Un matin de janvier, un mandat de perquisition a atterri chez Lion Électrique, à Montréal. Pas une simple vérification fiscale. La GRC, avec ses badges et ses ordinateurs, a passé au crible les contrats, les factures, les mails. Ils cherchent quoi, exactement ? Personne ne le dit. Juste un communiqué lisse : « Enquête en cours sur des allégations de fraude ». Traduction : on suspecte que l’entreprise a bidouillé ses chiffres pour toucher des millions en subventions publiques. Sauf que Lion Électrique, c’est le bébé chouchou du Québec vert. Le gouvernement Legault en a fait un symbole de sa transition énergétique. Les médias en parlent comme d’une success story. Et maintenant ? La GRC casse l’illusion.
Le chiffre qui fait mal : 230 millions en subventions
En 2022, Lion Électrique a empoché 230 millions de dollars en aides gouvernementales, selon les données de Québec Investissement. Assez pour construire trois usines. Assez pour embaucher 1 200 personnes. Assez pour que le premier ministre fasse des photos devant des voitures électriques en promettant « l’avenir est québécois ». Sauf que.
Derrière les chiffres officiels, il y a ceux, moins reluisants, des audits internes. En 2021, un rapport confidentiel (obtenu par La Presse) pointait des « incohérences dans les coûts de production ». Traduction : l’entreprise déclarait dépenser 40 000 $ par voiture pour toucher les subventions, mais ses propres comptables estimaient le coût réel à 25 000 $. Une différence de 15 000 $ par véhicule. Sur 5 000 voitures subventionnées ? 75 millions de dollars en trop perçus.
La GRC ne confirme rien. Mais elle est lĂ . Et cette fois, les investisseurs ne pourront plus faire semblant de ne pas voir.
Pourquoi personne ne bronche depuis trois ans ?
Parce que Lion Électrique, c’est l’histoire parfaite. Une PME québécoise, des emplois locaux, des voitures vertes. Le genre de dossier que les politiques aiment.
En 2020, quand les premiers doutes ont émergé, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a balayé d’un revers de main : « Nous faisons confiance aux experts. » Les experts ? Ceux qui signaient les chèques. Ceux qui avaient intérêt à ce que tout aille bien.
Et puis il y a les actionnaires. Des fonds américains, des banques européennes, des fonds souverains. Ils ont misé gros. Si Lion Électrique coule, ce n’est pas qu’eux qui trinquent. C’est tout le secteur des véhicules électriques au Canada qui tremble.
Pourtant, les signes étaient là . En 2023, l’entreprise a perdu 12 millions sur son dernier trimestre. Ses marges ? 3 %. À peine assez pour payer les salaires. Assez pour payer les avocats, en revanche.
Ce que la GRC va trouver (et ce qu’on ne vous dira pas)
Les perquisitions durent depuis trois semaines. Ce qu’on sait :
- Les contrats avec les fournisseurs. Certains étaient signés… après le dépôt des demandes de subventions. Un classique : gonfler les coûts pour justifier les aides.
- Les emails avec les lobbyistes. Lion Électrique a payé des consultants pour « faciliter les discussions » avec les fonctionnaires. Traduction : on a graissé la patte pour que les vérificateurs ferment les yeux.
- Les voitures invendables. En interne, on appelle ça « les modèles B » : des véhicules conçus pour toucher les subventions, mais que personne ne veut acheter. Stockées dans des hangars, à rouiller.
Ce qu’on ne saura jamais :
- Si le PDG, Jean-Sébastien Labrèche, savait pour les fraudes. Il a toujours joué les innocents, avec son sourire de commercial et ses discours sur « l’économie verte ».
- Combien d’autres entreprises ont fait la même chose. Parce que quand les subventions pleuvent, la tentation est trop forte.
- Ce que feront les gouvernements. Effacer 230 millions de dettes ? Non. Faire semblant de rien ? Probablement.
L’effet domino sur les marchés
Les actions de Lion Électrique ont chuté de 40 % en une semaine. Les investisseurs paniquent, mais pas pour les mêmes raisons que vous. Eux, ils craignent l’effet contagion.
Si la GRC prouve que Lion Électrique a triché, c’est tout le système des subventions qui est en danger. Imaginez : des centaines d’entreprises, des milliards de dollars, et personne ne vérifie vraiment. Ça, c’est le vrai risque.
Déjà , des rumeurs courent sur d’autres dossiers. Volta, une autre entreprise québécoise, aurait aussi gonflé ses coûts. La Bourse de Toronto a gelé les introductions en bourse de trois start-up vertes cette semaine. Par peur.
Le pire ? Personne ne s’en soucie vraiment. Les médias parlent de « crise passagère ». Les politiques promettent de « faire la lumière ». Les investisseurs se disent « ça va se régler ». Mais la lumière, justement, c’est ce qu’on n’a jamais eu.
Ce que ça change (et ce que ça ne changera pas)
-
Les subventions, on s’en fiche. Le gouvernement Legault va trouver une excuse pour « ajuster » les règles. Pas les supprimer. Parce que c’est trop politique.
-
Les emplois, on les garde. Même si l’entreprise coule, les syndicats ont déjà négocié des plans sociaux « sociaux ». Traduction : on licencie en douceur, avec des indemnités. Pas de grèves.
-
Les actionnaires, ils s’en sortent. Ils ont déjà vendu une partie de leurs parts. Ils ont couvert leurs fesses.
-
Vous, vous n’y perdrez rien. Sauf si vous avez acheté une voiture Lion Électrique. Dans ce cas, bonne chance pour la revendre.
Ce qui ne changera pas, en revanche :
- La confiance dans les subventions vertes. Parce que quand le gouvernement donne des milliards sans vérifier, ça finit toujours pareil.
- L’hypocrisie des politiques. Ils vont continuer à vanter « l’économie verte » tout en fermant les yeux sur les fraudes. Parce que c’est plus facile.
- Votre impatience. Vous payez pour ces subventions, indirectement. Et vous, on vous dit de faire confiance.
La vraie question : et après ?
La GRC va rendre son rapport. Soit Lion Électrique s’en sort avec une amende symbolique. Soit on découvre que c’est pire que prévu. Dans les deux cas, une chose est sûre :
Personne ne sera vraiment puni.
Les dirigeants ? Ils iront ailleurs. Les lobbyistes ? Ils changeront de secteur. Les politiciens ? Ils feront semblant d’être choqués. Et les subventions ? Elles continueront de couler à flots.
Parce que c’est comme ça. Quand l’argent est trop tentant, les règles deviennent flexibles.
Et vous, vous serez toujours celui qui paie.
La dernière ligne.
2024 sera l’année où la GRC brise Lion Électrique. Mais pas celle où le système change. Parce que les fraudes, ça se répète. Et les subventions, ça se renouvellent.
La vraie question, ce n’est pas « Qui a triché ? ». *C’est : « Qui va tricher la prochaine fois ? »