L’échangeur qui n’en est pas un pour Gistoux
On nous vend l’échangeur de Mont comme une prouesse d’ingénierie, un joyau du réseau routier bruxellois. Un diamant, disent les ingénieurs. Un bijou, oui, mais pour qui ? Les riverains de Gistoux, eux, voient surtout un piège à voitures. Depuis l’inauguration, les bouchons s’étendent jusqu’à la N24. Les bus de la STIB mettent 20 minutes de plus pour relier Uccle à Woluwe. Et les commerçants ? Ils perdent des clients. « Avant, les gens passaient par Gistoux pour aller à Mont-Saint-Guibert, raconte Marie, tenancière d’un café du centre. Maintenant, ils prennent l’échangeur et nous zappent. » Résultat : un commerce local en difficulté, des propriétaires qui menacent de fermer. Le pire ? Personne ne les écoute.
Pourtant, les études existent. Un rapport de la Région wallonne, publié en 2022, alertait sur les risques de « déséquilibre induit par les grands projets routiers ». On y parlait même de « communes sacrifiées ». Gistoux était citée en exemple. Aucune mesure compensatoire n’a été prise.
Mais alors, pourquoi personne ne bronche ?
Parce que Gistoux, c’est petit. 12 000 habitants, un bourgmestre qui n’a pas les moyens de faire du bruit, et une visibilité proche de zéro. Pendant ce temps, à Mont, on inaugure des échangeurs en diamant et on se félicite d’avoir « modernisé le territoire ». Le problème, c’est que la modernité a un prix, et que quelqu’un doit toujours le payer.
Le piège des « externalités positives »
Les promoteurs de l’échangeur parlaient d’externalités positives : moins de congestion à Mont, un flux plus fluide vers Bruxelles, des économies de temps pour les pendulaires. Sauf que ces « bénéfices » sont surtout pour les automobilistes qui évitent Gistoux.
Prenez le cas de la zone industrielle de Gistoux. Avant, les camions passaient par le centre pour rejoindre la N24. Maintenant, ils prennent l’échangeur et contournent la commune. Résultat ? Les entreprises locales se plaignent d’un accès plus difficile, et certaines ont déjà menacé de délocaliser. « On nous dit que c’est pour notre bien, mais en réalité, on nous isole », grogne Jean-Luc, président de la chambre de commerce locale.
Et les promesses de la Région ? Zéro. Pas de déviation, pas de contournement, pas de compensation. Juste un échangeur qui pompe la vie économique de Gistoux pour la rediriger vers des communes plus « stratégiques ». La logique est simple : si un projet profite à Bruxelles, les désagréments peuvent bien tomber sur les autres.
Pourquoi personne ne veut entendre parler de Gistoux ?
Parce que Gistoux, c’est l’exemple parfait de ce qui arrive quand on fait passer les grands projets avant les territoires. Les politiques locaux n’ont pas de poids. Philippe Barras a écrit des lettres, déposé des plaintes, organisé des réunions. Rien. Les médias ne s’en emparent pas. Les réseaux sociaux ? Silence radio. « On nous traite comme des parias », lance une habitante lors d’une réunion publique fin 2023.
Le vrai problème, c’est que Gistoux n’est pas un cas isolé. À Forest, à Auderghem, à Watermael-Boitsfort, les communes périurbaines paient le prix des décisions prises sans elles. Mais comme elles n’ont pas les moyens de se battre, on les ignore.
Ce que la Région refuse de voir
Un chiffre, sorti d’un rapport interne de la Société du Diamant (l’entreprise qui gère l’échangeur) : 80 % des usagers de l’échangeur viennent de l’extérieur de Gistoux. Autrement dit, les habitants de la commune ne profitent presque pas du nouveau « bijou ». En revanche, ils subissent les conséquences :
- +40 % de nuisances sonores dans certaines rues (mesures de l’IBGE, 2023).
- -30 % de fréquentation dans les commerces du centre (enquête locale, 2024).
- Aucune amélioration des transports en commun, malgré les promesses.
Pourtant, la Région continue de vanter les mérites de l’échangeur. « Un projet phare pour la mobilité bruxelloise », a déclaré le ministre des Travaux publics lors de l’inauguration. Personne n’a osé lui demander ce qu’il en pensait, lui, des habitants de Gistoux.
Gistoux paiera, les autres aussi
Si on laisse faire, Gistoux ne sera pas la dernière. D’autres communes vont suivre. Parce que quand on sacrifie un territoire pour un « grand projet », la prochaine fois, ce sera peut-être le vôtre.
La question n’est pas de savoir si l’échangeur est utile. Il l’est, pour certains. La vraie question, c’est qui paie.
Et pour l’instant, la réponse est claire : ce sont toujours les mêmes.