Un mur de toiles colorées, des broderies aux motifs répétitifs, des bonnets tricotés à la main. Sur la place de la République à Mamoudzou, ce jeudi 15 octobre, les Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM) de Mayotte ont étalé leur travail comme un constat. Pas une démonstration d’art, mais une preuve : la santé mentale se soigne aussi avec des aiguilles, des pinceaux et du fil. Sauf que personne ne le finance comme il le faudrait.
Les GEM, ces associations où des patients accompagnés par des professionnels échangent entre eux, sont souvent le dernier recours. À Mayotte, où l’accès aux soins psychiatriques est une loterie, ces ateliers deviennent des espaces de survie. Mais ils survivent à peine.
Les chiffres qui tuent
En France métropolitaine, un Français sur six souffre de troubles anxieux ou dépressifs (source : Santé publique France, 2022). À Mayotte, les chiffres ne sont pas publiés, mais les professionnels parlent d’une explosion des cas, liée à la précarité, à l’exil, à l’enfermement. Les GEM, créés il y a une vingtaine d’années, sont aujourd’hui le seul filet pour des centaines de personnes. Pourtant, leur budget ? Une misère. À Mayotte, une association comme celle de Dzaoudzi peine à obtenir plus de 15 000 euros par an pour ses ateliers. Assez pour payer deux animateurs à temps partiel.
L’art comme thérapie, mais pas comme solution
Pourtant, ça marche. Une femme, les mains tremblantes, explique qu’elle ne parlait plus avant de venir ici. Aujourd’hui, elle brode des motifs géométriques en silence, mais elle sourit. Un homme, ancien militaire, dessine des paysages de son village natal. L’art n’efface pas la douleur, mais il la rend visible.
Le problème ? Ces ateliers sont des pansements sur une jambe de bois. Les GEM ne sont pas des structures de soin. Elles dépendent des centres hospitaliers, qui dépendent des ARS, qui dépendent des budgets de l’État. Et Mayotte, c’est toujours la dernière priorité.
Ce que cache la bienveillance
Derrière les toiles exposées, il y a des histoires brutes. Celle d’une mère qui n’a plus les moyens de nourrir ses enfants. Celle d’un jeune homme qui a tenté de se suicider après des mois d’attente pour un psychiatre. L’art, ici, n’est pas un hobby. C’est un cri.
Pourtant, quand on demande aux élus locaux pourquoi les GEM ne sont pas mieux soutenues, les réponses sont lisses : « On fait ce qu’on peut. » Mais ce qu’on peut, c’est insuffisant.
La vraie question
La santé mentale n’est pas un sujet marginal. À Mayotte, où le taux de chômage dépasse 30 % et où une famille sur deux vit sous le seuil de pauvreté, la folie est une réponse logique. Les GEM le savent. Elles offrent un espace où l’on peut casser l’isolement, même pour deux heures. Mais sans moyens, ça reste un leurre.
La prochaine fois que vous verrez une exposition d’art « engagé », demandez-vous : qui paie ? Et surtout, qui en profite vraiment ?
Pas de conclusion pompeuse. Juste un fait : à Mayotte, l’art thérapeutique est une urgence. Et personne ne semble vouloir la traiter comme telle.