3 millions de femmes ignorées chaque année par les médecins

Les États généraux de la douleur des femmes tirent la sonnette d’alarme : les symptômes féminins sont trop souvent pris pour des caprices. Résultat, des diagnostics ratés, des souffrances prolongées. Et des recommandations qui tombent à plat. Pourquoi personne n’agit vraiment ?

Publié le 16 octobre 2026 à 20:16
3 millions de femmes ignorées chaque année par les médecins

Le chiffre qui cloche depuis des décennies

En France, une femme sur deux déclare avoir déjà été traitée comme une hystérique par un médecin. Pas une exagération. Une étude de l’Inserm publiée en 2018 le confirme : 60 % des patientes rapportent avoir été minimisées, voire ignorées, lors de consultations pour des douleurs chroniques ou aiguës. Pourtant, ces chiffres ne bougent pas. Pourquoi ? Parce que le système de santé fonctionne encore comme au XIXᵉ siècle pour elles : la douleur féminine, c’est un mystère à gérer avec des antidouleurs et un haussement d’épaules.

Prenez le cas de Marie, 34 ans, infirmière en réanimation. Depuis cinq ans, elle souffre d’endométriose. Cinq ans. Cinq ans à entendre des médecins lui dire : « C’est dans votre tête », « Vous exagérez », « On va vous prescrire du Doliprane et on revoit ça dans six mois ». Cinq ans à cumuler les arrêts maladie non pris en compte, les examens bâclés, les spécialistes qui lui renvoient vers sa gynécologue « pour qu’elle vous écoute ». Sauf que sa gynécologue, elle, n’a pas le temps. Trop de patientes. Trop de dossiers. Trop peu de moyens.

Le rapport qui tombe dans le vide

Les États généraux de la douleur des femmes, lancés en 2022 par le Comité français d’évaluation et de traitement de la douleur (CFETD), ont rendu leurs recommandations le 19 octobre. Objectif : « Faire de la douleur féminine une priorité médicale, pas une anecdote ». Sur le papier, c’est clair : mieux former les médecins, intégrer les spécificités hormonales et psychologiques dans les protocoles, et surtout, arrêter de traiter les femmes comme des menteuses.

Sauf que.

Sauf que les recommandations, ça se lit. Ça se classe. Ça attend son tour dans un tiroir. Parce que changer les pratiques, ça coûte. Ça demande de réorganiser les services, de former des centaines de praticiens, de reconnaître que le sexisme médical n’est pas un vieux relikt du passé, mais une réalité quotidienne. Or, le système de santé français est déjà à la ramasse. Sous-financé, surchargé, en crise permanente. Alors on préfère laisser faire.

Le piège des bonnes intentions

Le problème, c’est que personne ne veut assumer. Les hôpitaux ? « On n’a pas les moyens. » Les facultés de médecine ? « La formation, c’est long. » Les syndicats de médecins ? « Ce n’est pas une urgence. » Les patientes ? « On va se taire, parce qu’on a peur qu’on nous prenne encore pour des hystériques ».

Pourtant, les preuves s’accumulent. Une étude américaine publiée dans The Journal of the American Medical Association en 2020 a montré que les femmes doivent attendre en moyenne 19 mois pour être diagnostiquées avec une maladie cardiovasculaire, contre 9 mois pour les hommes. Même délai pour la sclérose en plaques, la fibromyalgie, ou les troubles digestifs. Résultat ? Des souffrances inutiles. Des vies gâchées. Des coûts exorbitants pour la Sécu : l’endométriose seule coûte 1,5 milliard d’euros par an en France, rien qu’en soins et arrêts maladie.

Ce que les recommandations ne disent pas

Le rapport des États généraux est un bon début. Il pointe du doigt les lacunes : manque de données épidémiologiques sur la douleur féminine, formation médicale insuffisante, biais inconscients chez les praticiens. Mais il évite soigneusement un sujet : qui va payer ? Parce que changer les choses, ça ne se décrète pas. Ça se finance. Et là, c’est le flou total.

Prenez l’exemple de l’hôpital Cochin à Paris, référence en prise en charge de la douleur chronique. Ils ont mis en place un service dédié aux femmes, avec des consultations spécifiques pour l’endométriose et les migraines. Résultat ? Une liste d’attente de six mois. Six mois à attendre pour qu’on vous prenne au sérieux. Six mois à se dire que peut-être, enfin, on va vous écouter.

Sauf que Cochin, c’est l’exception. La plupart des hôpitaux n’ont même pas les moyens d’embaucher un seul médecin supplémentaire. Alors on fait avec. On prescrit des antidouleurs. On envoie les patientes chez un psychologue « pour gérer leur stress ». On ferme les yeux.

La vraie question : et après ?

Les recommandations des États généraux, c’est du vent si rien ne bouge derrière. Or, rien ne bouge. Parce que le vrai problème, c’est que la douleur des femmes, ça ne rapporte rien. Pas en termes d’image, pas en termes de budget. Alors on attend. On attend que les choses s’améliorent toutes seules. On attend que les jeunes médecins, eux, aient été mieux formés. On attend que les patientes se taisent.

Mais les chiffres, eux, ne mentent pas. 3 millions de femmes par an sont concernées par des diagnostics retardés ou erronés à cause de leur genre. Trois millions. Trois millions de vies mises en pause, de carrières sabotées, de familles brisées. Et personne ne bronche.

Ce qu’il faudrait faire, mais qu’on ne fera pas

Il y a une solution. Une seule. La rendre obligatoire. Obligatoire pour les facultés de médecine d’intégrer un module sur la douleur féminine dès la première année. Obligatoire pour les hôpitaux de créer des unités spécialisées, avec des budgets dédiés. Obligatoire pour l’Assurance Maladie de couvrir intégralement les soins liés aux maladies gynécologiques chroniques, sans délai.

Sauf que personne n’a envie de se mouiller. Parce que ça coûterait cher. Parce que ça remettrait en cause des habitudes ancrées depuis des siècles. Parce que, au fond, on préfère faire semblant.

Alors on attend. On attend que les choses changent. Comme d’habitude.

La prochaine fois, ce sera pire.

Parce que si on ne fait rien maintenant, la prochaine génération de femmes devra encore se battre pour qu’on l’écoute. Et la génération d’après aussi. Et celle d’après encore. Jusqu’à ce qu’on en ait assez.

Mais vous, vous aurez déjà tourné la page.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie