendrier. Et ce calendrier, il coïncide avec l’arrivée de 3 000 cyclistes et de 200 000 spectateurs. « La Ville nous prend pour des cons, ajoute un syndiqué. Ils savent très bien que sans nous, les Mondiaux, c’est la cata. Mais ils croient qu’on va plier parce qu’ils ont besoin de nous pour leur belle image. »

Le vrai calcul de la Ville ? Croire que les cols bleus n’oseront pas grèves à deux jours des Mondiaux. « Ils se trompent », rétorque un responsable syndical. « On a déjà tout perdu. Maintenant, on joue notre va-t-en-guerre. »

Ce que ça change pour Montréal

Si la grève part, ce ne sera pas qu’un conflit social de plus. Ça sera un coup de massue pour l’image de Montréal. Les médias du monde entier seront là pour couvrir les Mondiaux. Et si les rues sont sales, si les toilettes publiques sont pleines, si les agents de sécurité manquent à l’appel… les photos parleront d’elles-mêmes. « Une ville qui ne peut pas gérer ses déchets, c’est une ville qui ne peut pas gérer grand-chose », lance un ancien élu municipal. « Ça va laisser des traces. »

Mais au fond, peu importe. Les cols bleus ne veulent plus entendre parler de « traces ». Ils veulent des embauches, des salaires décents, et des conditions de travail qui ne ressemblent pas à une prison. Les Mondiaux ? « C’est leur problème », conclut un syndiqué. « Pas le nôtre. »

La dernière carte à jouer

Il reste 36 heures. Dans ce genre de situation, les deux camps savent que le timing est crucial. Trop tôt, et la Ville peut encore négocier en position de force. Trop tard, et c’est la grève qui l’emporte. Sauf que cette fois, la donne est différente : la Ville a besoin des cols bleus. Pas l’inverse.

La question n’est pas si la grève aura lieu. Elle est comment Montréal va gérer les conséquences. Parce qu’une chose est sûre : si les cols bleus passent à l’action, ce ne sera pas une simple perturbation. Ce sera un avertissement. Et les Mondiaux ne seront qu’un épiphénomène.

La dernière ligne droite commence maintenant.

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R Galaxie Rédaction

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