Les bénévoles saturent les forêts de Loches

Samedi 10 octobre 2026, des centaines de bénévoles ont envahi la forêt de Loches pour récolter des glands. L’Office national des forêts n’était pas préparé. Pourquoi cette mobilisation ? Et que va-t-il advenir de ces milliers de glands ?

Publié le 12 octobre 2026 à 12:09
Les bénévoles saturent les forêts de Loches

Le jour où la forêt de Loches a suffoqué sous les bénévoles

Onze heures du matin. Le parking de la forêt de Loches ressemble à un champ de bataille improvisé. Des voitures de toutes tailles, des 4x4 aux citadines, en passant par des fourgons aménagés en camions à glands. Les bénévoles débarquent par vagues. Certains ont préparé des sacs de toile, d’autres des seaux, d’autres encore des bacs en plastique volés à des chantiers. Personne ne sait exactement combien ils sont. L’Office national des forêts (ONF) parle de « plusieurs centaines ». Les organisateurs, eux, évoquent « un millier de personnes ». À voir la cohue, c’est largement plus. Et le pire, c’est que ça ne fait que commencer.

L’ONF n’avait pas prévu ça. Pas du tout. Le plan initial ? Une centaine de personnes, peut-être deux, pour ramasser quelques kilos de glands. Suffisant pour planter une centaine de chênes. Là, on parle de tonnes. Des sacs entiers qui déborderont des camions. Des bénévoles qui trébuchent sur des branches sous le poids de leurs récoltes. Et des forestiers, dépassés, qui courent après les groupes pour leur expliquer où poser leurs seaux sans piétiner les jeunes pousses.

Pourquoi tout le monde veut des glands ?

La réponse est simple : les gens ont compris que les chênes disparaissent. Pas demain, pas dans dix ans. Maintenant. Une étude de l’INRAE publiée en 2025 l’a confirmé : les populations de chênes pédonculés et sessiles reculent de 3 à 5 % par an dans le Centre-Val de Loire. Cause ? La sécheresse, les maladies, et surtout… le manque de renouvellement. Sans jeunes plants, pas de forêt demain.

Alors oui, les gens se bougent. Mais pas comme on l’imaginait. Pas en plantant des arbres. En ramassant des glands. Parce que planter un gland, c’est facile. Le faire pousser, c’est une autre histoire. Il faut le bon sol, la bonne saison, pas de cerfs pour le dévorer avant qu’il ne lève. Bref, une loterie. Sauf que là, les bénévoles ne se contentent pas de ramasser n’importe quoi. Ils trient. Ils savent que le gland doit être sain, sans moisissure, avec une coque épaisse. Ils connaissent les bonnes périodes de récolte. Certains ont même des balances de précision pour doser l’humidité.

Et puis il y a ceux qui ne ramassent pas pour planter. Mais pour revendre. Oui, vous avez bien lu. Des particuliers, des pépiniéristes, des associations… tout le monde veut des glands. À des prix qui montent. Entre 0,50 € et 2 € le kilo, selon la qualité. Certains en achètent par sacs de 50 kg. D’autres négocient au poids. L’ONF, lui, ne vend rien. Trop compliqué, trop risqué. Alors les bénévoles font le lien. Ils ramassent, ils stockent, ils revendent. Un marché informel qui explose.

L’ONF en mode pompiers

Le problème, c’est que personne n’a anticipé l’ampleur. Les forestiers de Loches sont habitués à gérer des chantiers encadrés. Pas des foules de bénévoles qui débarquent avec leurs propres règles. Certains arrivent avec des gants, d’autres avec des bottes. Certains ont des chiens, d’autres des enfants. Résultat : des zones de la forêt sont piétinées, des sentiers détournés, des zones protégées envahies.

L’ONF a dû improviser. Des panneaux « zone de récolte autorisée » ont été placardés à la va-vite. Des bénévoles ont été désignés comme « référents » pour guider les groupes. Et surtout, on a ouvert des points de collecte improvisés. Des tables, des bâches, des caisses en plastique. Rien de très professionnel. Mais ça marche.

Pourtant, malgré l’effervescence, il y a un truc qui cloche. Personne ne sait ce qu’on va faire de tous ces glands. L’ONF a des partenariats avec des pépinières, mais pas assez pour absorber la quantité. Les bénévoles, eux, stockent chez eux, dans des caves, des garages, des hangars. Certains ont même loué des entrepôts. Le risque ? Que les glands pourrissent avant d’être plantés. Ou pire : qu’ils soient volés.

Le vrai jeu : qui contrĂ´le la ressource ?

Derrière cette mobilisation spontanée, il y a une question qui dérange : et si les forêts devenaient un bien commun à gérer entre particuliers, associations et institutions ? L’ONF, lui, reste sur ses positions : « Nous ne pouvons pas tout gérer. Il faut des règles. » Mais les règles, justement, personne ne les a écrites. Qui décide où on peut ramasser ? Qui contrôle la qualité des glands ? Qui paie pour le stockage ?

Les bénévoles, eux, agissent. Sans attendre. Sans demander la permission. Parce qu’ils savent une chose : si personne ne fait rien, les chênes vont disparaître. Et avec eux, une partie de notre patrimoine.

Ce que ça change (ou pas)

Cette récolte massive, c’est un signe. Les gens ne veulent plus attendre. Ils prennent les choses en main. Mais attention : ce n’est pas une révolution. C’est une réaction. Une alerte. Une façon de dire : « On ne peut plus compter sur les institutions pour tout faire. »

Reste une question : est-ce que ça suffira ? Non. Bien sûr que non. Une seule récolte ne sauvera pas les chênes. Il faudrait des années de mobilisation, des milliers d’hectares à replanter, des politiques publiques qui suivent. Mais pour la première fois, les gens ont bougé. Et ça, c’est déjà une victoire.

Le piège à éviter

Attention, cependant, à ne pas tomber dans le piège du « tout le monde peut faire n’importe quoi ». Sans cadre, la forêt devient un terrain de jeu. Et quand les gens se sentent libres, ils le deviennent. Déjà, des rumeurs courent : certains vendraient des glands à perte pour revendre plus cher après. D’autres en garderaient pour eux, sans les planter. Bref, le risque de spéculation et de gaspillage est réel.

L’ONF a lancé un appel à projets pour structurer cette mobilisation. Mais entre le temps qu’il faut pour écrire des règles et le temps qu’il reste pour sauver les chênes, il y a un gouffre.

Ce qui se joue vraiment

Ce qui est en train de se passer à Loches, c’est une bataille pour le contrôle des ressources naturelles. D’un côté, les institutions, lentes, bureaucratiques, qui peinent à suivre. De l’autre, des citoyens qui agissent, mais sans filet. Le vrai défi ? Trouver un équilibre. Permettre à chacun de participer sans laisser le champ libre à l’anarchie.

Parce qu’une chose est sûre : si les chênes disparaissent, ce ne sera pas à cause du manque de bénévoles. Mais à cause du manque de coordination.

Et après ?

Samedi, la forêt de Loches a été saturée. Mais dimanche, les bénévoles reviendront. Et le surlendemain aussi. Parce que le problème, lui, ne partira pas. Alors l’ONF va devoir choisir : soit il encadre, soit il laisse faire. Soit il devient un partenaire, soit il reste un frein.

Les chênes, eux, n’ont pas ce luxe.

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R Galaxie Rédaction

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